Coup de froid dans la métallurgie. Le sidérurgiste ArcelorMittal envisage l’arrêt de deux sites industriels en France, à Reims (Marne) et Denain (Nord), selon un communiqué du groupe publié mardi 19 novembre. Les deux sites appartiennent à la filiale ArcelorMittal Centre de services, spécialisée dans la transformation de bobines d’aciers. Cet arrêt concernerait 125 personnes, avec 102 emplois pour le site rémois et 23 pour le site du Nord. La direction de la filiale indique être «confrontée à une forte baisse d’activité chez ses clients Industrie et Automobile qui s’est accélérée ces derniers mois», sans préciser la date de fermeture envisagée.
L’intersyndicale appelle à deux heures de grèves sur l’ensemble des huit sites de la filiale d’ArcelorMittal Centre de services ce lundi 25 novembre. Une réunion entre les élus syndicaux et la direction est prévue ce même jour. «C’est inacceptable. Comment peut-on annoncer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) alors que le groupe utilise toujours de l’activité partielle, et bénéficie donc d’aides publiques qui sont normalement conditionnées au maintien de l’emploi», martèle David Blaise, délégué syndical central CGT d’ArcelorMittal Centre de services.
Fonte des carnets de commandes
«La situation est compliquée depuis un moment», glisse Sylvain Ibanez, secrétaire adjoint RSN-FO. La négociation d’un accord de rupture conventionnelle collective pour ces sites avait échoué en milieu d’année, faute de mesure d’accompagnement jugée suffisante par les syndicats. «On aurait affaibli plusieurs sites, sans garantie d'échapper à des fermetures», explique Xavier Le Coq, coordinateur CFE-CGC Sidérurgie. «Chez ArcelorMittal Centre de services, nous étions 710 en France en 2019 et à ce jour nous sommes 480. Avec environ 130 de moins, nous serions à 350 : ils auront supprimé 50% de nos effectifs en cinq ans», s’étrangle, de son côté, David Blaise.
La filiale fait les frais des difficultés de l’automobile, qui représente 60% de l’activité de ses usines selon les syndicats. «Le groupe subit une baisse d’au moins 40% d'activité dans l’automobile, relève Xavier Le Coq. Comme dans le bâtiment ça ne va pas non plus, ça ne nous permet pas de compenser. Dans l’industrie, c’est moyen ; et l’électro-ménager et l’emballage constituent une petite part de notre activité.»

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«Le problème c’est que la direction dresse un tableau noir de l’automobile, mais que les deux sites fermés travaillent principalement pour l’industrie. On ne comprend pas très bien», relève David Blaise. «Aujourd’hui, la filiale dans son ensemble a effectivement un carnet de commandes qui s’est affaibli. Mais la situation n’est pas si dégradée : nous avions fait des résultats records en 2022 et, malgré les alertes, la direction nous a laissé mourir en ne diversifiant pas l’activité», critique le syndicaliste, en craignant une «deuxième lame d’impact sur le groupe».
Le groupe ArcelorMittal chahuté par l’atonie de l’automobile
«On s’attend aussi à des restructurations chez ArcelorMittal Distribution solutions France [la filiale logistique du groupe, ndlr.], qui couvre 32 sites pour 8000 salariés en France, maugrée Sylvain Ibanez. La moitié des sites perdent de l’argent, et la direction a déjà annoncé –même si cela a fait moins de bruit –, une fermeture de site à Strasbourg.» Xavier Le Coq ajoute : «A Gandrange (Moselle), qui produit des pièces mécaniques, ils recourent au chômage partiel d’ici à la fin de l’année, avec un passage de trois à deux équipes.»
Face à l’atonie de ses marchés, le géant de l’acier se lance sur le terrain des restructurations. Seraient concernés, entre autres, la filiale d’ArcelorMittal Tubular products à Lexy (Meurthe-et-Moselle), spécialisée dans la fabrication de tubes, pour une dizaine d’emplois ; ou encore l’aciérie de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), où 300 emplois – soit à peu près 10% des effectifs – pourraient être concernés, souffle le syndicaliste de FO.
«Globalement, on voit que c’est très compliqué dans la sidérurgie : les engagements de décarbonation de l’Europe nous sabordent, car on ne peut plus produire de certaines manières ici des produits que l’on importe davantage d’ailleurs», fustige Sylvain Ibanez, convaincu que «ce n’est que le début».
L’usine de Florange (Moselle), qui comprend deux lignes de galvanisation, basculerait une partie de sa production consacrée à l’automobile vers l’industrie. «On passe sur des produits avec moins de marge, mais au moins, on a des commandes, constate le syndicaliste Xavier Le Coq, salarié de l’usine mosellane. L’automobile, elle, nous a fait vivre, mais n’apporte plus de commandes aujourd’hui.» Le site lorrain avait fermé, fin novembre 2012, ses deux hauts fourneaux, marquant la fin de l'acier fabriqué en Lorraine.
L’attentisme d’ArcelorMittal, qui a mis en avant d’importants plans de décarbonation pour Dunkerque (Nord) et Fos-sur-Mer, sans valider ses investissements en ce sens, inquiète les syndicats. «Nous n’avons pas de certitude sur la transformation de nos usines vers la décarbonation et l’électrique, et même si on y arrive, il y aura des plans sociaux, car on ne produira plus autant ni avec les mêmes procédés», craint Sylvain Ibanez. La transition s'annonce compliquée.
Avec Nathan Mann.



