Comment Mentos et Chupa Chups ont réussi à se passer du dioxyde de titane

Depuis 2018, Perfetti Van Melle se passe dans l’ensemble de ses recettes du dioxyde de titane, banni des aliments et notamment confiseries françaises depuis le 1er janvier. Pour y arriver, le groupe italien, propriétaire de Mentos et des sucettes Chupa Chups, a travaillé sur ses process de production.

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Pour se passer de l'E171, Mentos a dû modifier ses process de production.

Une forte odeur mentholée. C’est la première chose qui marque aux abords de l’usine de Perfetti Van Melle à Linate, en périphérie de Milan. C’est dans cette unité de 50 000 mètres carrés, construite sur les bases du premier site historique du groupe italien, que les chewing-gums et bonbons Mentos sont fabriqués. Au total, 20 000 tonnes sortent chaque année de ces chaînes de production et inondent les marchés italiens, turcs et français.

Reflexion sur les alternatives au dioxyde titane depuis 2012

Comme toutes les confiseries, les produits de Perfetti Van Melle sont désormais soumis, depuis le 1er janvier 2020, à la réglementation française sur le dioxyde de titane. A la suite d’un avis de l’agence sanitaire en avril 2019, le gouvernement a décidé de suspendre

l’utilisation de cet additif, utilisé notamment comme colorant pour blanchir les produits, dans l’agroalimentaire. Si la nouvelle a bousculé les industriels, chez Perfetti Van Melle elle a été accueilli avec sérénité. Il faut dire que le groupe italien, qui a réalisé 2,429 milliards d’euros de ventes en 2018 dont 34,5% grâce aux chewing-gum, n’a pas attendu la loi française pour travailler sur le sujet. “Nous avons commencé notre réflexion sur les alternatives à l’E171 dès 2012” se rappelle Martin Walzl, directeur R&D du groupe. “Nous avons d’abord cherché des solutions de substitutions naturelles mais rapidement nous nous sommes rendus compte que rien ne correspondait à ce que nous recherchions”, se souvient le spécialiste.

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Travail autour de la cristallisation

Avec son équipe de 200 chimistes et ingénieurs agronomes, dont cinq étaient entièrement dédiés à la question du dioxyde de titane, Martin Waltz commence alors à travailler sur le process. Augmentation des temps de séchage de la gomme, des couches de xylilol appliquées... Plusieurs options sont élaborées mais c’est autour de la cristallisation que les efforts se concentrent: “couche après couche, nous nous sommes rendus compte que c’était cette étape qui nous permettrait d’obtenir un produit similaire à celui contenant l’additif”, explique Martin Walzl.

Car si le dioxyde de titane n’altère pas le goût des chewing-gums, il leur donne la couleur blanche et brillante attendue des consommateurs. “L’E171 couvre également la surface de la gomme et permet ainsi de cacher tous les défauts esthétiques des bonbons”, ajoute Anna Ré, la responsable communication du groupe.

Deux ans de recherche

Il faudra près de deux ans aux spécialistes pour trouver la formule magique. “Plusieurs fois, nous avons cru avoir trouvé la bonne solution avant de nous rendre compte, au bout de quelques mois, que la couleur des bonbons finissaient par jaunir” se rappelle Martin Walzl en citant l’exemple de chewing-gums rose et blanc devenus marron une fois mis sur le marché. Une fois trouvée, la nouvelle recette est testée dans des cuves de deux kilos au sein du laboratoire de R&D de l’usine. Validée, elle passe ensuite à l’échelle industrielle. “C’est l’étape la plus complexe” confie le spécialiste. 

Des centaines de millions d'euros d'investissement

A peine quelques mètres de couloirs séparent le laboratoire flambant neuf de Martin Watzt des portes de l’usine de production. L’unité de Linate a été la première convertie au “sans titane” à la mi 2014. Impossible de savoir le montant des investissements nécessaires à l’adaptation de l’usine, son directeur Roberto Ripa admet toutefois avoir dépensé quelques centaines de millions d’euros pour changer les process. Une somme à laquelle s’ajoutent les coûts collatéraux liés aux nouvelles recettes. “Pour atteindre ce résultat, nous avons dû ralentir certaines étapes de la fabrication et adapter certaines de nos compétences” explique-t-il. Aujourd’hui, Roberto Ripa assure que ce manque à gagner a été comblé par une plus grande efficacité des mode de production.

Débats dans toute l'Europe

Ces investissements permettent à Perfetti Van Melle d’être prêt pour le changement législatif français et d’anticiper des décisions similaires en Europe. “Le sujet sur la dangerosité du titane est apparu en France mais est, depuis, débattu en Allemagne et en Italie”, observe Anna Ré. “L’usine de Linate a été la première à évoluer, mais depuis 2018 toutes les recettes du groupe dans le monde entier se passe de l’E171”, se félicite la communicante.

Ventes en croissance

Une évolution à laquelle les clients sont sensibles. En France, depuis le retrait du dioxyde de carbone, les ventes de Mentos ont augmenté de 13% sur un marché global des chewing-gums en retrait de 3 points. Le détail n’est pas communiqué à la presse mais Sonia Depoilly, responsable France du groupe, y voit un effet conjugué de la nouvelle recette et du succès de Yuka: “L’application note les produits en fonction des additifs. Grâce à notre nouvelle recette, nous sommes mis en avant”. Reste à savoir si la mise en conformité des concurrents de Mentos depuis le 1er janvier 2020 permettra au groupe de maintenir son leadership.

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