Dans les Hauts-de-France, la réindustrialisation passe par la reconquête des friches

Dans la région Hauts-de-France, longtemps poumon industriel du pays, de nombreux espaces laissés à l'abandon par la désindustrialisation séduisent les industriels en quête de foncier et de main-d'œuvre.

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EuraTechnologies, installé au départ à Lille [photo], s'est étendu à Roubaix, Saint-Quentin et Willems et incube désormais des start-up sur 145 000 m2.

En novembre 2024, l'ETI Axens confirmait être entrée en négociation exclusive pour acquérir un terrain à Sainte-Saulve (Nord), près de Valenciennes. Elle projette, sur ce site de Vallourec fermé en 2022, d'implanter une usine de fabrication de matériaux de cathode, pour un investissement de 500 millions d'euros.

Un coup d'œil au site web Cartofriches permet de confirmer que les Hauts-de-France disposent d'un foncier que beaucoup peuvent lui envier. Sur les 11000 sites en friche répertoriés et caractérisés à l'échelle nationale, la région en compte près de 3000. De son côté, la Chambre régionale des comptes évoque, dans un rapport sur le recyclage des friches publié en septembre 2023, une surface de 16 000 hectares. Ces «friches, même potentielles, pourraient représenter dans la région un peu plus de dix ans d'artificialisation des sols», écrit-elle.

La fin du charbon, le déclin du textile, les difficultés d'équipementiers automobiles, tous ces secteurs qui ont fait les beaux jours de l'activité économique de la région, ont laissé sur place d'immenses usines désaffectées et des terrains parfois pollués. Ces verrues, longtemps problématiques, se révèlent aujourd'hui des opportunités à l'heure de la mise en application de l'objectif zéro artificialisation nette. L'Établissement public foncier (EPF) Hauts-de-France, en tant qu'opérateur des collectivités, qui acquièrent une partie de ces terrains pour les réhabiliter, comptabilise 350 opérations actives. «Auparavant, on considérait que l'EPF accumulait des poubelles. Aujourd'hui, l'établissement est un véritable coffre-fort, avec une réserve foncière non négligeable», appuie Frédéric Motte, le conseiller régional délégué à la transformation économique. De quoi permettre le programme de réindustrialisation du territoire Rev3, axé sur la transition environnementale et lancé avec l'économiste Jérémy Rifkin il y a dix ans. Arrivé à la tête de la Région en 2016, Xavier Bertrand (LR) a fixé un objectif prioritaire à ce programme : la création d'emplois.

La Région a mis en place différents outils pour attirer investisseurs et industriels. Associé à la CCI Hauts-de-France, Nord France Invest fait office de bras armé pour accompagner les industriels français et étrangers en quête de terrain ou de bâtis. Vantant sa position au cœur de l'Europe, il met en relation les collectivités et les porteurs de projets, fournit des interprètes, organise des visites du territoire, n'hésite pas, dossier sous le bras, à aller convaincre les sièges de décision à l'étranger et accélère les démarches administratives. Cette action est relayée et complétée parles agences des collectivités locales, comme Hello Lille et Dunkerque Promotion. Mi-novembre 2024, cette dernière a fusionné avec une structure dédiée à la transition écologique et économique du bassin industrialo-portuaire du dunkerquois Euraénergies pour former le groupement d'intérêt économique ÉcosystèmeD. «Nous mettons nos divergences politiques dans notre poche pour réorganiser l'activité économique. Nous ne sommes pas plus intelligents que les autres, mais nous savons travailler ensemble, dans un monde où il faut être de plus en plus agile », décrypte le conseiller régional.

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Un bassin d'emploi attractif

La réindustrialisation est soumise à certaines contraintes : «Des sites pollués nécessitent de lourds investissements pour pouvoir être exploités, prévient Frédéric Motte. Leur remise en état est longue. Nous sommes désormais plus sélectifs et plus vigilants sur les projets. Néanmoins, le port de Dunkerque offre encore des opportunités incroyables, avec une réserve foncière de 4000 hectares.»

Pour l'heure, la Région montre aux industriels qu'elle peut répondre à leurs besoins, notamment en termes de compétences. Ainsi, le projet Electro'Mob, mis en place en 2023, réunit une quarantaine de partenaires : constructeurs automobiles implantés dans les Hauts-de-France, représentants des mondes académique et universitaire et de la filière auto. Doté de 25 millions d'euros, il vise à former des recrues pour les gigafactories. Car les emplois changent et les besoins sont souvent moindres en raison de l'automatisation des process. «Autrefois, une usine textile comptait 3000 à 4000 salariés. Aujourd'hui, la logistique tourne avec 200 à 300 personnes et les gigafactories avec 1500 à 2000. C'est pourquoi nous diversifions les secteurs d'activité. Au cœur des villes, nous privilégions des projets autour du numérique ou du textile et en périphérie, les grandes industries», indique le conseiller régional.

À Lille, la réussite la plus emblématique est EuraTechnologies, qui a vu le jour en 2009 sur l'ancienne friche de l'usine textile Le Blan-Lafont et a essaimé à Roubaix sur la friche Blanchemaille, puis à Saint-Quentin et Willems. Occupant 145 000 mètres carrés, l'incubateur de start-up compte désormais plus de 600 entreprises pour 8000 emplois. Roubaix a également réinvesti l'ancienne usine textile Tissel, qui a notamment accueilli Dagoma, un fabricant d'imprimantes 3D, en avril 2024. L'autre défi du territoire est de disposer de suffisamment de logements. Un double défi puisqu'un certain nombre d'immeubles d'habitation existants doivent être réhabilités. «Nous sommes beaucoup sollicités pour l'acquisition de sites dans le cadre de projets économiques, mais aussi pour de la rénovation urbaine d'habitat fortement dégradé », constate Catherine Bardy, la directrice générale de l'EPF Hauts-de-France. En 2023, l'EPF a cédé une trentaine d'hectares pour la construction de logements. La chambre régionale des comptes le rappelle : «Concilier la construction de logements neufs et l'impératif de sobriété foncière est un enjeu majeur pour les Hauts-de-France, plus encore que pour d'autres régions.»

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3737 - Décembre 2024

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