Il aura fallu une énième inondation catastrophique pour que le gouvernement se décide à mettre en consultation son nouveau plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), que Christophe Béchu, l’ex-ministre de la Transition écologique, n’avait pas pu dévoiler en juillet dernier comme prévu. Comprenant 51 mesures et plus de 200 actions à mettre en œuvre d’ici à 2030, il est en consultation jusqu’au 25 décembre. Ensuite, aucune date n’est fixée pour son adoption. Il ne contient aucune mesure réellement contraignante. Et, pour l’heure, aucune enveloppe budgétaire dédiée ne lui est associée.
Lors d'une déplacement dans le Rhône, le Premier ministre, Michel Barnier a néanmoins annoncé le 25 octobre qu'il proposait d’augmenter le fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit fonds Barnier, «de 75 millions d’euros en 2025 pour arriver à 300 millions d’euros d’engagement, Et nous veillerons à ce qu’une part substantielle du fonds vert [destiné à financer la transition écologique des territoires, ndlr.], même s’il est contraint, soit consacré à l’adaptation.»
Il y a pourtant urgence. Les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus sentir, avec une température moyenne supérieure de 1,7°C par rapport à l’ère préindustrielle, neuf épisodes caniculaires en dix ans, deux fois plus de sécheresse depuis les années 1960, 20% du littoral concerné par l’érosion du trait de côte, une hausse du niveau marin de 20 cm depuis 1990, 11 millions d’habitations menacées par le retrait-gonflement des argiles du sol, 2300 espaces menacées sur les 12500 évaluées en France, ... Et ce n’est qu’un début : il faut se préparer à un réchauffement de +2,7°C en 2050 et de +4°C en 2100. Et le coût de l’inaction se chiffrera en dizaine de milliards d’euros par an.
Adaptater les normes et les aides
Ce plan d’adaptation est le troisième dont se dote la France. Le premier date de 2006. Il a été complété d’un plan méthodologique en 2011, puis d’une version 2 en 2018. Le PNACC 3 entend changer d’échelle et impliquer toute la société, avec des mesures pour protéger la population, sa santé, son habitat, le patrimoine, la biodiversité et assurer une résilience du tissu économique. En l’état, 12 mesures concernent de près ou de loin les entreprises industrielles. Elles visent notamment à mieux évaluer les actions d’adaptation mises en œuvre par les entreprises, comme la SNCF ou EDF, à ce que l’adaptation au changement climatique soit intégré dans les stratégies des entreprises, mais aussi à intégrer les enjeux de l’adaptation dans les dispositifs d’aide aux entreprises.
Cinq mesures visent à assurer la résilience des secteurs des transports et de la mobilité, des systèmes énergétiques, des services de communication électronique, de la filière bois, de la pêche et de l’aquaculture. EDF devra par exemple mener une étude de vulnérabilité d'ici 2025 afin d'intégrer le climat futur dans son programme de modernisation et d'éviter les ruptures de service. Sont prévus aussi des mesures pour développer les outils et informations nécessaires aux entreprises pour s’adapter au changement climatique, intégrer les enjeux de l’adaptation au changement climatique dans toutes les normes techniques et adapter les conditions de travail au changement climatique en renforçant les obligations de prévention des employeurs. Le déploiement à grande échelle des technologies de froid renouvelable est aussi prévu dans le PNACC3.
Une carte des zones à risque
Pour établir leur plan de vulnérabilité et leur stratégie d’adaptation, les entreprises pourront utiliser la cartographie d’exposition aux risques naturels en France qui doit être établie d’ici à 2027. Elles devraient aussi bénéficier de la mesure 2 qui prévoit une assurance pour tous, sur tout le territoire, via un dispositif incitant les assureurs à maintenir une offre assurantielle abordable et disponible sur tout le territoire et à ne pas délaisser les zones les plus à risques. Et une étude spécifique sera réalisée dans les départements et régions d'Outre-mer sur les vulnérabilités de l'approvisionnement en eau potable.



