Comment Mentos a dit ciao au dioxyde de titane?

Depuis 2018, Perfetti Van Melle se passe du dioxyde de titane dans l’ensemble de ses recettes. Pour y arriver, le groupe italien a travaillé sur ses process de production.

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Pour se passer de l'E171, Mentos a dû modifier ses process de production.

Une forte odeur mentholée. C’est la première chose qui frappe lorsque l’on s’approche de l’usine de Perfetti Van Melle de Linate, en périphérie de Milan (Italie). C’est dans ce site de 20 000 m² construit sur les bases de la première usine du groupe, que les chewing-gums et bonbons Mentos sont produits. Au total, 20 000 tonnes sortent chaque année de ces chaînes de production et inondent les marchés italiens, turcs et français.

Comme toutes les confiseries, les produits de Perfetti Van Melle seront soumis, dès le 1er janvier 2020, à la réglementation française sur le dioxyde de titane (E171). À la suite d’un avis de l’agence sanitaire en avril 2019, le gouvernement a décidé de suspendre l’utilisation de cet additif, utilisé notamment comme colorant pour blanchir les produits, dans l’agroalimentaire.

Deux ans pour la formule magique

Si la nouvelle a bousculé les industriels, chez Perfetti Van Melle, elle a été accueillie avec sérénité. Il faut dire que le groupe italien, qui a réalisé 2,43 milliards d’euros de ventes en 2018, dont 34,5 % grâce aux chewing-gums, n’a pas attendu la loi française pour travailler sur le sujet. "Nous avons entamé notre réflexion sur les alternatives à l’E171 dès 2012, se rappelle Martin Walzl, le directeur R &D du groupe. Nous avons d’abord cherché des solutions de substitution naturelle. Mais rapidement, nous nous sommes rendu compte que rien ne correspondait à ce que nous recherchions." Avec son équipe de 200 chimistes et ingénieurs agronomes, dont cinq entièrement dédiés à la question, Martin Walzl a commencé à travailler sur le process en augmentant les temps de séchage de la gomme et le nombre de couches de xylitol appliquées. Plusieurs options sont testées, mais c’est autour de la cristallisation que les efforts se concentrent. "Couche après couche, nous avons remarqué que c’était cette étape qui nous permettrait d’obtenir un produit similaire à celui contenant l’additif" détaille le directeur R & D. Car si le dioxyde de titane n’altère pas le goût des chewing-gums, il leur donne cette blancheur et cette brillance tant attendues par les consommateurs. "L’E171 couvre également la surface de la gomme et permet de cacher tous les défauts esthétiques des bonbons", ajoute Anna Ré, la responsable de la communication du groupe.

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Il faudra près de deux ans aux spécialistes pour trouver la formule magique. "Plusieurs fois, nous avons cru avoir trouvé la bonne solution avant de nous rendre compte, au bout de quelques mois, que les bonbons finissaient par jaunir", se souvient Martin Walzl en citant l’exemple de ses chewing-gums rose et blanc devenus marron une fois mis sur le marché.

Délicate phase d’industrialisation

Quand elle fut enfin trouvée, la nouvelle recette a été testée dans des cuves de deux kilos au sein du laboratoire de R & D de l’usine. Après validation, il a ensuite été possible de passer à la phase industrielle. "Cela a sans aucun doute été l’étape la plus complexe", confie le spécialiste. À peine quelques mètres séparent le laboratoire flambant neuf de Martin Walzl des portes de l’usine. L’unité de Linate a été la première convertie au "sans titane" à la mi-2014. S’il est impossible de connaître le montant des investissements nécessaires à l’adaptation de l’usine, son directeur, Roberto Ripa, admet toutefois avoir dépensé quelques centaines de millions d’euros pour changer les process. Une somme à laquelle s’ajoutent les coûts collatéraux liés aux nouvelles recettes : "Pour atteindre ce résultat, nous avons dû ralentir plusieurs étapes de la fabrication et adapter certaines de nos compétences", précise le dirigeant. Aujourd’hui, Roberto Ripa assure que ce manque à gagner a été comblé par une plus grande efficacité des modes de production.

Ces investissements permettent à Perfetti Van Melle d’être prêt pour le changement législatif français et d’anticiper des décisions similaires en Europe. "Le sujet sur la dangerosité du titane est apparu en France, mais depuis, il est débattu en Allemagne et en Italie", explique Anna Ré. Et la porte-parole de se féliciter que si "l’usine de Linate a été la première à évoluer, depuis 2018, toutes les recettes du groupe se passent de l’E171, et ce, dans le monde entier".

Une évolution à laquelle les clients sont sensibles. En France, depuis le retrait du dioxyde de carbone, les ventes de Mentos ont augmenté de 13 % sur un marché global des chewing-gums en retrait de trois points. Le détail n’est pas communiqué à la presse, mais Sonia Depoilly, la responsable France du groupe, y voit un effet conjugué de la nouvelle recette et du succès de Yuka. "L’application note les produits en fonction des additifs. Grâce à notre nouvelle recette, nous sommes mis en avant", souligne-t-elle. Reste à savoir si, avec la mise en conformité de ses concurrents à partir du 1er janvier 2020, le groupe pourra maintenir son leadership.

Un additif au cœur de la polémique

En avril 2019, après deux ans de bras de fer entre les associations de consommateurs, l’industrie agroalimentaire et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), les ministères de la Transition écologique et de l’Économie ont tranché et décidé l’interdiction du dioxyde de titane dans l’alimentation. Cet additif, aussi appelé E171, est un colorant utilisé sous forme de poudre pour blanchir et rendre brillants les aliments. Problème : sous forme de nanoparticules, le dioxyde de titane pourrait être cancérigène. En 2017, dans un avis relatif à sa toxicité orale, l’Anses montre que "l’exposition chronique des rats à l’E171 serait susceptible d’entraîner des lésions colorectales cancéreuses". Des craintes réitérées en avril 2019 par l’agence qui explique "ne pas disposer d’éléments nouveaux pour lever les incertitudes sur l’innocuité de l’additif". Cette dernière publication est à l’origine de l’inscription de l’interdiction dans la loi alimentation. Reste que la suspension de l’E171 ne touche, pour l’instant, que l’agroalimentaire. Les cosmétiques et la pharmacie, des secteurs qui utilisent également le dioxyde de titane, ne sont pas concernés.

 

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