Laver en grande série des petits contenants cosmétiques en verre pour permettre aux industriels du secteur le réemploi de leurs emballages. La PME Ibbeo Cosmétiques, basée à Montauban (Tarn-et-Garonne), a décidé de relever le défi. Pas si simple. Si les solutions de lavage existent déjà pour les contenants alimentaires en verre, le dispositif développé par Ibbeo Cosmétiques est bien une première dans le monde des cosmétiques.
Face aux exigences réglementaires en matière de traçabilité, d'hygiène et de microbiologie, le projet a nécessité deux années de R&D. Le prototype est maintenant prêt. Il fait l'objet de tests et de derniers réglages. La première unité de lavage sera implantée à Montauban début 2024 chez Coveco, une filiale d'Ibbeo Cosmétiques créée spécifiquement pour développer ce nouvel axe de diversification. L'investissement est évalué à près d'un million d'euros, avec à la clef la création d'une dizaine d'emplois. La machine pourrait très vite être dupliquée.
Le lavage combine aspersion, immersion et ultrasons
Un vrai challenge pour Ibbeo Cosmétiques. Spécialisée dans la formulation et la fabrication de produits cosmétiques bio, la société, créée en 2011, emploie à peine une dizaine de salariés et affiche un chiffre d'affaires de 300 000 euros. Soucieuse d'améliorer ses pratiques environnementales, Ibbeo Cosmétiques a décidé dès 2019 de remplacer ses emballages plastiques par des contenants en verre, avec la mise en place d'un dispositif de collecte des ports et flacons vides auprès des magasins partenaires.
Mais du recyclage au réemploi, il y avait encore un cap à franchir. En 2021, le projet Coveco, visant le lavage et le réemploi de ses emballages en verre, est retenu à l'issue de l'appel à manifestation d’intérêt national «Développer des dispositifs performants de réemploi d’emballages en verre». Ibbeo Cosmétiques obtient à ce titre un accompagnement de l’Ademe, de Citeo et de la Région Occitanie et se tourne vers Microsemi, un spécialiste du nettoyage industriel par ultrasons, basé à Toulouse (Haute-Garonne).
Ibbeo Cosmétique Vincent Bobo, co-fondateur et gérant d’Ibbeo Cosmétique, devant Coveclean, la nouvelle machine de lavage d’emballages en verre pour leur réemploi dans la cosmétique. © Marina Angel
Les ultrasons ont déjà fait leur preuve pour le nettoyage de pièces industrielles, notamment en aéronautique. Reste à l'adapter aux besoins de la cosmétique. Grâce à cette collaboration, la ligne de lavage Coveclean est mise au point : une machine de 3 mètres de long et de 4 tonnes, dédiée au lavage des emballages en verre de la cosmétique. Les contenants en verre sont positionnés en entrée dans des paniers dont les empreintes sont modulables, pour accueillir aussi bien des flacons que des pots, de 15 à 500 ml. Ils sont rincés par aspersion, puis immergés dans une eau à 60° et bombardés d'ultrasons, avant d'être séchés par vapeur sèche.
Le cycle complet est assuré en 20 minutes. L'eau est filtrée en sortie et réutilisée en circuit fermé. «La combinaison de l'aspersion, de l'immersion et des ultrasons permet d'éliminer toutes traces de produits, notamment les particules d'huiles ou de cires, particulièrement difficiles à nettoyer», explique Vincent Bobo, co-fondateur et gérant d'Ibbeo Cosmétiques. En amont, les emballages sont séparés mécaniquement de leur bouchon ou couvercle, désétiquetés, puis marqués pour assurer une traçabilité complète des contenants avant le process de lavage et de réemploi.
Une dizaine d'unités industrielles d'ici 3 ans
La capacité de l'unité pilote étant de 400 000 pièces par an, très au-dessus de ses propres besoins, évalués à 100 000 pièces par an, la société a prévu d'ouvrir son accès à d'autres marques cosmétiques via sa filiale Coveco. Celle-ci assurera donc les prestations de lavage pour Ibbeo Cosmétiques, mais aussi pour d’autres industriels de la cosmétique en direct ou pour le compte de laveurs industriels.
Dans la foulée, l'objectif est de dupliquer l'unité de lavage de Montauban, un peu partout en France. «Ces unités pourront être exploitées par Coveco ou cédées à des industriels qui préfèrent disposer de leur propre outil de lavage», précise Vinvent Bobo. L'ambition est de produire une dizaine de machines dans un délai de 2 à 3 ans.



