Etude

Zero Waste France demande un moratoire sur les unités de valorisation énergétique

L’association pour la réduction des déchets Zero Waste vient de publier un rapport sur les effets néfastes de l’incinération et des unités de valorisation énergétique. Suez assure de son côté que les réglementations sont très strictes en matière d’émissions.

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usine valorisation énergétique Pontivy
A Pontivy, le captage de CO2 est intégré dans la future unité de valorisation énergétique réalisée et exploitée par Paprec.

La valorisation énergétique défendue par le gouvernement comme une alternative aux énergies fossiles est loin de faire l’unanimité. Si les spécialistes des déchets (Veolia, Suez, Paprec...) développent cette solution avec l’aide des pouvoir publics pour faire disparaitre les déchets ménagers non recyclés, supprimer l’enfouissement et produire une énergie utilisée notamment dans le chauffage urbain, l’association militante Zero Waste France a publié le 22 mai un rapport intitulé "Les promesses fumeuses de l’incinération" pour dénoncer les effets néfastes de l’incinération et des unités de valorisation énergétique.

Il n’est pas question de fermer les 119 unités françaises - dont 117 font de la valorisation énergétique - mais de demander un moratoire pour arrêter les extensions ou les projets de nouveaux méga-incinérateurs. Aujourd’hui, l’incinération bénéficie des financements publics et de certaines incitations comme une réduction de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) si le rendement énergétique est suffisant, et même d’une exonération totale de la TGAP pour les installations de CSR (combustion de combustibles solides de récupération). Zero Waste France souhaite un arrêt de ces avantages fiscaux. «Ce n’est pas un sujet nouveau, il faut le remettre dans le débat public, demande Pauline Debrabandère, responsable plaidoyer et campagnes au sein de l’association. Les projets de développement sont totalement déconnectés des programmes environnementaux».

Prévention pour mieux trier et recycler

Un Français produit en moyenne 249 kilos de d’ordures ménagères résiduelles (OMR) par an qui sont enfouies ou incinérées. Selon le rapport, 80% du gisement pourrait être évité et 55% des déchets présents dans nos OMR relèvent d’une filière REP (responsabilité élargie du producteur) avec obligation de tri et collecte séparée. Elles finissent pourtant dans la poubelle grise. Aujourd’hui, un tiers du parc européen de valorisation énergétique se trouve en France. Les usines d’incinération traitent 14,5 millions de tonnes de déchets par an et tournent à 91% de leur capacité. Et les tonnages continuent à augmenter, notamment avec la fin de la mise en décharge prévue dans la loi Agec. «Nous ne remettons pas en cause la fin de l’enfouissement, prévient-on au sein de l’association. Par contre, au lieu de continuer à construire de nouvelles unités d’incinération, il faut mener une vraie politique de prévention auprès de la population». Cela veut dire mieux collecter, mieux trier et mieux recycler.

Sur ce sujet, les professionnels de l’économie circulaire ne demandent pas mieux. «Nous sommes les premiers défenseurs de la hiérarchie dans le traitement des déchets et d’une meilleure prévention auprès des consommateurs, rappelle Anthony Ramoni, directeur des unités de valorisation énergétique chez Suez. Et nous travaillons beaucoup sur la caractérisation des déchets issus des ordures ménagères, notamment avec des technologies basées sur l’IA, qui permettent de mieux trier et d’orienter les déchets dans les bonnes filières».

Inefficace sur le plan énergétique ?

Le rapport remet en cause «la novlangue qui consiste à brûler toujours plus de déchets» pour produire une énergie décarbonée et locale, comme alternative aux énergies fossiles et pour contribuer à notre indépendance énergétique. «Nos ordures ménagères, en particulier les biodéchets, sont considérées comme une source d’énergie renouvelable : c’est aberrant !, alerte Bénédicte Kjaer Kahlat, responsable des affaires juridiques de l’association. Ces déchets résultent d’un gaspillage de matière et ont nécessité beaucoup de ressources pour leur production. De plus, comme ils sont principalement composés d’eau, leur combustion est inefficace sur le plan énergétique».

Du côté de Suez qui exploite 33 UVE en France et travaille sur des projets de CSR, on estime que «la création de capacités d’UVE est inférieure à l’élimination des capacités d’enfouissement et 90% du parc a aujourd’hui une très bonne performance énergétique supérieure à 65%».  Des performances qui pourraient baisser pour éliminer les PFAS. Aujourd’hui, les fours chauffent entre 850 et 1000°C, mais ils devront atteindre 1300°C pour se débarrasser des polluants éternels.

Une question sanitaire

Santé et environnement sont bien la préoccupation majeure du rapport. «Les réglementations sont hyper strictes et ont été renforcées en 2023, rassure Anthony Ramoni en réponse au rapport de Zéro Waste. Nous avons des seuils d’émissions très bas qui sont contrôlés 24 heres sur 24 et 365 jours par an avec des contrôles inopinés. En cas de dépassement, l’incinérateur serait aussitôt mis à l’arrêt». Pourtant, le rapport évoque 0,7 à 1,5 tonne de CO2 émis pour une tonne de déchets ménagers et des rejets de métaux lourds (cadmium, mercure, plomb) et de PFAS. Il évoque également le mâchefer, résidu des déchets incinérés, qui occasionne des rejets solides. «On parle de troubles respiratoires, maladies cardio-vasculaires, perturbations hormonales, cancers…», atteste Noémie Brouillard, chargée de projet de Zero Waste France qui met en avant «les inégalités environnementales, car les incinérateurs sont généralement situés à proximité des populations précaires, comme à Ivry et Saint-Ouen, parmi les 50 communes les plus pauvres de France».

Plusieurs études de bio surveillance d’incinérateurs ont en effet confirmé la présence de substances toxiques, autour des certains sites. Une étude de l’ONG néerlandaise ToxicoWatch a enregistré dans les cours des écoles primaires autour et à quelques kilomètres de l’UVE d’Ivry-sur-Seine une contamination des bryophytes (mousses) aux dioxines et aux métaux lourds. Pour les dioxines, les taux sont 10 à 100 fois supérieurs aux seuils maximaux recommandés. « La pollution liée aux incinérateurs représente 2,5 à 3 milliards de coûts cachés sanitaires et environnementaux par an, précise Pauline Debrabandère. L’incinération doit rester un mode de traitement résiduel». 

La part du textile et des plastiques est anormalement élevée, preuve que la collecte, le tri et le recyclage restent insuffisants. Zéro Waste considère que la demande d’intégrer l’incinération dans la taxe carbone est tout à fait légitime et apporte peu de crédit aux innovations technologiques comme le captage de CO2 pour éliminer les émissions comme sur le futur projet de Pontivy en Bretagne mené par Paprec. Chez Suez, «c’est un sujet pour la R&D depuis des années, trois experts sont ainsi mobilisés dans un centre de recherche à Toulouse, créé à l’occasion du nouveau contrat de 20 ans récemment attribué à Suez par Decoset». Tout le monde s'accorde sur un point : il faut régler une partie du problème à la source en réduisant massivement la production de déchets, notamment plastiques et textiles qui sont peu recyclés et arrivent en masse dans les incinérateurs.

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