Le gouvernement va dévoiler début septembre son plan de relance massif de l’économie. La période s’annonce toutefois délicate, même si l’Insee prévoyait en juillet un rebond du PIB de 19 % au cours du troisième trimestre. Sur le plan sanitaire, sans parler encore de deuxième vague, force est de constater que l’épidémie retrouve de la vigueur. Le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas de Covid-19 détectés au cours des sept derniers jours pour 100 000 habitants, est de 25, avec de fortes disparités régionales: 74 à Paris (calcul intégrant les détections dans les aéroports franciliens), 85 dans les Bouches-du-Rhône. Six départements, au-dessus de 50, sont classés en “circulation active du virus”. Le 25 juin, ce taux d’incidence était de 4,3. Il grimpe avec l’augmentation des tests, dont le nombre a presque triplé entre le début et la fin de l’été, mais le taux de positivité est également en hausse, à 3,1% contre 1,5% en juin. La société reste contrainte, même si personne ne croit à une répétition à l’identique du quasi-arrêt de l’économie du printemps. Emmanuel Macron a exclu un reconfinement généralisé. Et depuis six mois, les connaissances scientifiques sur la maladie ont progressé, permettant aux populations d’apprendre à vivre avec.
Une reprise très lente
Pour le directeur général de la PME de logiciels et de conseil en cybersécurité Iviflo, Hani Attalah (lui-même atteint pendant un mois par la maladie), “même s’il y avait une aggravation, je ne crois pas à un nouveau gel brutal des commandes de prestations comme cela a été le cas début mars”. Malgré un chiffre d’affaires en légère baisse en 2020, il prévoit, compte tenu du dynamisme de son secteur, une progression dès 2021 et a même embauché cinq nouveaux collaborateurs. Mais ce niveau de confiance n’est pas partagé par tous. Il faut encore, dans de nombreuses filières, absorber le choc du printemps. Les autorisations de construction de logements ont baissé de 45,5% au deuxième trimestre et la filière du BTP et des matériaux sera touchée par le trou d’air. Le fabricant de laine de roche Rockwool vient de reporter, pour cause d’incertitudes, sa décision d’investissement dans une nouvelle usine à Soissons (Aisne).
Dopées par les subventions à l’achat, les immatriculations de voitures en France ont augmenté de 21,4 % en juillet et août, mais il est difficile de savoir comment va évoluer le marché après cette bouffée d’oxygène un peu artificielle. Le Syntec Ingénierie, à la croisée de nombreux secteurs industriels, tire la sonnette d’alarme. Fin juillet, ses adhérents estimaient que 75% de leur effectif serait sous-occupé à la rentrée de septembre. Et seul un quart des entreprises d’ingénierie pense retrouver en octobre un niveau d’activité comparable à celui de l’an passé à la même période. Un autre grand secteur très affecté, l’aéronautique, voit la reprise s’éloigner. L’Association internationale du transport aérien (Iata) estimait en avril que le trafic mondial de passagers retrouverait son niveau d’avant la pandémie de Covid-19 en 2023. Elle a repoussé d’un an l’échéance. “Tout cela laisse entrevoir une période de rétablissement plus longue et plus difficile pour l’industrie et l’économie mondiale”, a déclaré Alexandre de Juniac, le directeur général de l’Iata. Même méfiance pour le transport maritime. “Je crois que la croisière de gros bateaux va souffrir durablement”, a assuré Jean-François Rial, le PDG de Voyageurs du monde, dans “Les Échos”, le 20 août. La filière industrielle aéronautique a déjà entamé sa réduction de voilure, celle du naval devrait difficilement y échapper.
Jusqu’à présent le marché du travail a surtout été affecté par la baisse des créations d’emplois, mais les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) vont se multiplier. Selon Élisabeth Borne, la ministre du Travail, 275 ont été enclenchés entre début mars et le mois d’août. Le dispositif de chômage partiel a permis d’éviter des défaillances massives et la France a mieux protégé le revenu de ses ménages que les grands pays développés. Selon l’OCDE, au premier trimestre, alors que le PIB français chutait de 6 %, le revenu des ménages ne baissait que de 0,3 %, contre 1,2 % pour les ménages et 2,1 % pour le PIB en Allemagne. Pour l’instant, les résultats du second trimestre ne sont pas connus.
L’état sur tous les fronts
Pour éviter une dégradation, le gouvernement s’est engagé dans une course de vitesse. Le soutien à l’activité partielle de longue durée est accessible depuis début juillet et il est plus avantageux pour les entreprises qui signeront des accords avec leurs partenaires sociaux avant le 1er octobre. Certaines entreprises se sont aussi lancées dans des accords de performance collective. S’ils permettent de limiter les réductions de postes en baissant les coûts salariaux, ils n’empêchent pas les départs, comme chez Derichebourg Aeronautics Services, qui a licencié 163 salariés refusant une baisse de revenu. Pour éviter une spirale vers le chômage de longue durée et préparer l’avenir, le plan de relance du gouvernement prévoit un important effort en matière de formation professionnelle. Il inclut aussi un investissement massif, évalué à 300 millions d’euros en 2020 et 1,3 milliard en 2021, pour soutenir l’emploi des jeunes.
Mais pour alimenter la machine à emplois, il faut des projets et des investissements. Non seulement l’État va subventionner des projets de développement industriel dans l’automobile, l’aéronautique, la santé, l’agroalimentaire, l’électronique et les matières premières, mais il va également activer la commande publique. Les financements pour la rénovation énergétique sont largement ciblés sur les bâtiments publics, pour un effet plus rapide que les dispositifs maintes fois lancés concernant les bâtiments privés, dont l’impact s’est avéré limité.
Pour l’ensemble des initiatives annoncées – l’étalement des remboursements de charges, les divers plans sectoriels déjà prévus, celui du ferroviaire à venir, l’alimentation des fonds propres des entreprises, la baisse des impôts de production de 10 milliards d’euros –, l’État promet un effort de 100 milliards d’euros. Le “recovery plan” de l’Union européenne, lui, est encore en discussion au Parlement. Il n’y aura pas de réponses trop vigoureuses pour rétablir une nécessaire confiance en l’avenir.
Tous masqués
Principale mesure qui figure dans le nouveau protocole sanitaire du 1er septembre, le port du masque est “systématisé” dans tous les lieux clos et partagés. C’est-à-dire les couloirs, lieux de réunion, vestiaires et open spaces. “Nous nous appuyons sur l’avis du Haut conseil de la santé publique, qui a acté la transmission du virus non seulement par gouttelettes, mais aussi par aérosol”, a déclaré Laurent Pietraszewski, le secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail. Les cloisons et vitres de plexiglas que certaines entreprises ont installées dans les open spaces n’éliminent pas le risque de diffusion des particules fines en suspension dans l’air. Les masques dits “grand public” sont autorisés et les masques médicaux recommandés pour les personnes fragiles. Ils seront à la charge des employeurs puisque considérés comme des équipements individuels de sécurité. Le protocole prévoit un certain nombre de dérogations, négociées avec les branches et soumises à l’avis du Haut conseil de la santé publique, puisque la situation de 20 salariés dans un bureau partagé diffère de celle de deux autres dans un entrepôt de 350 m2. Les mesures de distanciation de 1 mètre, de gestion des flux, de lavage des mains, de désinfection des surfaces, de télétravail en zones de circulations actives du virus restent en vigueur. L’ensemble du dispositif est à discuter au sein des CSE. L’objectif est de sécuriser la santé des travailleurs pour ne pas entraver la reprise de l’économie.



