La guerre commerciale va réellement commencer. Depuis plusieurs semaines déjà, le locataire de la Maison Blanche Donald Trump a fixé le 2 avril comme échéance pour présenter ses nouveaux droits de douane réciproques qu’il entend appliquer à tous ses partenaires commerciaux. L’offensive s’annonce d’une ampleur inédite, même si le président américain s’emploie depuis à souffler le chaud et le froid. «Nous allons être très gentils», a-t-il juré dans la presse américaine, tout en rappelant ses griefs contre le reste du monde, accusé de profiter des Etats-Unis.
Mais jusqu’où iront ces nouvelles barrières ? La question accapare les exportateurs mondiaux tétanisés, déjà battus froid par la mise en place des droits de douane de 25% sur l’automobile mondiale. Avec pour l’instant peu de certitudes sur les plans de l’administration américaine. Ces taxes pourraient s'appliquer dès le 3 avril, laissant peu de temps pour se retourner. En appliquant une loi du talion commerciale, appliquer des droits réciproques supposerait de taxer les importations américaines – qui pèsent 13% des importations mondiales – au même niveau que ne le sont les produits américains à l’entrée de chaque pays. «Si on suit la logique jusqu’au bout, cela relève de l’usine à gaz. Il faudrait modifier les quelques 5300 lignes comparables entre pays de la nomenclature du commerce international, multiplié par presque 200 partenaires commerciaux. On parlerait d’un million de droits de douane à modifier», calcule rapidement Julien Marcilly, le chef économique de Global sovereign advisory.
Les "Dirty 15" dans le viseur
Dans sa campagne électorale, le président américain avait plaidé pour une approche plus radicale, en promettant d’imposer des barrières tarifaires de 10% sur tous ses partenaires commerciaux. La réalité pourrait finalement se situer entre les deux, alors que plusieurs lignes politiques coexistent à Washington, sans que le débat n’ait été tranché. Selon le Washington post, la Maison Blanche envisagerait ainsi des taxes de 20% sur une grande partie des importations américaines, alors que ces derniers jours, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a promis de cibler en priorité les «Dirty 15», les quinze pays affichant les plus gros déficits commerciaux avec les Etats-Unis. Ce qui orienterait les rétorsions américaines vers l’Union européenne, mais aussi le Japon, la Corée du Sud, le Vietnam, la Thaïlande ou l’Inde.
Le 1er avril, le bureau du représentant au commerce américain a remis son rapport quantifiant les barrières tarifaires et non tarifaires supportés par les industriels américains. Celui-ci doit servir de base au calcul des nouveaux droits de douane de Donald Trump. «Les biens et services produits aux Etats-Unis font face à des barrières persistantes pour entrer et se maintenir sur le marché européen», pointe le rapport, qui critique les tarifs douaniers de 26% sur le poisson, 22% sur les camions et 10% sur les voitures et 6,5% pour les engrais et plastiques à l’entrée de l'Union européenne. Dans la section consacrée à l'UE, le rapport pointe aussi «la prolifération de barrières techniques aux échanges» liées à la réglementation européenne, la mise en œuvre des taxes sur le numérique, la régulation du numérique et promet de surveiller les subventions dont pourrait profiter Airbus.

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Sur le papier, des droits de douane réciproques toucheraient surtout les pays émergents. Car ils affichent les barrières douanières les plus élevées pour favoriser leur industrialisation naissante, que ce soit vis-à-vis des Etats-Unis ou entre eux. Hormis pour l’automobile et certains produits agricoles, les différences de tarifs douaniers ne sont pas significatives avec l’Europe. Mais les Américains s’agacent de la TVA que doivent payer les exportateurs américains comme toutes les entreprises européennes. «Aux Etats-Unis, les sales taxes appliquées par chaque Etat sont plus proches de 5%, contre près de 20% en moyenne dans l’UE. S’y ajouterait le coût des barrières non tarifaires», résume Maxime Darmet, économiste France et Etats-Unis de l’assureur-crédit Allianz Trade.
Le coût de l'incertitude, même en cas de "deal"
Dans ce contexte de grand flou, tous les partenaires commerciaux se sont rués ces dernières semaines à Washington pour tenter de négocier un «deal» de dernière minute. Lundi 31 mars, le ministre allemand des Finances a fait un dernier déplacement pour infléchir Washington, après une visite peu concluante d’une délégation européenne la semaine précédente. L’Inde, qui a beaucoup à perdre, a promis de revenir sur sa taxe sur les services numériques, détestée par les GAFAM. Depuis le 31 mars, le Vietnam a aussi réduit ses droits de douane sur les importations d’un certain nombre de produits – des cuisses de poulet congelés aux voitures en passant par le gaz naturel liquéfié et les amendes – et a autorisé le lancement temporaire du service d’accès à l’internet par satellite Starlink, appartenant à Elon Musk.
Même si certains parviennent à échapper aux mesures, ou si des négociations s’engagent pour les lever d’ici quelques jours (comme l’ont obtenu le Canada et le Mexique en février), le grand brouillard entretenu par Washington aura un coût pour l’économie mondiale. «Indépendamment des mesures mises en œuvre et de leur impact, le climat d’incertitude actuel va impacter les flux de commerce et décourager les investissements des entreprises s’il reste aussi élevé dans les prochains mois», considère Julien Marcilly.
Une fois la potion connue pourrait venir l'heure des mesures de rétorsion. L'Union européenne a jusqu'ici joué l'apaisement, reportant à après le 3 avril sa réponse aux droits de douanes imposés par les Etats-Unis sur ses exportations d'acier et d'aluminium. Selon les mesures validées dans les heures qui viennent, Bruxelles pourrait moins retenir ses coûts, au risque d'une escalade.



