Lillusion est quasi parfaite. Que cela soit par son aspect visuel ou par le toucher, le sac en «peau de lapin» présenté par Haïkel Balti, le cofondateur et président de Faircraft, ressemble à s’y méprendre à d’autres modèles de maroquinerie déjà vus. À une différence près : aucune bête n'a été dépecée pour le fabriquer. La peau est issue d'une culture en laboratoire. «Nous cultivons du cuir in vitro», résume l’ingénieur des Arts et Métiers, passé par le Georgia Institute of Technology, aux États-Unis.
Fabriquée à Paris, dans une ancienne usine de papier à cigarette qui abrite plusieurs entreprises de biotech, la matière combine une dimension éthique – elle ne génère pas de souffrance animale – à une autre, environnementale : un impact carbone dix fois inférieur à celui d’un cuir usuel. Elle se travaille, en outre, comme toutes les peaux traditionnelles. «Notre “cuir” est transformé sur les mêmes machines et nécessite des savoir-faire identiques», précise Haïkel Balti. L’innovation doit répondre à la demande de l’industrie du luxe, qui peine à s’approvisionner en cuir de qualité pour commercialiser des articles de maroquinerie.
Sur-mesure et qualité
Fondée en 2021, la start-up a profité des avancées technologiques liées à l’apparition des viandes synthétiques, indique le directeur général, qui résume le process : «Tout commence par une biopsie de peau du mammifère. Nous récupérons les cellules que nous démultiplions dans des bioréacteurs avec des milieux de culture, un liquide riche en nutriments. Il en résulte des sortes de graines que nous semons sur un support. Au bout de quelques jours, ce dernier commence à produire des fils de collagène et d’élastine.»
La peau peut ensuite être tannée comme n’importe quel cuir ou utilisée telle quelle. Si l’entreprise travaille déjà à répliquer des peaux de bœuf, de vache, de veau et d’agneau, la technologie de rupture ne s’arrête pas là. La solution permet de produire sur mesure, en taille et en épaisseur, et de jouer sur la quantité de collagène. «Nous paramétrons la matière pour la rendre plus respirable, allégée, sans perte de performances mécaniques mais aussi plus souple», détaille Haïkel Balti.
Une première usine d'ici à 2028
Dans les locaux, qui doublent de surface cette année, 24 salariés, de huit nationalités, préparent le passage à l’échelle industrielle. «Nous entrons en phase d’optimisation du procédé de fabrication», explique Haïkel Balti. En novembre 2024, Faircraft a levé 15 millions d’euros, la seconde augmentation de son capital. Une première usine est d’ores et déjà envisagée d’ici à trois ans, avec un objectif de production mensuelle de 10 000 m2 de peau (contre 5 à 10 m2 actuellement).
Le cofondateur s’enorgueillit de compter parmi les pionniers du cuir in vitro, au côté de Qorium, aux Pays-Bas, de l’américain VitroLabs ou encore 3D Bio-Tissues, au Royaume-Uni. «Notre approche a consisté, dès le début, à concevoir un produit scientifique et à l’industrialiser», rapporte Haïkel Balti, qui a, pour cela, recruté en même temps des scientifiques et des ingénieurs. Il fait aussi valoir un autre atout : la localisation de l’entreprise.
Située à quelques stations de métro des grandes maisons, la start-up profite de sa proximité pour développer ses contacts et des projets, comme des participations à des collections capsules et des défilés. Son président reste en revanche bouche cousue sur le nom de ses clients et le montant de son chiffre d’affaires. Quatre ans après sa création, les perspectives de marché sont considérables. Car si Faircraft se concentre aujourd’hui sur le marché du luxe, Haïkel Balti n’exclut pas, d’ici cinq à dix ans, de proposer ses produits au monde de l’automobile et de l’ameublement. Deux marchés avec d’importants volumes… et un fort impact.



