Comme pour beaucoup d’autres secteurs, les impacts des droits de douane américains sur la filière électronique française «sont très durs à évaluer», reconnait Stéphane Martinez. Le président de l’Acsiel – l'organisation professionnelle qui regroupe les fabricants de composants électroniques (dont les semi-conducteurs), de circuits imprimés et d’équipements de production – les considère tout de même «très certains».
Les plus exposés à l’international sont les fabricants de semi-conducteurs, qui réalisent 80% de leur chiffre d’affaires (aux alentours de 4 milliards d’euros en 2023) à l’export. Mais «les Etats-Unis représentent moins d'un tiers de ces exportations», évalue Stéphane Martinez. Si une taxation spécifique des semi-conducteurs devait intervenir – une hypothèse à laquelle Acsiel croit peu, tant la tech américaine en serait la première victime – elle aurait donc peu d’effets directs sur les fabricants français, que sont principalement le franco-italien STMicroelectronics (en pleine restructuration), le grenoblois Soitec, mais aussi le fondeur X-Fab qui dispose d’une usine à Corbeil-Essonnes (Essonne) et le groupe japonais Murata à travers son usine de Caen (Calvados).
Européens et chinois sur le même marché
Cette moindre exposition au marché américain s’explique par le positionnement de l’électronique française et européenne. «En Europe et en France, nous sommes forts sur deux points : l’industrie, que ce soit pour les robots, les climatiseurs, les machines à laver, mais aussi l’aéronautique et le médical, ainsi que l’automobile, fait valoir Stéphane Martinez. On est en revanche bien moins présents sur les smartphones et l’électronique grand public.»
La filière redoute donc plutôt une baisse de la demande liée à la taxation des produits manufacturiers qui embarquent l’électronique tricolore. C’est là que l’évaluation se révèle difficile. «L’impact des droits de douane sur nos clients va dépendre de la localisation de leurs usines, sachant que la manière dont ils pourraient répercuter cette taxation sur leurs fournisseurs relèvera aussi de négociations», observe le président d’Asciel, qui représente une filière de 350 à 400 entreprises, ayant généré 16,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 et comptant environ 80000 emplois directs.
Dernière inquiétude de la fédération professionnelle : l’industrie électronique chinoise, qui a musclé ses capacités ces dernières années, en réponse au refus des Etats-Unis de laisser la Chine accéder à ses meilleures technologies. «On craint que l’électronique chinoise ne se retrouve en surcapacité, notamment si l’économie locale, donc la demande intérieure, s’essouffle, confie Stéphane Martinez. Si les droits de douane créent une baisse mondiale de la consommation, voire une récession, on ne peut pas écarter le risque que l’industrie électronique chinoise fasse du dumping de prix et vende à perte.» Avec l’inconvénient pour les fabricants européens d’être positionnés sur les mêmes marchés (automobile et industrie) que ceux chinois.



