Devant la porte principale du bâtiment, les deux statues rouges et jaunes des figurines iconiques de M & M’s accueillent les visiteurs. À peine pousse-t-on la porte qu’une forte odeur de chocolat emplit les narines. Pas de doute, nous sommes bien à l’entrée de la plus grande usine européenne des fameux M &M’s. Chaque année, plus de 70 000 tonnes de friandises sortent de ces lignes de production pour inonder plus de quarante marchés. "Plus de 70 % de notre production part à l’étranger", confirme Anne Chagnas, la directrice du site de 350 salariés.
Installée depuis 45 ans à Haguenau (Bas-Rhin), l’usine est pourtant en pleine transformation. Quelque 70 millions d’euros viennent d’y être investis pour répondre à l’obligation, pour les confiseurs, de retirer de leur recette le dioxyde de titane. À la suite d’un avis de l’agence sanitaire (Anses) en avril 2019, le gouvernement a décidé de suspendre l’utilisation de cet additif, l’E171, employé notamment comme colorant pour blanchir les produits, dans l’agroalimentaire.
"Plus de 44 millions d’euros ont été consacrés à la modification des recettes", ajoute la directrice. Pour remplacer le titane, utilisé pour enrober le cœur en chocolat des petites billes avant l’application des couleurs, le géant industriel a opté pour l’amidon de riz.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
40 000 heures de R & D
Ce choix a nécessité d’ajouter de nouvelles étapes dans la production des confiseries, à l’image du « dusting » : une technique usitée pour saupoudrer la poudre de riz sur les billes. Au sein de grosses turbines en acier, acquises spécialement pour ce process, l’amidon est pulvérisé sur les bonbons avant d’être enrobé de sucre glacé pour être solidifié. "Deux étapes sont désormais nécessaires contre une seule auparavant", précise Anne Chagnas. Au total, plus de 40 000 heures de R & D ont été nécessaires et près de 200 personnes ont travaillé sur le site pour accompagner la modification des process de production liée à la nouvelle législation. Et les travaux sont toujours en cours : si l’interdiction du dioxyde de titane ne vaut que pour la France, le groupe Mars, propriété de la marque, a décidé de supprimer l’additif de tous ses produits vendus en Europe d’ici à la fin de l’année 2020.
Tout juste blanchies, les billes sont envoyées dans dix cuves de 4,5 tonnes où des colorants sont pulvérisés. À la sortie, chaque confiserie arbore l’une des 22 fameuses couleurs vives spécifiques aux M & M’s. "Cette étape est la plus longue, elle dure plus de 2 heures et demie", chiffre la directrice. Aujourd’hui, Mars utilise encore des colorants artificiels, mais le groupe s’est fixé pour objectif de les substituer par des options naturelles d’ici à 2025. "On a souvent l’impression qu’il suffit de claquer des doigts pour supprimer un ingrédient. Ils ne sont pas indépendants et chaque couche d’ingrédient interagit avec la précédente. Changer un élément provoque des réactions en chaîne sur l’ensemble du process", souligne Anne Chagnas.
Cette stratégie doit permettre au groupe de recruter de nouveaux consommateurs pour doubler ses ventes dans l’Hexagone d’ici à dix ans, à 250 millions d’euros. "Malgré un marché des billes de chocolat très dynamique en France, nous sommes à la moitié des taux de pénétration de l’Angleterre ou des États-Unis, explique Stéphanie Domange, la patronne de Mars Wrigley France depuis l’été 2019. Cela laisse beaucoup de potentiel."



