Inquiétudes sur la sidérurgie française. Vendredi 13 octobre, à l’occasion d’une journée d’action mondiale sur la santé et la sécurité chez ArcelorMittal – organisée par le réseau syndical IndustriALL près d’un an après la mort, fin octobre 2023, de 46 ouvriers dans une mine kazhake du groupe – la branche métallurgie du syndicat CGT a appelé à «défendre la sidérurgie française» avec des débrayages à midi.
Deuxième producteur d’acier mondial, le groupe d’origine franco-indienne ArcelorMittal (dont le siège est au Luxembourg) emploie 15350 salariés en France, notamment dans les aciéries de Dunkerque (Nord) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). La CGT dénonce une «dérive de la politique industrielle et sociale du groupe ArcelorMittal» et s’inquiète d’un progressif désinvestissement du groupe en France, en n’hésitant pas à convoquer le spectre de la douloureuse fermeture des hauts fourneaux de Florange (Moselle) en 2012.
Attente de décisions d’investissement
«ArcelorMittal poursuit une stratégie financière de court terme, avec une carence d’investissement dans les entreprises qui mène à des conditions de travail et à des outils de production qui se dégradent», critique Philippe Verbeke, représentant CGT à Dunkerque. La journée d’action doit aussi permettre de «mettre la pression pour que la direction sorte du bois et nous dise clairement ce qui est prévu pour la décarbonation», souligne le représentant syndical, coordinateur de filière sidérurgie de la CGT, qui attend des investissement fermes du groupe dans l’Hexagone et s’inquiète d’un risque de réductions de capacités de production et de diminution des emplois.
ArcelorMittal, qui vise à réduire ses émissions de 35% en Europe d’ici 2030, a présenté un ambitieux plan de transition pour la France. Il prévoit la création d’une unité de réduction directe du minerai de fer (DRI) compatible avec de l’hydrogène, ainsi que de deux fours à arc électrique (qui permettent de fondre le minerai de fer préréduit et de recycler de la ferraille) à Dunkerque ; et d’un four à arc électrique à Fos-sur-Mer. Depuis, malgré un feu vert de Bruxelles pour une subvention de 850 millions d’euros au projet de Dunkerque (soit la moitié de la somme nécessaire), aucune décision finale d’investissement n’a été prise.

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Le groupe peaufine ses feuilles de route afin de les «dérisquer» et de les rendre rentables sur le long terme, expliquait en mars le vice-président action climat d’ArcelorMittal Europe, Eric Niedziela à L’Usine Nouvelle, pointant les prix très élevés de l’hydrogène bas-carbone et les incertitudes sur la disponibilité d’électricité et de machines pour le produire en quantité suffisante.
Craintes d'une baisse de production
«Nous ne voulons pas mourir en silence : on ne voit rien venir côté transformation et acier décarboné et nous redoutons le pire», s’alarme Sandy Poletto, secrétaire syndical CGT à ArcelorMittal Fos. Pour doper l’usage de ferrailles, ArcelorMittal a tout de même lancé la construction d'un nouveau four poche sur le site. Insuffisant, juge le syndicaliste, alors que le sidérurgiste a aussi officialisé au début de l’été que son aciérie intégrée du sud fonctionnera désormais avec un seul haut-fourneau au lieu de deux. Ce qui était déjà le cas dans les faits.
L’usine, positionnée sur le marché méditerranéen fait face à «un marché moins porteur que l’Europe continentale, avec une concurrence des pays du Maghreb très rude», reconnaît le syndicaliste, inquiet car le groupe doit annoncer à la fin septembre une réduction modérée des effectifs de l’usine, qui emploie 2400 personnes et fait travailler de nombreux sous-traitants. Le syndicat Force ouvrière, majoritaire à Fos, ne participe pas à la journée d’action appelée par la CGT. S'il reconnaît partager une «inquiétude», il préfère attendre la présentation des plans de la direction avant une potentielle action.
A Dunkerque, l'heure est aussi à l'attente. Le plus petit des trois hauts fourneaux de l’aciérie a été arrêté définitivement il y a plus d’un an et le site a été touché par l’incendie d’un autre haut fourneau en 2023 rappelle Philippe Verbeke. Là encore, ArcelorMittal augmente ses capacités de recyclage de ferrailles, et finit la construction d’une ligne d’acier électrique à destination du marché des moteurs électriques à Mardyck. Mais le représentant CGT dénonce des «problèmes de fiabilité, qui ne permettent pas d’être aux niveaux de production attendus», et note qu’un projet de rénovation d’un des deux haut fourneaux toujours en activité reste dans les cartons. «Nous sommes inquiets pour l’avenir», résume-t-il.
Passe difficile pour la sidérurgie européenne
«L’inquiétude touche toute la sidérurgie : nous sortons des redressements judiciaires consécutifs de Valdunes et d’Ascométal et la fuite en avant de la filière continue», rappelle le coordinateur CGT pour la filière qui mentionne aussi un plan de suppression d’emplois chez Apéram, la filiale inox d’ArcelorMittal.
Au-delà des cas individuels, «La situation pour la sidérurgie européenne est morose», rappelle Bruno Jacquemin, directeur général de l’A3M, qui représente les industriels de la filière. «Ses clients essentiels sont l’industrie automobile et la construction, qui ne sont pas des marchés très porteurs en ce moment. Dans le même temps, on a des signaux inquiétants de surcapacités chinoises dans l’acier et les ferroalliages, qui pénètrent fortement et à bas coût le marché européen».
Une situation à laquelle s’ajoute la nécessaire transition loin des hauts fourneaux et de leur consommation gargantuesque de charbon. Au voisinage de la France, la crise dans laquelle s’enfonce le géant allemand Thyssenkrupp (qui peine à vendre sa division acier et son usine géante de Duisbourg, qui transitionne difficilement vers l’acier vert), et la fermeture rapide des deux hauts-fourneaux de Tata-Steel en Angleterre (débouchant sur la suppression de 2800 emplois malgré la construction d’un four à arc électrique pour laquelle le groupe indien a obtenu une subvention de 500 millions de livres sterling le 11 septembre) sont suivis par les syndicats avec inquiétudes.



