Bercy sonne la mobilisation générale pour financer l’industrie de défense

Le ministère de l’Economie réunit à Bercy industriels, banques et investisseurs ce jeudi 20 mars pour améliorer le financement des PME et ETI de la défense. Avec à la clef l’objectif d’augmenter de un à trois milliards d’euros leur financement en fonds propres.

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Charge modulaire pour obus de gros calibre Eurenco
Les ministres de l'Economie et des Armées doivent se rendre sur le site d'Eurenco jeudi 20 mars après-midi

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Si elles veulent pouvoir investir pour augmenter leurs cadences de production d’armement, les entreprises de la défense vont devoir accéder à davantage de financements, en fonds propres notamment. C’est l’enjeu de la réunion organisée à Bercy ce jeudi 20 mars, avant le déplacement l'après-midi du ministre de l'Economie Eric Lombard et de son homologue des Armés Sébastien Lecornu sur l'usine de poudre d'Eurenco à Bergerac (Dordogne), qui doit démarrer sa production.

En réunissant industriels, banques et fonds d’investissements, les ministères de l’Economie et des Armées espèrent mobiliser des financements privés et publics vers les 4500 entreprises de la défense. Le fonds Tikehau mais aussi Bpifrance et la Caisse des dépôts participent, notamment, aux tables rondes. L’enjeu, identifié de longue date comme un des freins à la montée en puissance de l'industrie de défense est de taille, même si le chiffrage doit encore être précisé. Mais Matignon avance le chiffre de près de 5 milliards d’euros de besoins de financement des entreprises du secteur. Un montant nécessaire pour absorber les 17,5 milliards d’euros de commandes supplémentaires prévues d’ici 2030 par la loi de programmation militaire. Les difficultés se concentrent surtout sur les fonds propres, avec des besoins estimés entre 1 et 3 milliards d’euros sur cinq ans.

Entreprises plus endettées et moins bien financées

«Les entreprises de la défense sont plus endettées et moins bien financées que leurs équivalents civils», rappelait le ministre des Armées Sébastien Lecornu lors de ses vœux début 2025. Une étude réalisée conjointement par la direction générale du Trésor, à Bercy, et l’observatoire économique de la défense qui dépend du ministère des Armées, publiée le 19 mars, confirme le diagnostic et pointe la «structure financière et économique plus fragile que dans le reste de l’économie» des PME et ETI de la défense.

L’étude réalisée auprès de 2072 entreprises porte sur la période 2016-2021, avant le tournant de la guerre en Ukraine et le réveil brusque des Européens dans le domaine de la défense.  Elle souligne que les entreprises de la défense (BITD) sont moins rentables que les entreprises comparables dans des domaines civils, avec des taux de marge moyens plus faibles et des excédents bruts d’exploitation moindres. Sur la période considérée, l’écart de taux de marge entre la BITD et le reste des entreprises s’est creusé. «Ceci a pour effet de diminuer la capacité des entreprises à générer de la trésorerie et donc possiblement limiter leur capacité à investir» relève l’étude.

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Un manque de fonds propres, moins de crédits 

De quoi rebuter les investisseurs potentiels. En revanche, les PME et ETI du secteur «sembleraient avoir un accès au crédit suffisant», conclut la même étude. Ces entreprises affichent en moyenne des ratios d’endettement supérieurs à celui des autres secteurs. Dans un communiqué de leur fédération, les grandes banques françaises rappellent qu’elles financent «près de deux fois plus la base industrielle et technologique de défense que son poids statistique dans l’économie» avec près de 37 milliards d’euros d’encours. «Cela ne signifie pas que toutes les demandes des entreprises sont toujours acceptées», reconnaissent les banques, qui estiment qu’elles ne peuvent les financer que «jusqu’au niveau où leur endettement deviendrait problématique».

L’enjeu est donc avant tout de renforcer les fonds propres, confirme Bercy. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la hausse de la demande en armement génère des besoins d’investissements élevés, dans un secteur très intense en capital. Les choses bougent un peu. Au niveau européen, la Banque européenne d'investissement a infléchi sa doctrine d'investissement, ce qui devrait profiter à une part plus grande d'entreprises de la défense. «L'intégralité des efforts ne sera pas porté par le secteur privé», assure Bercy. 

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