Après un repli de 0,9% en 2023, l’activité du bâtiment devrait se contracter de 6,6% en 2024, estime la Fédération française du bâtiment (FFB). 30000 emplois pourraient être détruits dans le secteur. «L’emploi s’est maintenu à un niveau très haut, car dans le bâtiment on commence à licencier quand tout va très mal, alors que dans certains secteurs, on commence à licencier avant que ça aille mal», commente Olivier Salleron, le président de la FFB.
Les perspectives ne sont guère meilleures pour 2025, avec un volume global d’activité estimé en baisse de 5,6%, une activité en déclin de 14,2% dans la construction neuve, et 100000 emplois qui pourraient être détruits. Au début de l’année 2024, la FFB annonçait un risque de destruction de 150000 emplois en trois ans ; ce seuil risque d’être dépassé en 2026, alerte-t-elle.
La maison individuelle s’enfonce dans la crise
Au terme de l’année 2024, l’activité de la construction neuve chuterait de 15,6%. Sans surprise, la chute de la construction de bâtiments résidentiels (-21,9%) explique une large partie de ce chiffre. Après être descendues à 250 000 unités en 2024, au niveau de 1953-1954. Les mises en vente des promoteurs aux particuliers ont perdu environ 30% en 2024, La dégringolade de l’activité sur le segment de la maison individuelle est estimée entre 50% et 60%.
«Le problème, c’est qu’on ne voit pas quand ça peut reprendre. Cela peut remonter sur le logement collectif. La maison individuelle, c’est structurel voire politique, puisqu’on a eu des ministres qui n’étaient pas enclins à son développement, tandis que les plans locaux d’urbanisme sont très restrictifs», observe, auprès de L’Usine Nouvelle, Philippe Gruat, le président de l’Association française des industries des produits de construction (AIMCC).
En 2025, les mises en chantier de logements neufs pourraient tomber à près de 240 000 unités. «Si rien n’est fait sur le plan budgétaire et concernant le zéro artificialisation nette, les permis de construire chuteraient de 15%», estime Olivier Salleron. La suspension de l’examen du projet de loi de finances (PLF) a induit le blocage de mesures telles que l'élargissement du prêt à taux zéro, ou bien d’une proposition d'exonération de droits de succession de dons étant destinés à l'achat d'un logement. «Un prêt à taux zéro aurait reboosté immédiatement la construction, il manque parfois la vente de quelques logements pour démarrer la construction d’un immeuble, d’où une attente du PLF», poursuit le président de la FFB.
Le béton écope
Cette conjoncture morose se reflète également dans les ventes de matériaux de construction. Selon le bilan annuel de l’Union nationale des industries de carrières et des matériaux de construction (Unicem), en 2024, les volumes de béton prêt à l’emploi (BPE) et de granulats produits se sont établis à leurs plus bas historiques, avec respectivement 33,7 Mm3 et 274,8 Mt sur douze mois à fin octobre.
En cumul glissant sur les dix premiers mois de l’année, la production de BPE est en chute de 12,7%, et celle de granulats de 5%. «Mieux orientée que celle du bâtiment, l’activité des travaux publics a permis de limiter la dégradation de l’activité des granulats, mais sans parvenir à éviter le recul des productions», précise l’Unicem. En 2025, la production de BPE ne serait en recul que de 1%, tandis que celle de granulats serait stable : «la production de BPE restera plombée par une sortie de crise immobilière lente et graduelle en dépit d’un soutien de certains projets TP à finaliser.»
Une situation tendue qui se répercute dans l’industrie
Qui dit moins de nouveaux bâtiments dit moins de produits donc, ce que corrobore Philippe Gruat, dont l’organisation représente les industriels des matériaux de construction. «Après une activité soutenue en 2021 et en 2022, nous avons réduit considérablement le recours à l’intérim en 2023 et en 2024. Certaines entreprises commencent à envisager des plans sociaux, des fermetures d’usines, mais c’est récent. On commence déjà à avoir des remontées d’informations à ce sujet, c’est inévitable», pense-t-il.
Ainsi, début décembre, le groupe vendéen Hérige Industries (2000 personnes), spécialisé dans le béton et dans la menuiserie industrielle, a fait part de son intention de réduire de 10% son effectif au terme de plusieurs mesures d’adaptation, prises «face à la baisse inédite et durable des marchés de la construction neuve et de la rénovation». Des mesures visant la rationalisation du maillage industriel, l’optimisation de l’organisation commerciale et des cessions d’actifs non stratégiques ont été mises sur la table. En Côte-d'Or, PPG compte fermer une usine de peinture à Genlis, invoquant notamment un secteur de l’immobilier en difficulté.
Pour sa part, le spécialiste des équipements électriques Legrand a présenté, fin novembre, un plan de redéploiement de certaines productions, incluant la fermeture de deux sites industriels à Limoges (Haute-Vienne) et à Fontaine-le-Bourg (Seine-Maritime). Les soubresauts de MaPrimeRénov’ (lire ci-dessous) et la baisse de la construction résidentielle ont également affecté le marché de la pompe à chaleur, pourtant promis à un avenir radieux. Une situation qui a conduit, en juillet 2024, Saunier Duval à annoncer la suppression de 250 postes à Nantes (Loire-Atlantique).
Les professionnels appellent à une stabilité des aides à la rénovation
A la fin de 2024, l’activité sur le non-résidentiel perdrait 7,4%, avant une baisse estimée à 15% en 2025. L’amélioration-entretien grimperait de 1,2%, après +2,3% en 2023 et avant +0,9% estimés l’an prochain. «MaPrimeRénov’ a été prolongée d’un an, et c’est tant mieux, même si elle n’est pas parfaite, avec des délais de paiement qui commencent à s’accroître. Elle est importante pour nos clients, donc il ne faut pas y toucher», appelle Olivier Salleron, le président de la FFB. Un décret et un arrêté fixant les conditions de ce dispositif d’aides à la rénovation énergétique ont été publiés le 5 décembre, prolongeant notamment l’assouplissement du printemps 2024 sur l’octroi de sommes pour certains monogestes. «On attend de la stabilité. La rénovation, qui d’habitude a une croissance régulière, est plutôt à la peine. Les aides de type MaPrimeRénov’ varient tous les quatre matins. On ne hurle pas à chaque mesure, mais on aimerait une concertation régulière entre les professionnels», pense, pour sa part, Philippe Gruat de l’AIMCC.



