Chronique

Au Royaume-Uni, la taxe carbone sur la production électrique a boosté la transition du secteur

Les chercheurs travaillent, L'Usine Nouvelle déniche leurs trouvailles. La très grande majorité des économistes s’accorde sur les bienfaits d’un prix élevé du carbone pour orienter les entreprises. L’étude menée par la chercheuse Marion Leroutier sur la taxe instaurée outre-Manche sur les producteurs d’électricité permet de quantifier cet effet.

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centrale thermique de Be?chatów (Pologne) charbon
A l'image de la Pologne, la production d'électricité au charbon au Royaume-Uni a fortement diminué.

La décarbonation est désormais au cœur des enjeux politiques. Mais comment l’accélérer ? De multiples mécanismes sont à l’œuvre : réglementations, subventions, plan de développement de nouvelles filières propres et bien sûr taxes. Ces instruments ne sont pas exclusifs les uns des autres, mais comment évaluer leur efficacité respective ? La chercheuse Marion Leroutier de Paris School of Economics s’est attachée, dans une étude, à quantifier l’effet de la taxe carbone que le Royaume-Uni a instauré en 2013 sur la production électrique.

En effet, au-delà du système de marché carbone européen auquel adhèrent les Britanniques, le Royaume-Uni a imposé à cette date à tous les fournisseurs d’électricité du territoire un Carbon price support (CPS). Son prix, de 5,90 euros la tonne de CO2 en 2013, a progressivement grimpé à 26 euros en 2017. Entre-temps, le secteur de l’électricité britannique a considérablement évolué. La part du charbon dans la production d'électricité est passée de 40% à 7%, et les émissions globales de ce secteur ont diminué de 57%. D’autres pays européens à l’électricité très carbonée ont aussi connu une décrue sur la période. La Pologne, par exemple, est passée de 87% de charbon pour son électricité en 2010 à 70% en 2021.

Réduction substantielle des émissions

Pour isoler l’effet de la CPS, la jeune doctorante a utilisé une méthode dite de « contrôle synthétique » qui compare l’évolution des émissions du secteur électrique britannique à une sorte de pays virtuel, fruit de la moyenne pondérée de pays européens aux caractéristiques similaires et soumis aux mêmes réglementations. En se basant sur la comparaison avec ce pays virtuel, la chercheuse estime que l’instauration de cette taxe carbone a contribué à réduire de 20,5% à 26% par an en moyenne les émissions du secteur de l’électricité du Royaume-Uni, c’est-à-dire entre 141 et 191 millions de tonnes équivalent CO2.

Cette fourchette haute ou basse est conditionnée à l'effet plus ou moins important d’autres facteurs : d'autres mesures poussant à la décarbonation (subventions de la conversion du charbon à la biomasse, soutien aux renouvelables, valorisation des capacités de production ou d’effacement) et les effets induits de la CSP elle-même sur d’éventuelles « fuites de carbone », c’est-à-dire le fait d’aller se fournir à l’étranger pour y échapper.

Fermeture et substitution

Concrètement, la chercheuse estime que la taxe a permis la baisse des émissions grâce à trois mécanismes : les centrales britanniques qui risquaient de fermer en raison de la réglementation européenne sur l’air ont eu une probabilité plus élevée de le faire, des centrales à charbon ont cessé leur activité, et d’autres centrales électriques ont substitué le charbon par du gaz.

Bien sûr, vérité d’un côté de la Manche, ne l’est pas forcément au-delà. Le Royaume-Uni présentait un potentiel de substitution du charbon par le gaz élevé et sa faible interconnexion avec le continent a limité les fuites de carbone. Par ailleurs, le contexte n’était pas très favorable à de nouveaux investissements très carbonés. Mais ces caractéristiques sont partagées par de nombreux pays. Alors taxons sans remords.

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