Un tiers de la laine française n’est pas utilisée, selon la Fédération nationale ovine. À cause d’une désindustrialisation qui a laissé des marques, la maille française n’est plus celle qu’elle était autrefois. Mais alors que faire de la laine de mouton, dont la tonte une à deux fois par an est obligatoire ? Certaines entreprises proposent d’en faire de… la kératine. Cette protéine animale, que l’on retrouve principalement chez les mammifères, est appréciée des industries des cosmétiques et des compléments alimentaires.
Des procédés propres, mais longs
Si la littérature scientifique est riche en articles concernant son extraction de la laine de mouton, sa mise en application industrielle reste limitée. Kerat’Innov, PME de 15 salariés basée à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), en est le précurseur en France. Fondée par le fabricant de gélules Roxlor en 2012, elle dispose d’un site qui produit 60 à 70 tonnes d’hydrolysat de kératine par an, en utilisant une méthode «douce».
«Les hydrolysats de kératine sont généralement extraits à partir de la matière kératinique grâce à des acides couplés à des températures ou pressions élevées, ce qui dégrade fortement les propriétés intrinsèques de la kératine, explique à L’Usine Nouvelle Jean-Sébastien Vella, directeur de la R&D chez Kerat’Innov. Grâce à notre procédé breveté, nos peptides restent bioactifs et vous pouvez mettre la main dans les cuves sans danger, mais la production est lente !»
Le procédé de Kerat’Innov consiste à utiliser des tensioactifs ou d’autres molécules pour permettre d’ouvrir les chaînes de protéines contenues dans la laine à température ambiante, pour ensuite faire subir des phases de digestion enzymatique à la laine. «Les enzymes transforment les protéines en peptides (des petites chaînes d’acides aminés, ndlr) puis nous les purifions de sorte à ne conserver que ceux qui ont un intérêt physiologique», expose-t-il. Seuls les peptides kératiniques d’intérêt sont ainsi conservés, sous forme de poudre. Un procédé propre… mais qui «dure une dizaine de jours».

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Des sources d’approvisionnement rares en France
D’autres acteurs émergent, comme la jeune pousse HKVor, créée en 2021, qui dispose d’un démonstrateur pour produire «une kératine avec une très bonne pureté», sans que «la laine n’entre en contact avec des produits chimiques», assure son fondateur Olivier Defrance, sans donner davantage de détails sur son procédé. HKVor se démarque de Kerat’Innov par une application supplémentaire : l’usage de la kératine en tant que biostimulant agricole, dans le but de remplacer des engrais. «Nous visons aussi le secteur des cosmétiques, mais on trouve surtout de la kératine végétale dans ce marché, indique Olivier Defrance à L’Usine Nouvelle. Mais la kératine végétale, ça n’existe pas, on a inventé de toutes pièces une kératine qui peut provenir du soja.» Afin de diversifier ses matières premières, la start-up souhaite aussi s’attaquer aux déchets de cheveux dans les salons de coiffure, mais fait pour l’instant face à des barrières juridiques.
D’autres sources d’approvisionnement sont souhaitables, car si la laine de mouton française est pleinement disponible, les capacités industrielles de lavage de laine – nécessaire pour en extraire la kératine –, sont inexistantes en France. «Nos besoins en lavage de laine sont très exigeants, mais le lavage ne se fait plus en France, raconte Jean-Sébastien Vella. Et nous sommes encore en petits en termes de volumes, donc un laveur de laine ne sera pas rentable grâce à nous.» La PME parvient tout de même à faire laver la laine en France pour une partie de ses produits, ce qui lui permet de bénéficier du label Origine France Garantie. Le reste est sourcé en Nouvelle-Zélande, qui dispose d’une population ovine de 23,6 millions et d’une industrie beaucoup mieux développée. Pas la porte à côté.



