Reportage

A l'université d'été du Medef, pour les patrons, la confiance prend le pas sur l'incertitude

La REF (Renaissance des entreprises de France), le rendez-vous estival du Medef qui se tient mercredi 26 et jeudi 27 août, a été l'occasion de sonder le moral des chefs d'entreprises. Si la prudence est de mise, les entrepreneurs se disent confiants pour la rentrée. Certains estiment même que la crise sanitaire est l'opportunité de changer de modèle économique.  

 

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REF 2020 Photo afp ne pas réutiliser
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A l'hippodrome de Longchamp, ce mercredi 26 août, les paris sur l'avenir ont remplacé les paris sportifs et les chevaux de course s'appellent "reprise économique", "transition verte", "optimisme" et "confiance". Au rendez-vous annuel des entreprises, rebaptisé cette année REF (Renaissance des entreprises), le climat économique qu'on dit morose et la crise sanitaire ne semblent pas avoir entamé la confiance des dirigeants présents, bien au contraire. Avant même l'optimisme sans ambage du discours du président de l'organisation patronale, Geoffroy Roux de Bézieux (qui a ouvert le bal au son de I Will Survive de Gloria Gaynor), les patrons semblaient déjà plus croire en l'avenir qu'en une crise économique dévastatrice. L'intervention plus nuancée (plus austère?) du Premier ministre, Jean Castex, durant laquelle il a esquissé les grandes lignes du plan de relance prévu à la rentrée, et annoncé la baisse de l'impôt sur la production réclamée par les entreprises, est venu confirmer ce sentiment général. 

Dans l'urgence, l'Etat a eu une réaction exemplaire

De la bouche des patrons croisés au gré des stands qui s'alignaient sur l'esplanade luxueuse de l'hippodrome parisien, le soutien de l'Etat, ses mesures et son implication, ont été à la hauteur de l'enjeu. "On ne pouvait pas rêver mieux", estime, sourire de satisfaction à peine masqué, Patrice Pennel, président directeur général du groupe REG, un fournisseur de solutions intégrées pour le traitement de air et gaz basé dans les Hauts-de-France et président de CCI international, un réseau qui aide les entreprises à se développer à l'étranger. "L'Etat était au rendez-vous, estime sur la même tonalité Frédéric Motte, qui gère Cèdres Industrie, une entreprise de 400 salariés qui construit et entretient des sites industriels pour de grands groupes, et par ailleurs président de la branche Medef des Hauts-de-France.

Un constat également partagé par Grégory Pascal, fondateur de Sensilabs, une entreprise spécialisée dans le numérique et la digitalisation des entreprises, qui ne trouve "rien à reprocher" à la réponse des pouvoirs publics dans l'urgence. Les reproches justement, il faut sortir du pur champ économique pour les trouver. "En tant qu'entrepreneuse non, mais en tant que citoyenne… la pénurie de masque a été problématique et le discours contradictoire à quelques mois d'intervalle très limite", juge Camille Le Gal, directrice commerciale et co-fondatrice de Fairly Made, une start-up spécialisée dans le sourcing et la confection écoresponsable auprès de grandes marques de retail.

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Mais, paradoxalement, la pénurie de masques qu'elle pointe a permis à son entreprise de survivre et de contre-balancer des pertes liées à l'arrêt des commandes. "Nous nous sommes mis à concevoir des masques, relate le jeune dirigeante, ça a été notre monoproduit pendant le confinement, avec un pic tel début avril que nous n'avons jamais eu d'arrêt d'activité". La jeune pousse de cinq salariés a même recruté pendant le confinement, "nous avons intégré une ingénieure dans nos équipes". Et aussi après. "Nous venons d'engager une nouvelle commerciale". Arnaud Le Fort, qui dirige une PME à Douai (Nord), qui fabrique et installe des paratonnerres, a pour sa part engagé cinq jeunes en apprentissage, grâce "à l'aide de 5000 euros mis en place par l'Etat pendant la crise sanitaire".

Parmi les mesures d'urgence plébiscitées : le prêt garanti par l'Etat et le chômage partiel, tous deux mis en place dès le début du confinement. Un emprunt contracté auprès des pouvoirs publics qui, selon les dires de Geoffroy Roux de Bézieux, n'a été dépensé que par 30% des souscripteurs, preuve pour lui que la crise n'est pas si profonde. "Ca a eu l'effet d'un amortisseur social et servi à rattraper la baisse de la production, analyse Frédéric Motte, qui fait partie des 70% inscrits n'ayant pas utilisé le prêt, nous avons fait la demande et l'argent dort sur un compte, c'est une assurance rassurante en cas de coup dur". Avant d'avertir, "il faut que le PGE soit une bouée de sauvetage, pas une ceinture de plomb".

Mais il est attendu sur le vaste plan de relance du 3 septembre 

Si celui qui devait être la star de la REF 2020 a fait faux bond, il est attendu de pied ferme par les chefs d'entreprise. Pour ces-derniers, le vaste plan de relance, annoncé pour le 25 août et repoussé au 3 septembre, suscite autant d'espoir que d'interrogations, chacun y allant de ses recommandations. "L'Etat doit supporter la mutation de l'économie en privilégiant l'économie verte et le numérique, pour Philippe Darmayan, président de l'IUMM. Il faut restaurer la confiance, même si les ventes dans l'aéronautique et l'automobile, avec qui travaillent de nombreux sous-traitants faisant partie de notre association, ont baissé, il existe des marchés de remplacement et c'est sur eux que l'Etat doit mettre l'accent. Il faut aussi que les pouvoirs publics accélèrent sur l'autonomie des régions dans le pilotage de la reprise, ajoute-t-il, alors qu'à ses côtés se tient le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

"Le redémarrage n'est pas acquis car le climat de confiance est encore fragile, estime Grégory Pascal qui a dû délocaliser ses locaux parisiens en proche banlieue durant le confinement, pour sauvegarder sa trésorerie. L'Etat est attendu sur ce point car c'est son rôle." Pour Philippe Darmayan, la confiance est également un facteur clef. "Il faut vite inverser la perte de confiance née pendant le confinement, prévient-t-il,avant d'ajouter : je sens déjà une nette amélioration parmi mes adhérents, et je suis étonné de la vitesse avec laquelle ils ont relevé la tête".  

Certains anticipent une rentrée difficile

La prudence reste de mise chez les entrepreneurs lorsqu'on évoque la rentrée. "Je suis prudent mais pas pessimiste, avance Fréderic Motte. Yann Trichard, président de la CCI de Loire Atlantique, un territoire qui abrite deux usines Airbus, affiche quant à lui une confiance totale dans la perspective des prochains mois. "Le rebond est rapide, se réjouit-il. Même si les situations sont très différentes entre les secteurs, en août, dans ma région, l’industrie, hors aéronautique, atteint pratiquement les niveaux qui étaient ceux de l'année dernière à la même période. Et pendant le confinement, les pertes de ce secteur ont été largement couvertes par les chantiers de l'Atlantique par exemple, dont la production ne s'est jamais arrêtée, et qui bénéficient d'un carnet de commandes de trois ans".

D'autres sont en revanche nettement moins optimistes. Comme Denis Chevé, directeur général de Befesa Valera, une filiale du groupe germano-espagnol Befesa spécialisé dans le recyclage de résidus métalliques. "La reprise dépend des aciéristes européens et la crise a accéléré la tendance du secteur qui se tourne de plus en plus vers le marché chinois." Son entreprise, qui durant l'été a travaillé sur un mode dégradé, devrait cesser toutes ses activités à la rentrée. "Le deuxième semestre s'annonce compliqué, nous prévoyons une fermeture sur le long terme et un recours au chômage partiel jusqu'à la fin de l'année, voire même jusqu'au début de l'année prochaine."

La crise comme pivot d'un "changement de modèle économique" ?

D'une voix quasi unanime, les dirigeants croisés jugent que si la crise sanitaire a été un tsunami, une vague scélérate qui, en surface, a emporté de nombreuses certitudes, elle promet des changements en profondeur. "Il faut profiter de l'opportunité que nous offre la période pour changer de modèle économique, juge Pierre Minodier, président du CJD, une association qui rassemble 5 000 chefs d'entreprises de moins de 40 ans. Parmi nos adhérents, le climat est plutôt positif quand on évoque cette mutation."

Trois sujets reviennent régulièrement dans la bouche des entrepreneurs pour illustrer ce changement de valeurs : accélérer la transition verte, l'innovation et favoriser le retour d'une production de proximité. "Nous sommes à un moment charnière, analyse Yann Trichard, les gens ont compris qu'il fallait consommer local, qu'un approvisionnement à moindre distance était nécessaire et le pouvoir d'achat des ménages et la trésorerie des entreprises n'ont pas baissé. Si la France a été plus touchée que les autres pays européens, les indicateurs nous montrent que c'est aussi celui qui rebondit le plus vite. La crise sanitaire n'est pas synonyme de crise endémique, conclut-il.

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