A première vue, c’est un tuyau comme un autre. Pourtant, celui-ci se démarque de tout ce qui se fait déjà. Il constituerait même, selon GRDF, une première mondiale. En vue de réduire son empreinte carbone, l’énergéticien présentait le 5 septembre une innovation sur un chantier boulevard Saint-Jean à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Alors que la majeure partie des réseaux de gaz sont aujourd’hui en polyéthylène (PE) d’origine fossile, GRDF fait fabriquer les premières canalisations qui impliquent l’utilisation de matériau issu de la transformation de déchets bois.
«Le polyéthylène certifié biosourcé implique en amont l’utilisation des résidus de la transformation de bois, pour l’industrie papetière notamment. Il s’agit donc de valoriser un déchet végétal, qui devient ainsi un coproduit facilement transformable en bio-naphta dans un premier temps. Ces canalisations ont les mêmes caractéristiques d’utilisation et de longévité qu’une canalisation à base d’énergie fossile. Cela nous permet vraiment de réduire drastiquement les émissions de CO2» décrypte Philippe Metais, délégué territoire GRDF Auvergne.
«Ce nouveau process de production présente des avantages écologiques intéressants, car il permet de capter, en amont, du CO2 provenant -via les arbres- de l’atmosphère. Quand on enterre une tonne de tuyaux faits dans les énergies naturelles on capte trois tonnes de CO2 dans l’atmosphère. C’est en fait un puits de carbone qu’on met dans la terre», avance Guilhem Armanet, directeur régional GRDF Sud-Est. A ceux qui crient déjà au «greenwashing», GRDF assure que le gaz transporté dans ses canalisations biosourcées sera lui aussi vert. Au total, 1 000 mètres de tuyaux seront déployés dans un premier temps à Clermont-Ferrand, répartis sur plusieurs sites du réseau gaz de Clermont Auvergne Métropole : le futur méthaniseur construit dans la station d’épuration des Trois Rivières qui produira du gaz renouvelable équivalent à la consommation annuelle de 1 500 foyers et le site de valorisation des déchets ménagers de Valtom.
Deux fois plus cher
Depuis deux ans, la R&D de GRDF travaille sur ce projet, en collaboration avec la société Elydan, basée, elle aussi en Auvergne Rhône-Alpes, en Isère. Mais le déploiement de ces canalisations risque de prendre encore un peu de temps, notamment en raison de leur coût deux fois plus élevé qu’une canalisation classique. «Bien sûr nous n’allons pas changer tout de suite nos 206 000 kilomètres de réseaux en France, commente Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF qui avait fait spécialement le déplacement pour l’occasion. Le coût est plus élevé pour l’instant mais avec la hausse des volumes à venir on aura forcément des tarifs à la baisse à l’avenir».
L’ambition de GRDF est de démontrer que cette solution est techniquement réalisable et suffisamment intéressante pour être développée. L’énergéticien a l’ambition de développer cette production pour les réseaux en Europe.Avec pour commencer une dizaine de chantiers de ce type d’ici à la fin 2023 sur toute la France.



