Reportage

Ligne Roset : des grands noms du design, du made in France et une histoire de famille

Marque emblématique du design d’intérieur haut de gamme, Ligne Roset s’appuie sur le savoir-faire artisanal d’une saga familiale et industrielle commencée en 1860 et fidèle à ses racines.

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Le siège-coussin Togo, créé par Michel Ducaroy en 1973, a été vendu à plus de 1 million d’exemplaires, dans 58 pays.

Dans une halle moderne, des canapés aux couleurs vives sont exposés sous un soleil qui illumine la charpente blanche. Nous ne sommes pas dans n’importe quel showroom d’une marque haut de gamme. Mais à Montagnieu, dans l’Ain, là où a débuté la saga Roset. Le fabricant d’ameublement design est né dans ce bâtiment (dénommé Studio 1860, son année de création), il y a cent soixante-cinq ans.

S’il ne reste plus grand-chose de la manufacture de cannes à ombrelles ouverte par Antoine Roset, le site, fraîchement rénové, fait office de magasin d’usine, de vitrine et de lieu de formation. « On a quand même conservé la charpente, en la repeignant », sourit Michel Roset, le président du groupe Roset, la holding familiale qui détient la majorité, et frère de Pierre Roset, le directeur général. En 2023, leurs enfants respectifs, Olivier et Antoine, ont été nommés codirecteurs généraux, la cinquième génération à la tête de l’entreprise.

La marque phare c’est Ligne Roset, créée en 1973 pour satisfaire une clientèle particulière – le fabricant travaillait jusque-là avec des collectivités et des entreprises, comme l’école Insa Lyon dont il a meublé les amphithéâtres – avide de meubles de haute qualité. La marque recrute alors le designer Michel Ducaroy, une collaboration qui donnera naissance au mythique Togo. « Malgré sa forme particulière, c’est un meuble iconique qui continue à être un vrai succès commercial », commente Michel Roset, pointant l’une des éditions du meuble, qui trône dans l’espace historique, accompagné de modèles conçus par des grands noms du design comme Jean Nouvel, Jean-Charles de Castelbajac ou encore les frères Ronan et Erwan Bouroullec.

Chez nous, la formation dure au moins dix-huit mois. Pour préserver ce savoir-faire, 95?% de nos opérateurs sont en CDI.

—  Baptiste Masselon, directeur de la production à l’usine de Briord

Nombreuses sont les marques qui font concevoir leurs produits par d’illustres Français mais qui les font réaliser ailleurs. Tel n’est pas le cas de Ligne Roset. « Ce que nous vendons est fabriqué à 83 % en Rhône-Alpes, déclare fièrement Michel Roset. Nous disposons de 155 000 m2 dédiés à la production. » Les six sites rassemblent divers métiers de l’entreprise : la couture, la menuiserie, l’ébénisterie, entre autres. « Nos ateliers de couture sont répartis dans des lieux différents pour avoir accès à plusieurs bassins d’emploi, car les couturières sont difficiles à trouver », explique Baptiste Masselon, le directeur de la production à l’usine de Briord, à cinq minutes en voiture de Montagnieu.

Avec ses 75 000 m2, Briord est le plus gros site. Il concentre plusieurs activités : un atelier de couture, de menuiserie, de coupe et de travail de la mousse. Sur 750 employés, 250 y travaillent en 2 x 8 pour produire environ 120 000 places assises par an. Lorsque l’on pénètre dans l’atelier textile, la bonne odeur du cuir flatte aussitôt les narines. D’un côté, un grand stock de cuirs d’origines diverses, tannés et colorés, attend d’être intégrés dans un fauteuil. Un autre encore plus important lui fait face. Les deux proviennent à 80 % d’Italie. « Nous disposons de 80 références de textiles, sans compter les coloris, indique Baptiste Masselon. Nous utilisons près de 20 kilomètres de tissu par mois, et contrôlons tout. Si un tissu comporte plus d’un défaut tous les dix mètres, il est jugé défectueux. »

Un travail à la main primordial

Les tissus sont coupés, soit de manière unitaire, soit en plusieurs couches avec des machines différentes. L’usine dispose d’un parc régulièrement renouvelé, comme cette coupeuse de textile livrée en 2023 et qui a coûté entre 300 000 et 500 000 euros. Ou cette découpeuse de mousse, fournie en septembre 2024 pour un prix similaire. « En moyenne, on change une machine par an », souligne Baptiste Masselon. Mais la production de Ligne Roset ne se résume pas aux machines, loin de là, comme le démontre une opératrice en découpe de ouate. Celle-ci la déroule et superpose de la toile puis le tissu dessus, maintient les couches ensemble avec des houzeaux – des épingles de tapissier –, puis coupe la totalité en utilisant une sorte de roulette à pizza électrique, tout en se protégeant avec des gants anti-coupure en maille métallique. « La formation dure au moins dix-huit mois. Pour préserver ce savoir-faire, 95 % de nos opérateurs sont en CDI », raconte le directeur de l’usine.

Nous sommes présents dans plus de 70 pays, avec six filiales, dont l’une en Chine, un pays important pour nous.

—  Michel Roset, président de la holding familiale, propriétaire de Ligne Roset

Lorsqu’une personne est recrutée à la production, elle est formée sur les modèles phares, comme le Togo. Pendant ce temps d’apprentissage, elle peut contribuer à la production en fabriquant des housses, plus simples à réaliser que des coussins. Éventuellement, la couturière pourra travailler sur le montage des assises, celles en cuir en particulier. « Travailler dans ce matériau, c’est plus dur, car on n’a pas le droit à l’erreur, contrairement à la majorité des tissus », remarque Baptiste Masselon. L’importance du travail manuel dans la fabrication des sièges fait qu’un artisan tapissier peut reconnaître un Togo qu’il a fabriqué parmi d’autres, selon le directeur.

Cet artisanat, en plus de la qualité du design initial, est ce qui fait la renommée de Ligne Roset et son positionnement dans l’ameublement haut de gamme, notamment à l’international où l’entreprise réalise 70 % de son chiffre d’affaires. « Nous sommes présents dans plus de 70 pays, avec six filiales, dont l’une en Chine car c’est un pays important pour nous », expose Michel Roset. Pour remplir son carnet de commandes, l’entreprise mise également sur le développement du « contract », en travaillant pour le compte de clients professionnels, comme des paquebots ou des entreprises. Tournée vers le futur, la firme familiale n’en oublie pas son passé, et compte relancer un petit atelier de production, courant 2025, au sein du Studio 1860, son site historique. Comme un retour aux sources.

LIGNE ROSET EN TROIS CHIFFRES

120 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023

750 salariés

150 000 m2 de surface de production en France, dans cinq usines de l’Ain, du Rhône et de l’Isère

(Source : Ligne Roset)

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3741 - Avril 2025

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