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Zephalto invente le ballon stratosphérique réutilisable pour démocratiser le tourisme spatial

Pour rendre un jour les vols en ballon dans la stratosphère abordables, la start-up toulousaine Zephalto conçoit les premiers ballons stratosphériques réutilisables plusieurs dizaines de fois. Les premiers vols habités sont prévus en 2026 avec un billet à 170000 euros.

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Zephalto ballon stratosphérique
En octobre dernier, Zephalto a réussi un vol d'essai qui a culminé à 6 kilomètres d'altitude avec à son bord deux passagers.

C’est gonflé ! Faire des ballons réutilisables capables d’aller dans la stratosphère, soit à environ 25 kilomètres d’altitude. À cette hauteur, dans la nacelle pressurisée, les touristes auront l’impression de flotter dans le noir de l’espace et verront la courbure de la Terre dans un silence quasi absolu. C’est le défi technologique que doit relever la start-up toulousaine Zephalto et ses 25 salariés pour rendre abordable les excursions en ballon à très haute altitude. Pour démarrer, il en coûtera 170000 euros pour effectuer un vol de cinq heures (soit une heure et demie de montée et autant en descente et deux heures de stationnement en très haute altitude).

Un peu comme Space X qui a cassé le prix des lancements des fusées en les réutilisant, Zephalto veut démocratiser les vols en ballon stratosphériques en les faisant voler à plusieurs reprises. Grâce à leur réutilisation et un volume d’activité suffisant, «le prix pourrait être divisé par 10 à terme», ambitionne Vincent Farret d’Asties, fondateur de Zephalto.

Le développement de l’enveloppe réutilisable est le principal défi technologique. Les ballons stratosphériques actuels ne sont pas prévus pour être réutilisés. En fin de mission, leurs enveloppes se déchirent en altitude et laissent échapper leur chargement sous parachute.

Le défi est d’autant plus grand que ces enveloppes atteignent des dimensions incroyables. Une fois gonflée à l’hydrogène, l’enveloppe va représenter un volume d’environ 120000 mètres cubes. «La façade de Notre-Dame pourrait tenir à l’intérieur», explique Vincent Farret d’Asties. Ils n’ont donc rien à voir avec les montgolfières… Même si elles sont réutilisables. Du fait de leurs dimensions, les ballons stratosphériques seraient trop lourds s’ils étaient faits dans un matériau comparable. Ils doivent être par ailleurs étanches à l’air contrairement aux montgolfières qui sont poreuses.

Combiner légèreté, résistance et souplesse

Enfin, ils doivent être également extrêmement souples : leur volume va être multiplié par 40 passants de 3000 à 140000 mètres cubes entre la basse et la très haute altitude ! De quoi additionner les contraintes. «C’est difficile de trouver un matériau qui combine toutes les qualités requises : légèreté, étanchéité et souplesse», explique le dirigeant, ingénieur de formation et ancien aiguilleur du ciel.

Et pour rendre réutilisables les enveloppes de ballons stratosphériques réalisées classiquement en polyéthylène, les équipes de Zéphalto les ont assemblées avec un autre matériau plus résistant et à peine plus lourd, mais avec des qualités similaires. Grâce aux cinq vols déjà réalisés avec des prototypes, Zephalto a fait évoluer plusieurs fois la composition de ce matériau, jalousement gardée secrète, pour l’optimiser. L'objectif est de réutiliser une même enveloppe plusieurs dizaines de fois. 

La société indique qu’elle a déposé ses propres brevets sans vouloir pour autant préciser dans quel domaine. Dans le cadre de ses développements, Zephalto a également bénéficié de transferts de technologies de la part du CNES (centre national d’études spatiales), expert dans le domaine des ballons stratosphériques. Pour être sûr de maîtriser les process de fabrication, Zephalto compte investir dans sa propre usine de fabrication de ballons. La start-up envisage de lever 16 millions d’euros notamment grâce à l’aide du groupe d’immobilier et d’investissements Magellim.

Jusqu'à 60 vols par an

Autre facteur qui permettra de baisser les prix : la production en série et les cadences de lancement. À terme, la start-up toulousaine espère déployer huit bases dans le monde, chacune capable d’opérer environ 60 vols de ballon par an. Zephalto a conçu et testé un régulateur d’altitude pour permettre au ballon de faire des vols de plusieurs semaines d’affilée en le maintenant à l’altitude désirée malgré les variations de température entre le jour et la nuit. «Le dispositif va agir comme un flotteur pour compenser les variations de pression et de temperature du gaz», explique Vincent Farretd’Asties.

Le ballon ne fera pas qu’emporter des touristes de l’espace. Il pourra aussi emporter des équipements comme des relais de télécommunications ou des instruments permettant l’observation de la Terre pour des entreprises, des organismes scientifiques et même des armées. Le pari de Zephalto est toujours en cours. En octobre dernier, Vincent Farret d’Asties et son co-pilote ont fait un voyage à 6 kilomètres d’altitude. Zephalto espère réaliser ses premiers vols en très haute altitude d'ici à la fin de l’année 2025 et emporter des touristes l’année qui suit.

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