A Bourges, le siropier Monin inaugure son usine à zéro rejet liquide

A l’issue de cinq ans de recherche, le siropier Monin a inauguré le mardi 8 octobre sur son site de Bourges (Cher) sa solution innovante de réutilisation des eaux de process. Ce démonstrateur industriel Life Zeus qui vise 60% d’économie d’eau, soutenu par l’Union européenne, est le fruit d’une collaboration avec l’Insa Toulouse, l’Office international des eaux et Chemdoc Water Technologies.

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Installations Life Zeus
Le démonstrateur industriel Life Zeus sur le site de Monin consiste à obtenir une eau apte au contact alimentaire.

L’entreprise familiale Monin, connue des professionnels de la restauration pour ses solutions innovantes d’aromatisations, a inauguré le mardi 8 octobre sa solution de réutilisation des eaux de process Life Zeus sur son site historique de Bourges (Cher). Pour le groupe, qui réalise un chiffre d’affaires de 600 millions d'euros avec 1 200 salariés et qui diffuse 170 références dans 170 pays, c’est le fruit d’un engagement pris en 2019 par son président Olivier Monin, troisième du nom.

«L’innovation étant au cœur de nos process, par exemple pour l’extraction de nos arômes, ce projet Life Zeus s’inscrit dans cette recherche et dans la stratégie RSE du groupe. Elle est née en 2014 de la volonté d’Olivier Monin de construire une usine à zéro rejet», confie à l’Usine Nouvelle Ludovic Lanouguère, chef de projet Life Zeus chez Monin. Impliquée dans la production de yuzu au Portugal ou encore de vanille à Madagascar, l’entreprise qui tente de rendre ses sites industriels plus vertueux espère, avec ce démonstrateur industriel, ouvrir une nouvelle voie d’économie d’eau, basée sur la réutilisation, accessible à tous les industriels de l’agroalimentaire.

Un procédé unique en France soutenue par la Commission européenne

Le projet Zeus, pour «Zero liquid discharge water re-use» est financé par l’Europe, via le programme Life de la Commission et co-financé par trois Agences de l’eau (Loire-Bretagne, Adour-Garonne et Rhône Méditerranée Corse). Ce système innovant, qui vise à retraiter dès 2025 près de 60% des effluents industriels du site de Bourges, est le fruit d’un consortium d’acteurs publics et privés. «C’est une belle histoire industrielle, résultat d’un travail complémentaire avec l’Insa pour la dimension académique, l’Office international des eaux, qui maîtrise toutes les compétences du cycle de l’eau, et Chemdoc Water Technologies, spécialiste de la filtration membranaire, solution retenue afin de traiter l’eau pour la réutiliser dans l’usine, en substitution de l’eau potable», commente Ludovic Lanouguère.

A l’issue des études menées par l’Office international des eaux, cette technologie a été conseillée par l’Insa Toulouse car elle permet de séparer eau, sucre et sel. Elle a l’avantage de produire des eaux aptes au contact alimentaire. Monin s’instaure donc en véritable pionnier en utilisant cette technique utilisée pour dessaler l’eau de mer comme solution de traitement des effluents sur son site industriel. «Chaque année l’usine consomme près de 60000m3, dont 80% dédiée au nettoyage et au rinçage des process. Avec Life Zeus, nous avons déjà réduit notre consommation d’eau de 65% et nous espérons recycler plus de 80% de nos effluents, qui retourneront dans l’usine, tout en valorisant les flux organiques et salins», se réjouit le chef de projet.

Un investissement de 4,5 millions d’euros pour des solutions de pointe

Pour réussir à valoriser les eaux «non-conventionnelles» de l’usine et réduire les prélèvements d’eau par la réutilisation des eaux traitées, le siropier a déjà investi plus de 4,5 millions d’euros dans cette innovation basée sur la séparation des flux (eau/sels/nutriments) appliquée à l’industrie. La Commission européenne dans le cadre du programme Life soutient le projet à hauteur de 1,7 million d’euros.

Un budget qui a permis la mise en place de deux prototypes (R Oasys et ReGeCycle) dédiés aux typologies d’eaux usées de l’usine. Sur les 30 000 m² du site de Bourges, deux bâtiments ont été construits pour accueillir le démonstrateur à l’échelle industrielle sur 250 m², accolé au bâtiment de 50 m² qui accueille le laboratoire d’analyse de l’eau. «C’est cette installation qui permet de récupérer les sels minéraux contenus dans les effluents - le saumure - pour les réutiliser dans les opérations de régénération», explique le chef de projet.

Le démonstrateur porte sur la totalité de l’eau des procédés : 24 m3/heure. Et le groupe pousse le cercle vertueux en envoyant les composés sucrés concentrés, nombreux chez le siropier, vers la station de méthanisation pour produire de l’énergie renouvelable et/ou de l’épandage. Gageons que ce procédé révolutionnaire inspiré du dessalement de l’eau de mer soit dupliqué à plus grande échelle par d’autres acteurs de l’agroalimentaire.

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