C’est «la priorité absolue» selon Bruno Le Maire. Pour le ministre de l’Economie, la reconquête industrielle devra être la grande cause du prochain quinquennat. Et figurer en bonne place dans le programme de réélection d’Emmanuel Macron. «Nous ne pouvons pas garder une balance commerciale déficitaire», s’est inquiété le ministre, lors de ses derniers vœux à la presse à Bercy, le 7 janvier, alors que le déficit commercial s’est creusé de 77,6 milliards d’euros entre novembre 2020 et novembre 2021.
Une désertion des grands groupes
Bruno Le Maire fustige la «désertion depuis trente ans» des grands capitaines d’industrie. «Nous avons fait le choix d’un mauvais modèle où les grands groupes vont produire à l’étranger», estime le ministre pour qui «tout le monde doit s’y mettre. Les responsables politiques, mais aussi les responsables économiques doivent prendre leurs responsabilités. Il faut que ce soit une mobilisation générale sur cette reconquête industrielle».
Alors que la crise sanitaire a accéléré la compétition mondiale pour attirer les usines entre la Chine, l’Europe et les Etats-Unis, Bruno Le Maire veut renforcer le soutien en faveur de l’industrie. Le gouvernement estime avoir déjà fait une part du chemin, avec la baisse engagée des impôts de production et le plan France 2030. «Mais cela ne suffira pas. Il va falloir davantage et plus vite», juge-t-il.

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Suppression de la C3S et baisse des charges sociales
Quelles priorités pour le prochain quinquennat ? Le ministre de l’Economie estime nécessaire de poursuivre les efforts sur la compétitivité des entreprises. Il cite comme piste la suppression de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), qui représente un peu moins de 4 milliards d’euros. Réformée à plusieurs reprises sous le quinquennat Hollande, elle ne pèse plus que sur les entreprises de plus de 19 millions d’euros de chiffre d’affaires mais est considérée par les économistes comme «l’impôt le plus nocif» car elle constitue une incitation pour les entreprises à s’approvisionner à l’étranger.
Le ministre de l’Economie s’interroge aussi sur l'opportunité d'une baisse supplémentaire des impôts de production sur le prochain quinquennat. Les fédérations industrielles estiment à 35 milliards d’euros environ l’écart restant avec l’Allemagne en matière d’impôts de production. Autre sujet sur la table qui pourrait être discuté dans la perspective du programme présidentiel pour 2022 selon le locataire de Bercy : l’allégement des charges au-delà de 2,5 SMIC. Lors de la transformation du CICE en baisse de charge pérenne en 2017, l’exécutif avait fait le choix de recentrer le dispositif sur les plus bas salaires. Mais la plupart des rémunérations dans l’industrie se situent au-dessus de ce seuil. Pour Bruno Le Maire, le niveau élevé du chômage justifiait de cibler les allégements sur les bas salaires. La hausse du taux d’emploi rend plus légitime de s’interroger sur les types d’emplois créés et de favoriser des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés.
Le ministre de l'Economie n'est pas le seul sur cette ligne. A droite, Valérie Pécresse défend la suppression de la C3S. Marine Le Pen comme Eric Zemmour promettent une baisse des impôts de production de façon plus générale.
Une contrainte budgétaire accrue
Cette reconquête industrielle s’annonce délicate à piloter à Bercy. Attirer des usines dans certains secteurs stratégiques, comme les semi-conducteurs, nécessite des milliards d’euros de subvention. Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement a ouvert grand les vannes budgétaires pour aider la modernisation des usines et les investissements dans l’innovation. Mais le prochain quinquennat devra renouer avec le redressement des comptes publics. «Tout le charme de l’exercice va être de faire les deux en même temps», reconnaît Bruno Le Maire, qui mentionne «des engagements» des entreprises en cas de nouvelle de la fiscalité.
Il s'agit surtout de cibler les dépenses les plus efficaces. L’exécutif s’était donné jusqu’au début 2022 pour affiner la gouvernance du plan d’investissement France 2030, qui doit préparer l’industrie des dix années à venir. Bruno Le Maire estime que la copie n'est pas à la hauteur. «Il faut investir dans l’innovation, réfléchir aux liens grands groupes et start-up, il faut aller vers des ruptures dans l’organisation industrielle française», estime le ministre qui a demandé à l’administration de retravailler.



