Entre le CNES et Héméria, la lune de miel continue. Après avoir fait du fabricant toulousain l’un des fers de lance de la filière française dans le domaine des minisatellites, voici que le CNES lui permet de faire décoller son nouveau business de fabrication de ballons stratosphériques. Le centre national d’études spatiales a rendu public le 11 octobre son intention d’acquérir auprès d’Héméria 90 ballons stratosphériques gonflés à l’hélium.
Le contrat est évalué à environ 10 millions d’euros. «Les ballons stratosphériques sont des consommables, précise Vincent Dubourg, sous-directeur de l’activité des ballons pour le CNES. Ce contrat permet de réarmer nos capacités pour réaliser les campagnes sur les 4 ans qui viennent. Lors d’une mission scientifique, on récupère l’ensemble des équipements du ballon excepté son enveloppe.» Conçus pour naviguer entre 15 km de 40 km d’altitude, ces ballons constituent un moyen privilégié pour collecter des données in situ dans l’atmosphère.
L’acquisition de ces nouveaux ballons permet au CNES d’assurer sa prochaine campagne Stratéole-2 dédiée à l’étude des phénomènes atmosphériques au niveau de l’équateur terrestre.
Un savoir-faire unique en Europe
Pour Héméria, c’est le moyen de poursuivre son développement. L’activité de ballon est un nouveau relais de croissance pour la société toulousaine qui compte un effectif de 400 personnes pour 67 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 contre 25 millions d’euros en 2019.

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La société, plus connue pour son activité de minisatellites, a acquis il y a tout juste un an cette activité auprès de la CNIM Air Space, détenue à l’origine par Zodiac Marine. Au moment de l’acquisition, cette activité comptait 70 employés pour un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. Signe du caractère stratégique de cette production, les armées françaises à travers leur fonds d’investissement Definvest, restent détentrices de 15% du capital de la société rebaptisée Hemeria Airship.
Le savoir-faire de cette entreprise est quasi-unique en Europe. «Cette usine est la seule en Europe à fabriquer ce type de ballons et toute la gamme nécessaire à nos besoins, complète précise Vincent Dubourg. Cela va jusqu’à des ballons gigantesques qui peuvent porter des charges utiles de plus d’une tonne à 40 kilomètres d’altitude pendant plus de 24h00.». Pour rappel, le ballon chinois suspecté d’espionnage et abattu au large de la Caroline du sud par les forces américaines en février dernier, portait seulement 1 tonne d’équipement à une altitude deux fois moindre. «Cela ne nous impressionne pas. Tous les 5 km quand on monte en altitude, il faut doubler le volume du ballon nécessaire pour porter la même masse. Ainsi à 40 km, notre plus gros ballon finit par mesurer 800 000 mètres cubes, explique Vincent Dubourg. Quand le ballon est gonflé à bloc, cela représente un volume de 130 m de diamètre et d’une hauteur qui dépasse la Tour Eiffel. On pourrait mettre Notre Dame de Paris à l’intérieur de la bulle de ce ballon.»
Déjà 2,5 millions d'euros d'investissement
Grâce au contrat avec le CNES, Héméria compte donner un coup d’accélérateur à ce nouveau secteur. «L’acquisition de cette activité nous permet d’élargir notre offre vis-à-vis à de nos deux grands clients, le CNES et la DGA et de renforcer notre positionnement sur les activités souveraines» indique Nicolas Multan, directeur général d’Héméria. La société compte moderniser l’usine de fabrication d’enveloppes de ballons située à Ayguesvives au sud-est de Toulouse (Haute-Garonne) qui compte trois lignes de production. «On va investir dans le renouvellement de l’outil industriel pour pouvoir atteindre la cadence industrielle que requiert le nouveau contrat avec le CNES ainsi que dans des nouveaux bureaux … Les investissements de l’ordre de 2,5 millions d’euros ont déjà démarré», explique le dirigeant. Par ailleurs, une vingtaine de recrutements seront réalisés d’ici l’été prochain.
Héméria espère élargir sa clientèle. Elle compte comme client Flying Whales, une société qui veut offrir des services logistiques via des ballons de 200 m de long capables de transporter des charges utiles de 60 tonnes. «Nous espérons doubler le chiffre d’affaires de cette acticité d’ici trois années», ambitionne Nicolas Multan. La société souligne avoir des opportunités commerciales en Afrique, au Moyen-Orient et dans certains pays de la zone ASEAN ainsi qu’auprès de différents ministères de la défense.



