Cinq pistes à suivre pour relancer l'industrie automobile française

Dans une note publiée le 21 juillet, le Conseil d'analyse économique, commission ministérielle consultative composée d'économistes, a imaginé les différents scénarios pour une relance de l'industrie automobile positive à moyen terme. Sans surprise, une amélioration de la productivité passera notamment par une réduction des coûts, selon lui.

Réservé aux abonnés
usine automobile Toyota Onnaing
L'usine automobile Toyota d'Onnaing produit la Yaris française.

Accusant une baisse de sa production et de sa compétitivité depuis le début des années 2000, l'industrie automobile français est de nouveau grandement éprouvée, en raison de la crise sanitaire survenue ces derniers mois. Pour déterminer et analyser les défis auxquels la filière sera confrontée à moyen terme, le Conseil d'analyse économique, organe conseillant notamment le Premier ministre, a publié une note le 21 juillet.

En imaginant différents scénarios (guerre commerciale; accords unilatéraux, multilatéraux, mondiaux), les économistes mettent en avant les intérêts supposés d'une relocalisation de la production en France, d'une augmentation de la productivité, ou encore d'une politique de réduction des coûts.

1 - Réduire les coûts

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Selon la note, dans le cas d'une relocalisation partielle d'une partie de la production en France, une baisse unilatérale des coûts entraînerait à la fois une augmentation de la production et une réduction des prix pour les consommateurs. "Une réduction de 20 % des coûts doublerait la production automobile française et lui permettrait d’atteindre son pic de production par rapport à l’Allemagne (atteint en 2002)", précise la note. "Elle permettrait également d’augmenter la rente du consommateur (diminution des prix à la consommation) de plus de 4 %".

Selon le document, une telle réduction des coûts semble toutefois trop ambitieuse. "Une réduction des coûts de 5 % est probablement un objectif plus crédible. Une telle réduction augmenterait la production et la rente du consommateur d’environ 18 % et 1 % respectivement. Des réductions plus ambitieuses de 7,5 ou 10 % des coûts augmenteraient la production de 30 et 40 % respectivement", ajoute-t-il.

2 - Moins de taxes et plus de robots

Quelles sont les pistes envisageables pour diminuer les coûts ? Le Conseil d'analyse économique évoque la réduction des taxes à la production (sur le chiffre d'affaires, la valeur ajoutée ou le foncier), qui représentent 3,6 % de la valeur ajoutée des entreprises en France contre seulement 0,5 % en Allemagne.

Autre possibilité, une utilisation plus fréquente des robots. Selon différentes études citées dans la note, une augmentation de l'automatisation des usines augmente leur productivité et leurs ventes. Un robot supplémentaire pour 1 000 travailleurs augmenterait par exemple la productivité du travail de 0,5 % et contribuerait à relocaliser entre 2,5 et 3,5 % de l'activité d'un secteur. De quoi compenser une partie des emplois "perdus" par cette même robotisation.

3 - Garantir des prix bas de l'électricité

Mais cette automatisation entraîne des coûts, notamment en électricité. Selon la note, une augmentation de 1 % du coût de l’électricité, en augmentant les prix à l’exportation, réduirait le volume des exportations automobiles d’environ 0,2 %. Au lieu de contribuer à l'augmentation des tarifs de l'électricité, les politiques publiques devraient, au contraire, proposer des prix bas garantissant la compétitivité de l'industrie.

De plus, en raison de son approvisionnement important en électricité d'origine nucléaire, la France se situe parmi les pays aux plus faibles émissions industrielles de CO2. "Un prix minimum du CO2 permettrait de réduire les émissions et aussi de rééquilibrer les avantages en termes de coûts qui reposent sur la production d’électricité à partir de sources à fortes émissions de CO2", estime le Conseil d'analyse économique.

4 - Regrouper les activités

Les politiques publiques devraient également encourager le phénomène de regroupement d'activités, notamment dans les deux pôles de compétitivité automobile français que sont le Nord et l'Est. Les travaux soulignent "l’importance des réductions de coûts ou des gains de productivité dus aux économies d’échelle résultant des retombées localisés sur le marché du travail, de la coordination des fournisseurs d’intrants et de la coopération technologique".

Selon la note, au niveau régional et national, grâce à ces retombées locales, une augmentation de 10 % de la production entraîne une diminution des coûts de production de l’ordre de 0,33 à 1 %. Elle recommande ainsi d'encourager "les clusters de l’industrie automobile situés dans le nord et l’est de la France", de "ne pas tenter d’arrêter la réallocation spatiale de la production automobile des sites historiques situés en dehors de ces pôles", et de "faciliter la coordination entre les producteurs automobiles sur des questions telles que la technologie et la formation dans les principaux pôles".

5 - Coupler l'ETS à un mécanisme d'ajustement carbone

En dernier lieu, le Conseil d'analyse économique s'intéresse aux effets du système européen d'échange de quotas d'émissions de CO2 (ETS, pour Emission Trading Scheme). Le problème de ce système, pour l'industrie automobile, est ce que le comité appelle la "fuite de carbone", soit la volonté des constructeurs de délocaliser en dehors de l'UE, pour éviter de possibles coûts de production plus élevés, en raison des malus liés aux émissions de CO2. "Pour garantir des conditions de concurrence équitables, l’introduction d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour les importations de voitures est examinée en complément de l’extension de l’ETS à un ensemble plus large d’industries manufacturières", précise la note.

Selon des simulations réalisées en interne, sans instauration d'un mécanisme d'ajustement carbone de ce genre, l'extension de l'ETS à l'industrie automobile pourrait générer une perte de production de 3 % en France, au profit de pays comme la Turquie ou le Royaume-Uni. Symétriquement, l'instauration de ce mécanisme générerait un effet inverse. Si elle précise qu'il ne s'agit que d'hypothèses à prendre avec prudence, pour la note, ces résultats "suggèrent que l’extension du système de l’ETS à l’industrie automobile entraînerait une délocalisation en dehors de l’Union européenne, mais à un niveau relativement modeste."

Si l'instauration du mécanisme d'ajustement carbone à la frontière de l'UE n'aura pas forcément un effet symétriquement inversé, "plus la stratégie environnementale de l’Union européenne est ambitieuse (plus le prix du CO2 est élevé), plus il serait coûteux (en termes de pertes de production) d’étendre le système d’échange de quotas d’émission sans mécanisme d’ajustement aux frontières", ajoute le document.

Ainsi, étendre l'ETS à l'industrie automobile tout en mettant en place ce mécanisme d'ajustement aux frontières pourrait garantir "des conditions de concurrence équitables qui faciliteraient une stratégie environnementale ambitieuse de l’Union européenne avec un prix du CO2 élevé", imagine le Conseil d'analyse économique. Bien qu'il puisse être utile en ce sens, l'objectif principal de l'instauration du mécanisme ne devra pas être la relance de l'industrie automobile... mais la réduction des émissions mondiales de CO2.

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs