L’Autorité de la concurrence veut apporter sa pierre aux débats sur le pouvoir d’achat. Son président Benoît Coeuré, nommé en janvier, assure que l'organisation se « montrera vigilante » aux possibles entorses à la concurrence « qui pourraient entretenir l’inflation ». Une enquête a déjà été lancée sur le prix des carburants en Corse. L’autorité s’était auto-saisie en décembre sur une éventuelle entente dans le stockage et l’approvisionnement des produits pétroliers sur l’île. Et début juillet, c'est une potentielle entente sur les prix entre Schneider, Legrand, Rexel et un autre distributeur d'équipements électriques qui fait l'objet d'une investigation.
Alors que le gouvernement doit présenter jeudi 7 juillet son projet de loi pour atténuer les effets de l’inflation pour les ménages et les entreprises, l’Autorité veut surtout contribuer à trouver des pistes complémentaires pour « rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs » à plus long terme. Par le passé, elle a déjà rédigé plusieurs avis pour s’attaquer à des rentes établies. Plaidant pour la libéralisation des transports par autocar ou l’ouverture à la concurrence de la vente des pièces détachées automobiles, elle a vu certaines de ses propositions reprises ces dernières années par l’exécutif.
Revoir le mode de tarification des concessions d'autoroutestruncate
Pour faire baisser les prix payés par les consommateurs, l’Autorité de la concurrence recommande de s’intéresser de plus près aux concessions autoroutières. « Le mode de tarification actuel repose sur l’inflation et non sur les marges ou les coûts pour les entreprises concessionnaires. Cela ne rend pas de pouvoir d’achat aux consommateurs », pointe Benoît Coeuré, qui a été chef économiste de la Banque centrale européenne. Une autre piste d’amélioration pourrait concerner les marchés passés par ces sociétés autoroutières.
De façon plus globale, l’Autorité de la concurrence note que la lutte contre les ententes a permis de faire gagner 18,5 milliards d’euros à l’économie française depuis dix ans. Soit autant de gains pour les consommateurs. En 2021, son activité n’a pas décéléré. Les experts de la concurrence ont examiné un nombre record de concentrations, avec 272 décisions rendues, un nombre élevé lié au report de nombreuses opérations de rachat après le Covid et à la reconfiguration accélérée de certains secteurs comme celui de l’habillement. Une seule opération a été interdite, une décision assez rare. Il s'agit du rachat de la société du pipeline Méditerranée-Rhône par le fonds Ardian. A l’avenir, « le contrôle des concentrations devrait se durcir », principalement contre les entreprises du numérique, pointe Benoît Coeuré. En Europe comme aux Etats-Unis, les gendarmes de la concurrence veulent agir avant que les entreprises ne se retrouvent en position dominante.

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Redéployer ses enquêtes vers de nouveaux sujets
L’Autorité a aussi distribué 873 millions d’euros d’amendes pour entorses à la concurrence, loin de son record de plus de 1,7 milliard d’euros atteint l’an dernier. Début juillet, elle a notifié ses griefs contre Schneider, Legrand, Rexel et un autre distributeur d’équipement électrique pour entente verticale entre fournisseurs et distributeurs. Ce, quatre ans après les premières perquisitions menées en septembre 2018.
La mise en œuvre du Digital market act, validé définitivement à Bruxelles le 5 juillet, devrait par ailleurs permettre au gendarme de la concurrence de redéployer ses capacités d’enquête. La régulation européenne va interdire certaines pratiques aux géants du numérique, afin d’éviter des abus de leurs positions dominantes. Ils ne pourront par exemple pas privilégier leurs propres produits sur leurs sites. « Le DMA cible des pratiques déjà identifiées. Nous allons nous concentrer vers les pratiques nouvelles. Ni les enquêtes en cours sur les droits voisins ou sur l’accès aux services publicitaires de Facebook soulevé par Criteo ne sont couverts par la régulation européenne », pointe Benoît Coeuré. Parmi ces nouvelles priorités, devrait figurer la question des données, à qui elles appartiennent et qui y accède. « La nouvelle frontière sur les besoins d’analyse de données sera l’industrie », relève Benoit Coeuré, en citant les données de mobilité produites par l’automobile et les données de santé. « Nous sommes arrivés trop tard pour les grandes plateformes numériques. Mais nous pouvons agir plus en amont et influencer la structuration » de ces deux secteurs, estime le président de l’Autorité, relevant qu’aucun modèle ne s’est encore imposé dans le secteur automobile.



