Chronique

[Edito vidéo] La revanche de l’industrie

L'éditorial de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction.

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Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle
Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

Les Français s’étaient habitués au déclin de leur industrie, et à son corollaire supposé, le développement irrésistible des services. L’avenir même de l’industrie passait par les services. Surprise ! La crise du Covid a montré que rien n’était écrit et que le fatalisme industriel, cette exception française, n’était pas de mise. Car non seulement notre industrie a tenu le choc de l’annus horribilis 2020, mais elle pourrait, sur le long terme, en sortir renforcée. 

Le grand public a pris conscience qu’il était vital de conserver une industrie solide si l’on voulait éviter les pénuries de médicaments, de masques, de respirateurs. Qu’il valait mieux produire des batteries ou des puces électroniques sur notre sol si l’on voulait ne pas dépendre du bon vouloir des Chinois. Et qu’il était naturel d’acheter français si l’on voulait conserver des emplois en France. La volonté de relocalisation est affirmée, elle a même débuté dans certains secteurs, avec ou sans aides de l’État. De Lacroix à Pierre Fabre, des cycles Mercier aux motos Sherco, 200 à 300 projets sont en cours dans l’Hexagone. Et 160 d’entre eux, représentant 1,8 milliard d’euros d’investissements industriels, ont été retenus pour bénéficier des aides de l’État, soit 326 millions d’euros au total.

Il ne faut certes pas rêver. Il serait étonnant que la part de l’industrie revienne de 13 % à 17 % du PIB comme le veut le gouvernement. Mais au fond, tout dépend de l’échéance que l’on se fixe et des moyens que l’on se donne. De nouveaux ajustements fiscaux et sociaux peuvent venir renforcer l’attractivité du pays, encore pénalisé sur ces critères. On sait que le début d’alignement sur nos voisins a fonctionné : la période 2014-2019, caractérisée par une politique plus favorable aux entrepreneurs, avait permis de renforcer les marges des entreprises industrielles, qui s’étaient remises à investir et à embaucher. Le premier confinement leur a donné un coup de massue terrible, mais passé le moment de sidération, une fois les protocoles sanitaires mis en place, les usines ont repris leur activité, avec les PGE pour sécuriser leur trésorerie.

Résultat, si les services sont encore en souffrance, la croissance de la production industrielle sur 2019-2021 dessine une jolie courbe en V, qui rejoint, à 2 % près, son niveau de janvier 2020. Bien sûr, contrairement à l’automobile qui reprend des couleurs, le transport aérien souffrira durablement, car même si le tourisme repart de l’avant, il a perdu définitivement une partie de sa clientèle « à haute contribution ». Il faudra s’y faire, les road shows, c’est fini ! Les patrons du CAC 40 n’ont plus besoin d’aller à Chicago, Los Angeles, New York ou Londres pour évangéliser les analystes financiers : la visioconf’ fait le job. Aucun dirigeant ne traversera plus l’Atlantique ou le Pacifique pour une simple réunion.

Mais la vigueur de la reprise dépend encore de quelques inconnues : que vont faire les Français des 130 milliards d’euros d’épargne accumulés ? Combien d’entreprises sous respirateur pendant la crise rendront l’âme ? La nouvelle taxe carbone aux frontières, que l’Europe est décidée à imposer, va-t-elle révolutionner les chaînes de production ? L’après-Covid ne sera pas un long fleuve tranquille.

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