Un travail « extrêmement important » avec un « petit défaut : on invente un nouvel acronyme ». C’est avec cette boutade que le ministre délégué en charge de l’Industrie, Roland Lescure, a présenté jeudi 20 juillet le standard « triple E », pour « excellence environnementale européenne », à l’occasion du coup d’envoi des travaux qui doivent aboutir au lancement de ce label français à vocation européenne début 2024. Cette initiative découle des propositions formulées au printemps par le gouvernement en parallèle du projet de loi industrie verte, actuellement discuté à l’Assemblée nationale. L’élaboration du référentiel qui servira de base au label est prévue après la pause estivale sous l’égide de l’Agence française de normalisation (Afnor).
Une adoption volontaire
Si le ministre délégué à l’Industrie s’est permis cette plaisanterie, c’est parce que la création d’un nouveau label sur la performance environnementale des entreprises semble assez curieuse, face à la profusion de normes dans ce domaine. « Aujourd’hui, il y a un maquis de labels dans lequel tout le monde se perd, mais vous allez donner de la clarté », a déclaré Roland Lescure face aux représentants d’entreprises, spécialistes de la normalisation et autres acteurs économiques rassemblés au ministère de l’Economie et des Finances à Paris. « Cela peut paraître paradoxal, mais en créant un label de plus, nous allons aider les entreprises à générer plus de visibilité sur leur transition environnementale », a assuré Franck Lebeugle, le directeur des activités normalisation de l’Afnor.
Le label « triple E » répond à trois grands principes selon ses promoteurs : son adoption sera volontaire, son référentiel devra être simple et il devra apporter une valeur à ses utilisateurs, qui pourront être des TPE comme des multinationales. En réunissant sous une même bannière des entreprises résolument engagées dans la décarbonation et plus largement dans la transition écologique, il doit permettre d’orienter davantage la commande publique et privée vers ces acteurs. « Aujourd’hui, certains acheteurs sont formés dans ce but mais pas tous », a souligné le député MoDem Bruno Millienne, qui a copiloté avec Philippe d’Ornano, le coprésident du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), l'un des groupes de travail qui a planché sur le projet de loi industrie verte. Le label visera aussi à faciliter le fléchage des investissements français et étrangers vers ses entreprises. « Pour le moment, les banques d’investissement n’arrivent pas à garantir qu’une entreprise est verte », a déploré l'élu.
« Un nombre ramassé de critères »
La nouvelle commission chargée d'élaborer le label se penchera à partir de fin août sur les indicateurs qui constitueront le référentiel. Pour Bruno Millienne, l’approvisionnement en énergie bas carbone pourrait en faire partie : « L’idée est en tout cas d’avoir un nombre ramassé de critères qui prouvent la dimension verte du label ». Avec comme intérêt, pour les entreprises moyennes, d'avoir un dispositif plus applicable que la nouvelle directive européenne sur la publication d’informations extra-financières CSRD, considérée par beaucoup comme un « choc de complexité ».

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Délai restreint d’élaboration, adoption volontaire par les entreprises, TPE ciblées comme les multinationales… Le façonnage du label promet malgré tout d’être un casse-tête. « On nous demande de faire simple, mais ce qui va être compliqué c’est que nous ne partons pas d’une page blanche », a reconnu Marie Bonnet-Jacqui, qui va présider la nouvelle commission. Le référentiel « triple E » a de fait été pensé comme une norme « chapeau » capable de tenir compte de normes déjà bien connues des entreprises comme l’ISO 14 0001 sur le management environnemental et l’ISO 50 0001 sur l’amélioration de la performance énergétique, en plus de la CSRD. Malgré sa concision, le standard ne devra par ailleurs pas réduire son niveau d’exigence, au risque de virer au greenwashing. « Tout cela ressemble un peu à une énorme injonction contradictoire », a admis Marie Bonnet-Jacqui.
Pour éviter que l’initiative ne tourne au vinaigre, l’Afnor appelle les entreprises à participer au maximum à l’élaboration du standard. Chez certains industriels, des doutes existent sur l’intérêt de la démarche. « Sachant que les démarches ISO nous demandent déjà beaucoup de temps et d’argent, il faudra être clair sur votre plus-value réelle pour nous attirer vers vous », a prévenu un représentant de Naval Group après avoir rappelé que son entreprise était déjà certifiée ISO 14 001. La rentrée s’annonce sportive pour les concepteurs du « triple E ».



