Le mois dernier, l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle non loin de Paris a accueilli 29 604 vols. Deux ans plus tôt, en décembre 2019, avant la pandémie, c’était 38 790 ! Cette dégringolade, qui touche tous les grands aéroports internationaux, entraîne-t-elle d’autres conséquences que la dégradation des comptes des compagnies aériennes ? Oui, les impacts dépassent le seul secteur de l’aérien, répondent des chercheurs du Cepii, le Centre de recherche et d’expertise en économie internationale.
Ils démontrent dans une étude récente que moins d’avions, c’est moins de commerce. Ce constat a des implications à long terme. Car la pression sur l’aérien, pour des raisons conjoncturelles ou structurelles, ne manque pas : succession de variants du Covid-19, urgence climatique et consommation fossile du secteur, « flygskam » (honte de voler) qui se développe au Nord de l'Europe... En moyenne, 35% des marchandises en valeur sont acheminées par avion, dont la moitié dans les soutes des avions de passagers et le reste par avion-cargo.
Une réduction des vols ne restera pas sans effet sur les échanges mondiaux. Les containers maritimes, dont on déplore le coût actuellement, ne sont pas les seuls supports des échanges : le transport aérien permettait en 2019 d’acheminer 31% des exportations de l’Union européenne, avant de tomber à 26% en 2020. Les chercheurs du Cepii, Diego Botero Garcia, Ariell Reshef et Camilo Umana-Dajud ont travaillé sur les liens entre liaisons aériennes et échanges des pays.
Les marchandises hors fret aérien aussi touchées

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Leur étude quantifie l’impact des vols sur le commerce bilatéral entre deux pays donnés, une fois prises en compte les tendances naturelles de ces pays à commercer entre eux (du fait de leur taille, leur proximité géographique, leur écart de niveau de vie…). Cet effet est loin d’être négligeable. Les échanges des pays liés par au moins un vol direct sont supérieurs de 3% à ceux qui n’en ont aucun. L’écart atteint 4% s’il existe entre deux et sept vols et de 9% pour ceux dont le nombre de liaisons est supérieur à 103. Pour les biens acheminés uniquement par l’aérien, l’écart est même de 14% dans ce dernier cas.
Mais la densité des relations aériennes a des conséquences au-delà des seules marchandises expédiées en avion. L’écart d’échanges de biens n’utilisant pas le fret aérien est ainsi de +8% pour des pays reliés par plus de 103 vols par rapport à deux pays qui n’en ont pas. La raison? Le facteur humain, et l’apport indiscutable des voyages d’affaires, que les réunions Zoom ne pourront jamais égaler. S’appuyant sur d’autres études académiques, l’équipe du Cepii rappelle les avantages du déplacement physique.
Les vraies rencontres « facilitent l’échange d’informations et permettent de mieux répondre aux attentes des acheteurs pour les produits complexes », « permettent de recueillir des informations difficiles ou impossibles à obtenir » comme l’évaluation de la qualité des produits dans le textile, « renforcent la confiance entre importateurs et exportateurs », ce qui assure une plus grande fiabilité des livraisons. Les acheteurs rapportent aussi que leurs déplacements « permettent d’acheter à des prix plus bas, en plus grandes quantités et auprès de nouveaux fournisseurs ».
Tant mieux penseront, en première intention les apôtres de la relocalisation. Sauf que les marchandises qui utilisent le plus l’avion sont les biens intermédiaires génériques ou standardisés. Il est peu probable, et sans doute pas souhaitable, que chaque pays devienne totalement autonome sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Produire en France nécessite de commercer.



