Le drone solaire Zephyr d’Aalto, une filiale d’Airbus basée à Farnborough au Royaume-Uni, n’est pas exposé sur le statique de l’avionneur au Bourget. Et pour cause, avec une envergure de 25 m, cela aurait été difficile de lui trouver une place aux côtés des autres aéronefs présentés par le groupe.
L’appareil a toutefois tapé dans l’œil du ministère français des Armées qui l’a sélectionné pour mener d’ici à la fin de l’année des démonstrations de vols en haute altitude, soit dans la bande de l’atmosphère comprise entre 20 et 100 kilomètres. Le 17 juin sur le salon du Bourget, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu a précisé la nouvelle stratégie française pour opérer dans la stratosphère et les moyens techniques que les forces comptaient expérimenter.
Dans le cadre d’un cadre d’un accord avec l’AID, l’Agence de l’innovation de défense, les armées françaises vont faire voler l’appareil plusieurs semaines dans le Sud de la France pour mettre à l'épreuve ses capacités de télécommunications et d’observation dans la stratosphère et tester également leurs propres moyens de détection et d'interception.
La France n’est pas le seul pays intéressé par l’appareil. Les armées américaines mènent depuis plusieurs années des tests avec Aalto sur le territoire américain et devraient bientôt en faire également en dehors des Etats-Unis. Historiquement, l’armée britannique a été la première à signer un contrat pour le Zephyr.
Un vol de 67 jours
Quelles sont les capacités du Zephyr qui intéressent les armées ? D’une part, sa capacité à rester à une altitude de l’ordre de 76000 pieds (soit environ 23 km) de manière quasiment infinie grâce à ses batteries électriques qui se rechargent à l’énergie solaire. L’appareil accumule suffisamment d’énergie en journée pour pouvoir voler toute la nuit et enchainer au lever du jour sur un nouveau cycle de vol. Le Zephyr a ainsi réalisé un record en mars 2025 en termes de durée de vol pour ce type de drone. Ainsi, en configuration de mission, l’appareil a effectué un vol continu de 67 jours, effectuant un aller-retour entre le Kenya, où Aalto a déployé sa base opérationnelle, et l’Australie ! Le Zephyr excelle sur un autre plan : sa capacités à se positionner et se maintenir au-dessus d’une zone d’intérêt militaire grâce à sa manoeuvrabilité.
Pour accomplir ses missions, l’appareil peut emporter une charge utile de l’ordre de 10 kg. Cela peut être soit un équipement de télécommunications. On peut imaginer ainsi des Zephyr reconvertis en relais de communications depuis le ciel pour remplacer les antennes de téléphonie mobile d’un territoire qui vient de subir une catastrophe naturelle comme celui de Mayotte.
Lire une plaque d'immatriculation depuis la stratosphère
L’appareil peut également embarquer un instrument optique pour faire de l’observation et de la surveillance de l’espace. Grâce à son instrument optique Opaz dérivé de celui des satellites espions construits par Airbus, le Zéphyr peut prendre des photos et des vidéos et distinguer des éléments avec une résolution de l’ordre de 15 cm. De quoi lire par exemple une plaque d’immatriculation de véhicules.
En clair, le Zephyr ambitionne de faire mieux que les drones de surveillance classiques qui doivent régulièrement à leur base pour refaire le plein de carburant mais aussi de faire mieux que les satellites en orbite basse incapables d’observer en permanence la même zone d’intérêt du fait de leur défilement autour de la Terre.
Aalto a déjà produit une dizaine d’exemplaires de l’appareil depuis son site d’assemblage à Farnborough. La société compte en accélérer sa production : 6 exemplaires doivent être produits en 2026 et 12 en 2027. Elle met au point et opère son appareil depuis une base au Kenya.
Selon Airbus, le Zephyr est le fruit d’une vingtaine d’année de recherche et développement. Les principaux travaux ont concerné la gestion de son énergie et son aérodynamisme qui s’appuie sur des ailes autoporteuses principalement en fibre carbone. Plutôt que de vendre des appareils, la société veut plutôt commercialiser un service en opérant ses drones pour le compte de ses clients. Selon elle, le coût de l’heure de vol d’un Zephyr sera nettement moins chère que celle d’un drone de surveillance de type Reaper.
Pour compléter celle du Kenya, Aalto compte déployer des bases opérationnelles en Asie Pacifique, en Amérique du Nord, et en Amérique latine. D’ici à 2035, la société espère disposer d’une flotte d’environ 250 appareils pour le compte de ses clients.



