Christine Lagarde assure que la BCE est "prête à jouer son rôle" dans les défis climatique et numérique

Pour la première fois depuis son élection à la tête de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde est intervenue, mardi 11 février, devant les députés européens réunis à Strasbourg. L’occasion pour la nouvelle présidente de l’institution de détailler ses priorités, à l’aune de l’urgence climatique et de la révolution numérique.

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Christine Lagarde
Christine Lagarde a succédé le 1er novembre 2019 à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE).

Alors que déjà, la Banque centrale européenne (BCE) est aux prises avec une croissance économique à la baisse et une inflation toujours trop faible, il lui faut désormais aussi composer avec les bouleversements climatique et numérique. Des "phénomènes mondiaux", qui "nous affecteront, que nous soyons prêts ou non", a mis en garde Christine Lagarde, présidente de l'institut monétaire. "Nous devons nous préparer du mieux que nous pouvons."

Face à un hémicycle clairsemé, Madame Lagarde - qui intervenait à l’occasion d’un débat sur le rapport annuel de la BCE pour 2018 - a détaillé les prémices de son plan de bataille.

Sur le numérique tout d’abord, la BCE entend évaluer le potentiel des récentes avancées technologiques pour les services de paiement et la stabilité financière. Ainsi, une task force de l'Eurosystème, créée en janvier 2020, devrait permettre d’étudier les avantages d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) et de tester son fonctionnement dans la pratique, a expliqué la présidente.

Concernant le climat, elle a assuré que l’institution s’efforçait "d’étendre ses connaissances sur l'impact économique du changement climatique" et de faire en sorte que les effets de ce changement soient mieux pris en compte. "La BCE est tenue par l’accord de Paris et ceci doit se refléter dans ses politiques", a rappelé le député socialiste chypriote Costas Mavrides, en charge du rapport annuel de la BCE pour 2018.

La BCE pourrait par exemple envisager de réorienter les rachats de titres financiers vers des titres durables, répondant à des critères environnementaux. 62,1 % des achats d’obligations d’entreprises effectués par la BCE concernent en effet des secteurs responsables de 58,5 % des émissions de gaz à effet de serre de la zone euro, déplorent les députés européens dans une proposition de résolution votée le 12 février 2020, dont Madame Lagarde a eu connaissance.

Revue stratégique

Comment conjuguer efficacement politique monétaire et exigences climatiques ou numériques ? La réponse réside, pour Christine Lagarde, dans son projet de "revue stratégique". Ce vaste chantier, lancé officiellement le 23 janvier 2020, consiste en une évaluation complète de l’action de la BCE : il doit permettre de passer en revue les outils dont dispose l’institution et d’en définir les objectifs. "La revue stratégique fera le point sur la manière dont la numérisation rapide et la menace pour la durabilité environnementale ont transformé davantage l'environnement dans lequel la politique monétaire opère", a précisé la présidente dans son discours.

"La BCE est prête à jouer son rôle", a-t-elle conclu, avant de céder la parole aux députés européens. Ces derniers, qu’elle a écoutés avec attention, crayon à la main, n’ont pas manqué de souligner que de nombreux chantiers (respect des objectifs en termes d’inflation, parachèvement de l’Union économique et monétaire, surveillance de l’évolution des crypto-monnaies, renforcement du rôle de l’euro comme monnaie de réserve, etc.) restaient encore à considérer.

Agathe Cherki

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