« Champion de demain » pour Emmanuel Macron, « incarnation de l’ambition des nouvelles entreprises françaises innovantes » pour l’ancien secrétaire d’État chargé du numérique Cédric O, « modèle » pour le directeur innovation de Bpifrance Paul-François Fournier. Cette reconnaissance, Ynsect la doit à son évolution. « Notre volonté initiale était de proposer une alimentation naturelle, saine et durable », explique Antoine Hubert, l’un des fondateurs. Après avoir travaillé sur le recyclage des déchets organiques, puis envisagé l’intégration d’insectes dans l’alimentation humaine, la pépite a finalement misé sur l’utilisation d’insectes pour l’alimentation animale. À la mouche soldat noire, retenue par la plupart de ses concurrents, Ynsect a préféré le ténébrion meunier, un coléoptère dont la larve est le fameux « ver de farine ».
« La majorité des brevets étaient déposés en Asie, mais le marché européen était encore largement ouvert. Nous y avons vu une opportunité », souligne le dirigeant. Avant même d’avoir trouvé la brique technologique qui accompagnera son modèle, Ynsect convainc Bpifrance, puis d’autres investisseurs en 2014. Pourtant, « notre premier brevet n’a été déposé qu’en 2015 », rappelle Antoine Hubert. Aujourd’hui, l’entreprise en recense plus de 350, soit davantage que l’ensemble des autres pépites spécialisées dans l’élevage d’insectes. « Cela nous permet de couvrir toutes les étapes de la production, de la croissance des insectes au système de refroidissement, en passant par la transformation et les applications », détaille Antoine Hubert.
Côté financements, l’entreprise fait aussi figure de championne. Depuis 2016, elle a levé 372 millions de dollars, autant que tous les autres acteurs de sa filière. Ces fonds ont permis la construction de son futur site de production, à Poulainville (Somme), près d’Amiens. Cette usine verticale de 45 000 mètres carrés et 36 mètres de hauteur sera la plus grande ferme d’insectes du monde. Elle bénéficiera de la proximité des ressources agricoles, comme le blé et le colza, dont les coproduits sont utilisés pour nourrir le ténébrion meunier. Elle doit entrer en production d’ici à la fin de l’année pour atteindre, à terme, une capacité de production de 200 000 tonnes d’ingrédients par an.
Gagner en productivité

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
« Ce site, fondé sur l’automatisation des process, témoigne d’une nouvelle vague d’usines », confie Antoine Hubert. Il emploiera 250 personnes, dont des cadres passés par des industries plus traditionnelles, telles que l’agroalimentaire et l’énergie. « Nos métiers sont nouveaux. Nous cherchons des profils industriels qui travaillent sur les technologies du vivant dans des segments en hypercroissance… Autant dire que cela n’existe quasiment pas. C’est pourquoi la formation interne est essentielle. »
Pour maintenir son leadership, Ynsect a investi 10 millions d’euros dans un programme de sélection génomique, avec plusieurs partenaires, dont le CEA et le fournisseur d’outils d’analyse d’images par intelligence artificielle Aprex Solutions. Objectif : rechercher tout ce qui peut être amélioré sur les souches d’insectes et gagner en productivité. À plus long terme, la pépite compte ouvrir quatre à cinq sites dans le monde, avant d’envisager un système de franchise qui permettrait à d’autres industriels de bénéficier de sa technologie. De quoi lui donner une aura internationale.

Vous lisez un article du numéro 3706 de L'Usine Nouvelle - Mai 2022



