Sur le marché de l’emploi, la fête est bel et bien terminée pour les cadres. «On ne peut plus parler seulement d’un ralentissement. Il y a un vrai retournement de tendance, après des années post-Covid de rebond extrêmement fort», a déclaré Gilles Gateau, le directeur général de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) lors de la présentation des prévisions 2025 dans ce domaine, jeudi 3 avril.
Selon les données de l’association, les recrutements de cadres dans l’industrie vont encore reculer de 3% cette année en France, après avoir déjà baissé de 7% en 2024. Tous secteurs confondus, la contraction atteindrait 4% en 2025, contre 8% l’an passé, sachant que 2024 a été la première année de baisse depuis 2013 - hors crise sanitaire en 2020.
La baisse de l'investissement pénalise les cadres
Pour l’Apec, cette évolution est à mettre en lien avec l’investissement des entreprises, qui devrait diminuer de 0,5% en 2025 selon la Banque de France, contre une baisse de 1,2% en 2024. Des incertitudes entourent tout de même les prévisions de l’association. « Cette enquête a été réalisée entre novembre 2024 et janvier dernier et n’intègre donc pas les décisions de l’administration Trump » sur les droits de douane par exemple, a précisé Gilles Gateau. Elle s’appuie sur un échantillon permanent de 8000 entreprises.
Dans le détail, la catégorie regroupant l’automobile, l’aéronautique et les autres matériels de transports devrait connaître une baisse de 5% des recrutements de cadres, comme la catégorie de la mécanique et de la métallurgie. Ce sera un recul de 4% dans la chimie et l’industrie pharmaceutique, alors qu’une stabilisation est plutôt attendue dans les équipements électriques et électroniques. Ces deux agrégats de secteurs avaient souffert en 2024, avec une baisse respective de 12% et de 10% des recrutements. Dans l’énergie, l’eau et la gestion des déchets, l’optimisme est plutôt de mise avec une hausse des embauches anticipée de 4%.
Modification du rapport de force entre employeurs et candidats
De la même manière, les services à forte valeur ajoutée, qui comprennent notamment l’ingénierie, la R&D et les activités informatiques, devraient enregistrer un recul de 3% des recrutements de cadres cette année, après une forte baisse de 10% en 2024. En 2025, les recrutements de cadres en France repasseraient ainsi sous la barre symbolique des 300000 embauches. L'an passé, les effectifs cadres ont néanmoins poursuivi leur hausse en France : malgré la baisse des recrutements, les entrées dans ces effectifs dépassent toujours les sorties, avec les retraites par exemple, particulièrement en raison du dynamisme des promotions internes à un poste de cadre.
En 2024, le recul des recrutements sur cette population de travailleurs a par ailleurs particulièrement pénalisé les cadres avec moins d’un an d’expérience, en clair les jeunes diplômés. Le nombre d’embauches de ces profils a reculé de près de 20%. Mais beaucoup de cadres risquent plus globalement d’être frustrés de ce retournement du marché de l’emploi. Dans les processus de recrutement, celui-ci «va modifier le rapport de force au profit des entreprises, car les intentions de mobilité des cadres restent relativement intactes», souligne Hélène Garner, la directrice des données et des études de l’Apec. Gare aux plus gourmands : de moins en moins d’entreprises envisagent de revoir les rémunérations proposées à la hausse pour faire aboutir leurs recrutements de cadres.



