Faire une réforme des retraites, c’est le test ultime pour chaque président, chacun y étant allé de son projet plus ou moins ambitieux. Tous ont fait descendre dans la rue des milliers de Français ; Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle. N’ergotons pas sur la nécessité de cette réforme. Tout a été dit. Il est indispensable de trouver des solutions pour éviter que le régime ne devienne déficitaire. Mais voilà… à vouloir répondre uniquement à cet objectif, le gouvernement a raté la cible. Il n’a pas cherché à donner du sens. Faire des économies, être à l’équilibre, ce n’est pas un projet... c’est une finalité comptable.
De quoi a-t-on besoin ? De compétences ! Le dernier baromètre de «L’Usine Nouvelle» le montre : l’industrie n’a jamais eu autant de postes à pourvoir. La réforme des retraites aurait dû être le grand rendez-vous pour réfléchir à la façon de garder nos seniors en entreprise. Le taux d’emploi des plus de 55 ans est aujourd’hui de seulement 56 %. Certes, il progresse, mais reste sous la moyenne des pays développés.
À qui la faute ? À tout le monde ! Beaucoup d’entreprises ont tardé à réfléchir à des plans de carrière pour garder les plus expérimentés. Jugés trop coûteux et peu adaptables, les seniors viennent régulièrement garnir les plans de départs volontaires. La puissance publique a créé pour eux des exemptions sur mesure pour que le chômage puisse les emmener à la retraite. On a connu projet professionnel plus ambitieux. Là encore, on ne va pas enchaîner les poncifs sur le nécessaire partage des connaissances, sur la transmission... C’est utile, certes. Mais à un moment où l’on a besoin de compétences, il est urgent de proposer des parcours de carrière pour que nous ayons, collectivement, envie de rester en poste. Cela induit de réfléchir, très tôt dans la carrière, à des évolutions pour ceux qui ont des métiers pénibles vers des postes plus adaptés et à préparer les dernières années de vie professionnelle. Cela doit doper la formation vers les métiers qui recrutent. Bref, nous pousser à rendre les conditions de travail favorables à un maintien en poste. Car, oui, les seniors ont toute leur place dans l’industrie et au-delà. C’est un projet mille fois plus réjouissant qu’un simple équilibre comptable du régime.
Se demander comment améliorer le maintien des seniors en poste devrait être l’une des questions centrales de ce projet de loi. Certes, le gouvernement a mis sur la table un index plus ou moins coercitif de la représentativité des seniors en entreprise. Pourquoi pas. Avoir des données objectives demeure toujours utile. Il a parlé de rendez-vous régulier avec la médecine du travail pour mettre sur pied des parcours professionnels et mieux intégrer la pénibilité. C’est bien. L’exécutif veut renforcer la retraite progressive, c’est une fausse bonne idée.
Tout cela reste bien trop léger, pas assez travaillé. Un rendez-vous manqué, car cette question essentielle du maintien des seniors dans l’emploi, au moment où l’on repousse de deux ans l’âge de départ à la retraite, aurait dû permettre d’embarquer une partie des salariés et peut-être même des syndicats. Ce sera peut-être pour la prochaine réforme !

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3715 - Mars 2023



