A Hondouville, Essity revalorise des résidus papetiers en minéral pour l’industrie cimentière

Le fabricant de papiers d'hygiène Essity a installé, dans son usine d'Hondouville (Eure), un démonstrateur visant à valoriser l'un de ses coproduits – le carbonate de calcium. Extrait du papier recyclé que l'industriel utilise en matière première, le matériau doit être utilisé par le cimentier Eqiom. 

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Démonstrateur boues Hondouville Essity
Pour l'heure, le démonstrateur est déconnecté de la ligne de production de l'usine Essity d'Hondouville. Un outil devrait être branché en 2028.

Valoriser des coproduits de l’industrie papetière dans l’industrie cimentière, tel est le pari d'Essity. Dans son usine d'Hondouville (Eure), le fabricant de papiers d'hygiène a installé un démonstrateur visant à extraire le carbonate de calcium présent dans les papiers d'impression – l'une de ses matières premières – actuellement testé en partenariat avec Eqiom. Ce cimentier, filiale du fabricant irlandais de matériaux de construction CRH, doit confirmer les propriétés du produit, utilisé en additif pour les bétons commerciaux ou en liants hydrauliques pour les enrobés routiers.

Le produit, présenté sous forme d’une poudre, contient donc principalement du carbonate de calcium, séché et carbonaté avec absorption de CO2. Sa source se cache dans les approvisionnements de l'usine d'Essity, qui consomme quelque 100 000 tonnes de matières issues du recyclage chaque année. Papiers graphiques, livres et carton, elles sont aussi composées de briques d’emballage alimentaire, qui représentent 25% des approvisionnements.

Or, du carbonate de calcium est présent «en grande quantité» dans les papiers d’impression et d’écriture, relate David Stephan, le directeur de l’usine. Problème, le gisement contient des résidus de plastique, dus au tri «qui n’est jamais optimal», ajoute-t-il.. «Nous les retirons par un travail mécanique de séparation. A terme, nous ne voulons plus avoir aucun résidu qui sort du site», fait savoir le dirigeant, qui a accompagné la mise en place d’un pilote destiné à faire d'un essai en laboratoire un nouveau process industriel.

Un outil en cours de rodage

Pour l’heure, la phase expérimentale est de mise. Ayant nécessité 3,5 millions d’euros d’investissement, l’outil est testé depuis septembre 2024, dans le cadre d’un appel à projet de 2022 intitulé «Solutions innovantes pour l’amélioration de la recyclabilité, du recyclage et de la réincorporation des matériaux», opéré par l’Ademe dans le cadre de France 2030, et accompagné par des fonds européens (NextGenerationEU).

Un consortium composé de l'Institut national des sciences appliquées de Strasbourg et de l'Institut Jean-Lamour de l’Université de Lorraine, spécialisé dans les matériaux, prend part aux travaux. Outre Eqiom, un autre industriel est de la partie : Hevatech, une société basée dans la Drôme spécialisée dans les technologies de valorisation de la chaleur fatale.

Car pour être transformées en produit valorisable par l'industrie cimentière, les boues issues du processus de désencrage (estimées, lors du lancement du projet, à 40 000 tonnes par an), font l’objet d’une calcination en continu. La chaleur générée par la calcination devrait ainsi être récupérée et réinjectée dans le process de fabrication des papiers d’hygiène sous forme d'air comprimé et d'air à haute température. Pour l’heure, le démonstrateur est autonome dans son fonctionnement. Mais si les résultats sont concluants, l'outil devrait être branché sur la ligne de production en 2028, moyennant un investissement qui n’a pas encore été chiffré.

«Pour les industriels, les quantités valorisées de matières deviennent la priorité»

Etablir des passerelles entre industries pour la revalorisation des coproduits, c’est possible. A Epron (Calvados), l’école d’ingénieurs Builders travaille, à travers son unité de recherche Builders Lab, sur le développement de nouveaux matériaux et sur les enjeux numériques du bâtiment. Elle a récemment développé, avec Eiffage, un liant routier intégrant des coquilles Saint-Jacques, un matériau qui fait l’objet d’études depuis 2011. Actuellement, avec l’Ademe, les ingénieurs du laboratoire travaillent sur la valorisation des composites, issus de l’éolien ou des véhicules hors d’usage. «Depuis trois à quatre ans, les entreprises sont poussées à trouver des solutions pour leurs déchets. Par exemple, valoriser des verres de lunettes mis en décharge», illustre Nassim Sebaibi, le responsable de Builders Lab.

Encore faut-il adopter la bonne méthode de travail. «Dans un premier temps, on exclut les notions de valorisation ou de filière, pour se focaliser sur le potentiel du produit. Ensuite, on analyse le gisement possible de matières. Ces dernières années, il y a cinq ans, les industriels regardaient en premier lieu le coût de la matière ; aujourd’hui, les quantités revalorisées de matière deviennent la question principale», commente Nassim Sebaibi. Pour justifier la durabilité des matériaux nouvellement produits, des tests sont réalisés en laboratoire. Des applications pour lesquelles les normes sont plus souples, à l’instar des liants routiers, sont parfois privilégiées. En fonction des priorités des entreprises, les projets prennent de deux à dix ans de travail.

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