Le chantier surplombe la petite commune de Larressore (Pyrénées-Atlantiques). C’est sur un plateau, entouré des grandes étendues vertes de l’intérieur du Pays basque que se construit le futur atelier d’Alki, fabricant de meubles local. Prévu pour octobre 2023, le site de 10 000 m2 abritera un showroom et un atelier où la coopérative de 44 collaborateurs fabriquera sa large gamme de meubles design. Alki a réalisé 7,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, dont 70% en France. La coopérative fournit des hôtels, des restaurants et le public, ayant notamment équipé le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Le déménagement d’Alki tient à un constat simple: le manque d’espace. Une étroitesse que l’on ressent lorsque l’on pénètre dans le site historique de l’entreprise, créée en 1981. Le lieu a des airs de grande maison basque, avec un toit à tuile rouge traditionnel. «On est obligés de louer un espace de stockage pour le bois», confie Eñaut Jolimon de Haraneder, PDG de la coopérative depuis 2020, élu par les collaborateurs pour un mandat de six ans.
Le stockage du bois, nerf de la guerre
L’espace de stockage renferme 200 palettes de bois, sous forme de carrelés ou panneaux, essentiellement du chêne massif issu de forêts françaises de Bourgogne, des Deux-Sèvres et du Jura. «Nous achetons entre 300 et 400 m3 de bois par an. C’est notre principal poste de stockage, et souvent notre premier poste de dépense», indique le PDG.
Alki Dans le site historique de la coopérative, les salariés travaillent un peu à l'étroit. ©Mito
L’atelier actuel sert quasi-exclusivement au travail du bois. Il comporte deux pièces principales. Dans l’une, un fort bruit de claquement de bois résonne périodiquement dans la pièce: c’est la salle des machines numériques, utilisées pour la mise en forme des assises et des tables, notamment pour le lissage, afin de les préparer à l'assemblage manuel. L’autre est destinée au travail manuel, auquel le futur site fera également la part belle. Entre les deux sites, l'automatisation de la production ne devrait pas croître.
Joseph, ébéniste formé par les Compagnons du devoir, travaille sur une future table, avec un fond sonore de jazz. «J’ai commencé en intérim il y a cinq ans. Le statut de Scop m’attirait, donc j’ai décidé de rejoindre la coopérative», explique-t-il. L’aspect coopératif de l’entreprise est un atout que l’entreprise fait valoir pour recruter. Même si, pour devenir actionnaire, il faut s’engager financièrement. «Il faut investir 10 mois et demi de salaire pour intégrer le capital», explique Eñaut Jolimon de Haraneder. Il est toutefois possible d’intégrer l’entreprise et de contribuer à hauteur de 5% du salaire chaque mois.
Le défi de la croissance
Pour soutenir sa croissance, Alki souhaite doubler ses effectifs d’ici à 2030. Un pari difficile, car plusieurs métiers sont rares, surtout l’ébénisterie. Pour atteindre cet objectif, l’entreprise mise sur la formation interne et sur l’internalisation des compétences. «Nous allons internaliser la tapisserie et le travail du métal. Nous avons déjà une personne en formation chez un tapissier dont nous sommes propriétaires», précise le PDG. La transmission par les salariés les plus anciens fait également partie des leviers de formation de l'entreprise. La moyenne d'âge au sein de la petite PME se situe entre 37 et 40 ans.
Alki Le futur immeuble est construit sur deux étages, tenant compte du dénivelé de 6 mètres sur site. ©Duhalde
Le nouveau site que construit l’entreprise vise à pouvoir accueillir toutes ces compétences. Cependant, trouver l’emplacement et démarrer la construction n’était pas chose aisée. «L’équation économique était très serrée et on faisait face à une pression foncière folle», se rappelle Xavier Leibar, architecte en charge du projet de construction. L’entreprise et le cabinet d’architectes ont donc mis trois ans pour trouver un site convenable. «Nous avons trouvé deux sites avant celui-ci, mais les fouilles étaient remplies d’eau», abonde le PDG.
Honorer le patrimoine basque
Après avoir trouvé le site, une autre difficulté est apparue: comment insérer un immeuble aussi grand (10 000 m2) dans le paysage relativement vierge de l’intérieur du Pays basque? «Le plus grand bâtiment aux alentours fait 800 m3», constate Xavier Leibar. La solution du cabinet: construire la façade avec un système d’«écailles» réfléchissantes en aluminium.
En plus du paysage visuel, l’entreprise souhaite également s’intégrer dans le paysage culturel basque. «Nous voulons que l’atelier soit un lieu ouvert, une sorte de tiers-lieu», appuie le dirigeant d’Alki. L’entreprise mène également des actions pour promouvoir la langue basque, que le PDG et plusieurs salariés parlent couramment. Une manière pour l’entreprise de perpétuer la vision voulue par les fondateurs de la coopérative en 1981: vivre et travailler au pays.



