200 millions d'euros par an pour relancer la filière française des fruits et légumes

Le ministère de l’Agriculture a travaillé avec les acteurs des fruits et légumes pour bâtir un plan visant à donner un nouveau souffle à la filière. Protection des cultures, fourniture de l’industrie en matières première à transformer, développement de la consommation : les leviers à actionner sont nombreux.

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Marc Fesneau, ministre Agriculture (mars 2023)
Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, a lancé le plan dédié aux fruits et légumes le 1er mars, à Paris.

200 millions d’euros par an dans le cadre du dispositif France 2030 : tel est le traitement de choc annoncé mercredi 1er mars pour la filière fruits et légumes tricolore. Le "plan de souveraineté", lancé en 2022 par Julien Denormandie et Jean Castex, alors ministre de l’Agriculture et Premier ministre, vise à regagner en capacités de production et à augmenter la part de produits français consommés dans le pays. Mais pas, à ce stade, à relocaliser des productions perdues.

50% des fruits et légumes (40% des légumes et 60% des fruits) consommés en France sont produits sur le territoire, soit 15 points de pénétration perdus en quinze ans. La balance commerciale du secteur a chuté de 25 points en vingt ans. «Dans l’industrie, il n’y a plus que 30% de la valeur ajoutée qui est produite sur le territoire. Il faut garder les compétences en France, ce qui passe comme priorité par la protection des cultures», martèle Laurent Grandin, le président d’Interfel, l'interprofession des fruits et légumes frais.

«Il y a une vingtaine d’années, la France était capable d’exporter un certain nombre de productions, ce qui est aujourd’hui marginal», observe Marc Fesneau, qui a repris le flambeau en tant que ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire. 130 acteurs ont travaillé, durant un an, à l’élaboration du plan. Les mesures phares ont été présentées au Salon international de l’agriculture, à Paris, le 1er mars.

La transition post-phytos en question

Produire plus sans rogner sur la qualité ou compromettre la transition écologique est un véritable challenge. Surtout en pleine phase de réduction annoncée de l'usage des produits phytosanitaires. Le gouvernement, qui a tendance à vouloir ménager la chèvre et le chou, promet un peu plus de clarté. «Etre courageux, c’est dire ce qui est possible, et ce qui n’est plus possible aussi», tente de résumer Marc Fesneau. La Direction générale de l’alimentation promet de partager un état des lieux sur les usages sous tensions et faciliter la délivrance d’autorisations pour certains produits, en partenariat avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). A moyen terme, il s'agit de «développer des alternatives», comme le biocontrôle (sans plus de précisions sur les moyens déployés pour y parvenir) et «réfléchir à reconsidérer les itinéraires techniques», en coordonnant la recherche publique, privée et celle des instituts techniques agricoles. «Le plus grand défi, c’est la réduction des pesticides. On ne veut plus de réduction des molécules sans alternatives», réagit Jacques Rouchaussé, président du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes.

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La protection des cultures, le changement climatique, la sélection variétale, la sélection des intrants, la transformation mécanique, la robotisation ainsi que la limitation et réduction des pertes et du gaspillage seront par ailleurs au coeur d’un plan spécifiquement dédié à la formation, appuyé par le Compte d'affectation spécial pour le développement agricole et rural et le plan France 2030.

Le débat sur les serres chauffées relancé

Du côté de la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises, le plan de souveraineté de la filière fruits et légumes consistera à plancher sur la rénovation et la plantation de nouveaux vergers, la construction et la modernisation de serres, et sur la relocalisation des outils de stockage et logistiques. «Il faut qu’on assume les serres chauffées, dès lors qu’on met en place un mécanisme de décarbonation. C’est un moyen de se lancer dans le marché. Il n’y a pas de raison qu’on en ait dix fois moins que les Espagnols», estime Marc Fesneau.

Davantage de communication auprès des particuliers

Le plan de souveraineté de la filière fruits et légumes s’attachera, enfin, à tenter de développer la consommation. Cela passera par des moyens classiques, comme des campagnes de communication ou un renforcement de l’éducation à l’alimentation, mais aussi des efforts en direction des populations les plus précaires, via l’aide alimentaire. Moins de la moitié des Français respectent les recommandations en matière de consommation de fruits et légumes : l’objectif gouvernemental est de relever ce seuil à 65% d’ici 2030. 

Cela ne passe pas que par les fruits et légumes frais. Cyril Auguste, le président de l’Union nationale interprofessionnelle des légumes transformés (Unilet), rappelle que si les légumes en conserve et surgelés représentent une portion de légume sur quatre consommée en France, «quasiment la moitié» des quantités ne soient pas produites en France. Or, près d’un quart des légumes cultivés en France sont destinés à être conditionnés en surgelés. «Ce sont des grandes cultures, mais aussi des cultures sensibles, dont il faut maintenir l’attractivité», expose-t-il. Ce sont au moins 23 sites de production à conforter... et peut être de nouveaux à créer.

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