Le pire est-il passé ? L’an dernier, 67830 entreprises ont fait défaut, selon le bilan annuel publié par Altares lundi 20 janvier. Un niveau record depuis la crise financière de 2009, précise le cabinet spécialisé. Les défaillances ont ainsi progressé de 17% sur un an. La Banque de France a établi quelques jours plus tôt son bilan provisoire des procédures collectives à 65764 au cours des douze derniers mois.
«2024 n’a pas été une bonne année, mais ce n’est pas grande surprise, analyse Thierry Million, le directeur général d’Altares. Mais plus qu’à un pic, nous sommes sur un plateau en matière de nombre de défaillances. Ce n’est pas une bonne nouvelle, cela veut dire qu’il n’y aura pas non plus de reflux rapide ».
Vers 66000 défauts en 2025
Pour les prochains mois, l’expert table sur une stabilisation du nombre de défauts autour de 65 à 66000 entreprises sur l’année. Une anticipation qui ne fait pas l’unanimité. Plus pessimiste, la banque BPCE qui a dévoilé son propre bilan début janvier, table de son côté sur une nouvelle accélération des défaillances en 2025, pour atteindre un niveau proche de 68000 entreprises cette année.
Dans tous les cas, ce rythme reste supérieur au niveau qui avait cours avant le covid, oscillant entre 52 et 55000 défaillances de 2018 à 2019. Et après la chute exceptionnelle du nombre de faillites pendant la pandémie, tombée à son plus bas niveau des 30 dernières années, la hausse des faillites a été en partie alimentée par un effet de rattrapage, lorsque le «quoi qu’il en coûte» a été progressivement abandonné.

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2024
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Mais cet effet est désormais dépassé. Les Urssaf ont repris depuis plusieurs mois les recouvrements auprès des entreprises ayant accumulées des dettes sociales, même si leurs niveaux d’assignation restent inférieurs à ceux d’avant 2019. « Les difficultés sont surtout conjoncturelles. Les entreprises qui ont étalé leur dette PGE ont encore deux ans de remboursement devant elles. Quand l’activité économique n’est pas là, faire face aux échéances devient plus difficile», résume Thierry Millon.
Une hausse de 75% en un an des défauts de PME et ETI industrielles
Inquiétant ? Il existe malgré tout des signaux positifs, pointe Altares. Sur le dernier trimestre, le rythme d’augmentation des procédures collectives a décéléré au niveau global, avec une hausse de 10% seulement par rapport au même trimestre de l’année précédente. Le reflux est plus visible dans le commerce de détail et le secteur du B to C, qui constituent le gros des contingents des faillites.
Sur le dernier trimestre, les indicateurs sont repassés au vert dans le commerce, avec une stabilisation des faillites et même un recul – en partant d’un haut niveau – des faillites de magasins d’habillement, de commerces alimentaires ou de pharmacies. Un rebond de la consommation des ménages, même poussif pourrait redonner encore un peu plus d’air dans le secteur. Dans le bâtiment, la situation reste peu folichonne, mais avec 8,6 % de progression des défaillances au dernier trimestre, il «n’y a pas eu de sur-défaut dans le second oeuvre depuis l’été», veut espérer Altares.
La tendance est en revanche moins positive du côté du B to B. Dans le secteur manufacturier, les faillites ont certes progressé l’an dernier au même rythme que la moyenne, avec une hausse de 17% des faillites. Mais les inquiétudes se concentrent sur les entreprises de plus de 50 salariés, qui ont vu le nombre de faillites bondir de 75% sur les douze derniers mois. Redressement judiciaire du chimiste Vencorex en Isère, du fabricant de machines de fraisages Mécanuméric dans le Tarn, liquidation de la fonderie MicronMax en Moselle... Sur le seul dernier trimestre, avec 24 PME et ETI manufacturières placées sous procédures collectives, leur nombre a encore augmenté de 60% par rapport 2023.
Coût social en hausse dans l'industrie
Certes, il faut là aussi raison garder. Avec 107 défauts, le niveau de 2024 reste proche de 2019, qui avait enregistré 103 faillites de PME industrielles, sur fond de difficultés de la filière automobile. Mais même si le poids de ces grandes défaillances ne pèse pas grand-chose dans le décompte annuel des faillites, celles-ci pèsent lourd sur leur coût en emploi. Tous secteurs confondus, près de 256000 emplois étaient menacés par une procédure collective l’année dernière, à peine plus que les 245000 enregistrés en 2023 (+4%). Dans l’industrie, le coût social potentiel des défaillances des douze derniers mois grimpe à 26300 emplois en 2024, ce qui marque une hausse de près de 56% par rapport à l’année précédente.
Le nombre d’emplois menacés a ainsi quasi doublé l’an dernier dans l’imprimerie (avec 2118 postes concernés) ainsi que dans la métallurgie (7211 emplois menacés, +96% sur un an). Le coût social progresse aussi dans la réparation et la maintenance (+37% de hausse), avec un total d’emplois menacés encore inférieurs à celui atteint en 2019. En nombre, les hausses sont aussi marquées dans le traitement des déchets, où beaucoup de nouvelles entreprises se sont créées ces dernières années. Et les défauts progressent fortement dans les services aux entreprises, notamment le nettoyage et les services informatiques, par effet domino.
Cette fragilité se reflète dans les comportements de paiement prévient Altares. Jusqu’à l’été, les délais se sont allongés progressivement, sans s’envoler. Sur le deuxième trimestre, «la dégradation est nette», s’inquiète Thierry Million. Avec le risque de provoquer en cascade des difficultés chez les fournisseurs.



