Etude

70% de l’effort de réindustrialisation de la France est entre les mains du tissu industriel actuel

Si le tissu industriel existant est en capacité d’assurer 70% du mouvement de réindustrialisation, 30% de cet effort est encore à sécuriser, selon une étude du laboratoire d’idées de Bpifrance publiée mercredi 15 mai. Le rebond industriel pourrait ainsi générer un choc d’emplois, avec 600000 à 800000 emplois nets créés d’ici à 2035.

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Les start-up industrielles de demain devront aider la France à réussir sa réindustrialisation.

Pour réindustrialiser la France, la marche est haute. Trop haute diront peut-être les plus sceptiques, ce qui n’est pas le cas des équipes de Bpifrance et de leur optimisme légendaire. Dans une étude publiée mercredi 15 mai, qui s'appuie notamment sur les réponses de plus de 2800 patrons de l’industrie collectées en début d’année, la banque publique évalue la capacité du tissu industriel actuel à atteindre l’objectif d’une augmentation de son poids dans l’économie, à 12% du PIB en 2035 contre moins de 10% en 2023.

Loin de l’objectif de 15% évoqué un temps par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, cette cible se rapproche de celle évoquée en mars dernier par Olivier Lluansi, l’ancien délégué aux Territoires d’industrie chargé par Bercy d’une mission sur la réindustrialisation. Celui-ci a d’ailleurs contribué à la réalisation de l’étude du laboratoire d’idées de Bpifrance.

«La réindustrialisation est déjà enclenchée, mais il va falloir capter des projets industriels supplémentaires», indique, en guise de premier bilan, Philippe Mutricy, le directeur des études de Bpifrance. Selon les calculs de Bpifrance Le Lab, le tissu industriel existant «couvre 70% de l’effort à fournir pour atteindre les 12 points de PIB, mais il manque encore 30%, qui restent à trouver», résume Philippe Mutricy.

Plus de 230 milliards d'euros de valeur ajoutée nécessaires

Pour parvenir à cette conclusion, l’étude s’appuie sur les prévisions des dirigeants questionnés. Dans les trois prochaines années, ils anticipent une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires d’environ 4% par an. Bpifrance Le Lab fait l’hypothèse que cette croissance va se maintenir à ce niveau jusqu’en 2035.

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Dans cette perspective, les industries existantes contribueraient à une hausse de la valeur ajoutée manufacturière de 162 milliards d’euros entre 2023 et 2035, sur les 233 milliards d’euros supplémentaires nécessaires pour accomplir la réindustrialisation. Les industries extractives, énergétiques et de gestion de l’eau et des déchets ne sont ici pas prises en compte.

La réindustrialisation est en partie dans les cartons des industriels

«Cela prouve que la réindustrialisation est dans les projets de développement du tissu industriel français», insiste Philippe Mutricy. Cette création de valeur ajoutée serait assurée à près de 80% par les grands groupes et les entreprises de taille intermédiaire et à plus de 20% par les plus petites entreprises. En réalité, seuls 25 de ces 162 milliards d’euros accroîtraient véritablement le poids de l’industrie dans le PIB, car maintenir la part de ce secteur à son niveau actuel suppose déjà une hausse de la valeur ajoutée de 137 milliards d’euros, selon les calculs de Bpifrance Le Lab. En clair, ces 137 milliards d’euros serviront uniquement à empêcher une désindustrialisation…

Dès lors, «il manque 71 milliards» de valeur ajoutée à trouver, dixit le directeur des études de Bpifrance, soit 30% de l’effort. «Nous allons les trouver grâce à des opérations comme Choose France. Des industriels étrangers vont s’implanter dans notre pays, qui reste la première destination des investissements directs étrangers en Europe, considère Philippe Mutricy. La création de start-up industrielles et deeptech est un autre levier et nous pouvons aussi chercher à accélérer la croissance de nos entreprises existantes pour dépasser leurs prévisions.»

Environ 1700 projets identifiés

Quoi qu’il arrive, l’augmentation de la valeur ajoutée du secteur industriel devra atteindre 3,5% par an hors inflation pendant la décennie à venir, soit une croissance deux fois supérieure à celle qui existerait en cas de stabilité de la part de l’industrie manufacturière dans le PIB. A titre illustratif, l’étude de Bpifrance Le Lab indique qu’il s’agirait de faire émerger chaque année une industrie de taille quasiment équivalente à celle des machines et équipements, hors équipements électriques, en termes de valeur ajoutée.

«La cible des 12% du PIB peut ne pas être une fin en soi. L’important est que les projets industriels sont bien là», tempère Elise Tissier, la directrice de Bpifrance Le Lab. Parmi les 2800 dirigeants questionnés dans l’étude, environ 1700 envisagent des projets d’implantation en France «dans les années à venir», dont une majorité correspond à des extensions de sites existants.

Vers un choc d'emplois

Selon Bpifrance Le Lab, le rebond industriel envisagé dans son étude engendrerait un «choc d’emplois», avec entre 600000 et 800000 emplois nets créés à l’horizon 2035. Cela représente entre 50000 et 67000 emplois supplémentaires par an, contre 32000 en moyenne entre 2021 et 2023. Pas étonnant, dès lors, que la disponibilité de compétences soit citée par 50% des dirigeants comme un critère prioritaire pour leur prochaine implantation industrielle, juste derrière la disponibilité du foncier.

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