Le résultat des élections européennes est sans appel. La dissolution de l’Assemblée nationale, annoncée dans la foulée, est une grenade à la puissance inconnue. Personne ne connaît les effets de la déflagration qu’elle pourrait produire. Mais on sait tous qu’il y a danger. Danger pour le vivre ensemble. Danger pour l’attractivité de la France. Danger pour notre économie déjà bien fragile et donc pour notre industrie. Danger pour notre avenir.
Les raisins de la colère sont connus. Steinbeck, en 1939, en posait déjà les jalons. Souvenez-vous de cette odyssée des Joad, contraints de fuir l’Oklahoma pour l’Ouest à cause de la crise économique, de la sécheresse et des bouleversements dans le monde agricole. Plus récemment, le géographe Christophe Guilluy dans “La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires”, ou Nicolas Mathieu dans son roman “Leurs enfants après eux” ont documenté, décrit, raconté, toutes les racines de la crise d’aujourd’hui.
Les entreprises ont depuis longtemps des remèdes efficaces à des maux que nous n'avons pas découverts le 9 juin au soir. Parmi eux, la désindustrialisation. Il y a bien un frémissement du côté des nouvelles usines depuis deux ou trois ans, mais la pente est rude. Le poids de notre industrie dans le PIB français est passé d'environ 20% à 10% aujourd'hui. Divisé par deux en l'espace de quatre décennies. Un mouvement de masse qui a mis à terre des villes entières. Avec la fermeture des sites industriels sont partis écoles, services de santé, cadres. L’espoir.
On pourrait s'empoigner à faire la liste des mécontentements. Elle serait longue. Beaucoup plus longue que celle des solutions réalistes proposées par les grands vainqueurs de dimanche. C’est l’un des problèmes majeurs de leur projet. On peut trouver, pêle-mêle, dans le programme pour la présidentielle de Marine Le Pen : moins d’Europe ou une Europe à la carte ; la retraite à 60 ou 62 ans en fonction de l’âge d’entrée dans la vie active ; la renationalisation des autoroutes ; la suppression des subventions aux énergies « intermittentes » ; l'arrêt des projets éoliens et le démantèlement des parcs existants ; le retrait de l'agriculture des traités de libre-échange... Bref, le repli sur soi comme seule boussole.
Des solutions simples voire simplistes, court-termistes. Dommage, car en économie et a fortiori dans l'industrie, c'est le temps long qui doit primer. Les entreprises ont besoin de visibilité fiscale. Elles ont besoin d'un cap. Elles ont besoin de débouchés commerciaux en France et au-delà des frontières. Elles ont besoin de compromis politiques sur l’essentiel, comme la relance du nucléaire et la montée en puissance des renouvelables. Pas d'un recroquevillement idéologique et déraciné de toute réalité de terrain.
Ces élections législatives, décidées à la va-vite, ouvrent donc plusieurs voies. L'une d'elles promet le grand soir. L'étranger en guise de bouc émissaire. La France isolée pour unique horizon. C'est une impasse. En ces temps troublés, le mieux est toujours de revenir aux faits.



