Il devrait bientôt se frayer une place entre les avions commerciaux et les satellites, autrement dit entre la partie basse de la stratosphère et l’espace. C’est l’ambition d’Airbus, avec son drone solaire Zephyr. Le groupe aéronautique a annoncé, lundi 23 janvier, sa volonté de démarrer la commercialisation de cet appareil afin de s’engager dans le segment encore peu exploité de la très haute altitude. L’industriel, qui mise sur une entrée en service fin 2024, lorgne le marché de la surveillance et des télécommunications, pour des usages civiles mais aussi militaires.
Pour mettre en musique ses ambitions, Airbus a décidé de faire voler le programme de ses propres ailes, via la création d’un spin-off dont il reste propriétaire à 100%. Son nom : Aalto. Une entité pilotée par Samer Halawi, ancien d’Intelsat et de OneWeb «Le groupe a pris la décision de faire appel au cabinet Morgan Stanley pour conduire cette opération, détaille un porte-parole de la nouvelle entreprise. Cela va permettre de trouver de nouveaux partenaires qui partagent notre vision.» De quoi fournir aussi davantage d’agilité d’un point de vue commercial et industriel, et sans doute facilitée les levées de fonds. Alors que la certification de Zephyr pourrait être décrochée cette année, Aalto table sur environ un millier d’appareils déployés d’ici une dizaine d’années.
Des vols continus de plus de 200 jours
Airbus s’apprête à goûter les fruits d’un investissement effectué il y a précisément dix ans. C’est en 2013 que la division militaire du groupe, Airbus Defence and Space, met la main sur ce projet développé dès 2003 par une petite entreprise de défense dénommée britannique dénommée Qinetiq. Après 20 ans de développement, marqué par un crash mi-2022 aux Etats-Unis en raison d’une très forte tempête en haute altitude, Zephyr en est, avec plus de 3 000 heures de vol, à sa huitième mouture. Il s'agit désormais d'un drone de 25 mètres d’envergure et un poids de 75 kilos volant à 21 kilomètres d’altitude, capable de recharger ses batteries électriques via des panneaux solaires installés sur sa voilure. L’heure est venue de monétiser ce drôle d’engin qui n’a été produit pour l’heure qu’à une dizaine d’exemplaires.
La promesse? Un drone capable de voler en continu pendant 200 à 300 jours d’ici à sa mise en service, grâce à une miniaturisation et à un allégement plus poussé de ses équipements. Aalto, qui compte aujourd’hui environ 110 salariés, assurera la production en série de Zephyr à Farnborough (Royaume-Uni), où est installé le siège de l’entreprise. Deux autres sites sont quant à eux dédiés aux tests, en Australie et aux Etats-Unis. «L'intention est de créer des Aaltoports dans des endroits où les conditions météorologiques seront favorables et il sera possible d’y effectuer des opérations de fabrication et de réparation», précise le porte-parole. Une poignée de sites pourrait voir le jour.

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Aalto veut séduire les acteurs de la défense
Alors que les équipes d’Aalto mettent la dernière main aux tests et aux méthodes visant à simplifier l’industrialisation de Zephyr, le défi est désormais de convaincre de potentiels clients. L’entreprise met en avant des coûts moins élevés que les satellites, une plus grande flexibilité d’utilisation et des délais de latence réduit (temps de transmission des communications). Elle vise en particulier les opérateurs de télécommunications cherchant à se développer sans se ruiner dans l’achat de nouvelles infrastructures pour déployer la 5G. Un équipement ad hoc de 8 kilos monté sur Zephyr peut fournir un service de connexion à 100 000 personnes. Avec une constellation d’engins équipés de la sorte, Aalto assure pouvoir soutenir la fourniture de services mobiles aux 3 milliards de personnes sans couverture ou avec une couverture limitée. Les applications liées à l’observation de la Terre sont aussi dans le collimateur, comme le suivi des feux de forêts et des zones côtières.
Mais chez Aalto, on souligne l’intérêt de plus en plus marqué du côté des acteurs de la défense. L’incident de l’an dernier après 64 jours de vol continu est d’ailleurs intervenu dans le cadre de tests assurés pour un client de la défense, comme l’a précisé FlightGobal dans un article publié début janvier. Située entre le trafic aérien conventionnel et les orbites satellites basses, la très haute altitude constitue un terrain de jeu peu voire pas encadré mais de plus en plus considéré par les militaires. La multiplication de projets de planeurs et de ballons stratosphériques en est la preuve, comme le regain d’intérêt de Stratobus, désormais soutenu par le Fonds européen de défense (FED). Aalto compte déjà pour client le ministère britannique de la Défense. Sans doute le premier d’une longue liste.



