Le potentiel est considérable. Dans le monde, les 20 000 sites d’enfouissement de déchets répertoriés émettent du gaz par dégradation des composés organiques qu’ils contiennent. Seul 1% de ce gaz est aujourd’hui valorisé en biométhane, injectable dans les réseaux. La start-up grenobloise Waga Energy, créée en 2015, entend bien démultiplier cette proportion.
Créée par trois anciens d’Air Liquide, à Meylan (Isère), Waga Energy a développé et industrialisé une technologie qui lui permet d’extraire de ce gaz, non seulement le CO2 par filtration membranaire, mais, beaucoup plus compliqué, l’air qu’il contient, par un système exclusif de distillation cryogénique. Ces technologies ont été associées et standardisées dans quatre modèles de Wagabox, aux capacités allant de 20 à 200 GWh par an. Elles sont assemblées en région grenobloise grâce à un réseau de sous-traitants locaux.
Développeur, investisseur et opérateur
La première Wagabox, d’une capacité de 25 GWh par an, a été mise en service en 2017 sur un site de Coved à Saint-Florentin, dans l’Yonne. Il y en a aujourd’hui dix en production en France, sur des sites d’enfouissement de Suez, Veolia et de collectivités locales. Dix autres sont en construction dont une en Espagne, une aux États-Unis et deux au Canada. À chaque fois, c’est la start-up qui développe, investit, construit et opère à distance ces unités de production entièrement automatisées. Elle achète le gaz brut aux exploitants des sites d’enfouissements, via une redevance, et le revend purifié à des énergéticiens.

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Un modèle qui nécessite des capitaux pour investir, généralement 20% du capital des sociétés de projets ad hoc. Pour les trouver, Waga Energy a lancé son introduction en Bourse, sur Euronext Paris, jeudi 14 octobre. Objectif : lever 100 millions d’euros. Au lancement, 45 millions d’euros étaient déjà sécurisés. Dans le cadre d’accords stratégiques signés avec la start-up, le courtier Vitol va notamment placer dans l’opération 12 millions d’euros, Viva Energy 4 millions d’euros, et le groupe maritime CMA CGM, près de 2 millions d’euros. Air Liquide, qui détient aujourd’hui 19% du capital (non dilué), devrait réinvestir pour en garder 14 à 15%.
Prix compétitifs
Grâce à cette opération, Waga veut installer 100 Wagabox d’ici à 2026. Ce qui lui permettra de réaliser un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Il était de 9,4 millions d’euros en 2020. Pour y parvenir, Waga Energy va consacrer 15% de la levée de fonds au renforcement de l’équipe de développement. La start-up, qui emploie actuellement 72 personnes, dispose déjà de bureaux en Espagne, au Canada et aux États-Unis. Le reste, soit 85 millions d’euros, servira à investir dans les sociétés de projet.
Un début. Sur le marché visé par la start-up, l’Europe et l’Amérique du Nord, il existe 4 200 sites d’enfouissements à valoriser, que la concurrence, principalement de grands équipementiers, exploite peu. La proportion d’air dans le gaz émis y est souvent trop importante pour que l’exploitation du biogaz y soit rentable pour elles. Mais pas pour Waga Energy. « On sait être compétitif, car on exploite un gaz fatal », assure Mathieu Lefebvre, dirigeant et cofondateur de l’entreprise. Avec son procédé, la PME arrive à produire du biogaz entre 40 et 70 euros le MWh, ce qui le rend compétitif avec le gaz naturel qui, en temps normal, avoisine les 20 à 30 euros du MWh.
Il lui permet, même lorsqu’il n’y a pas de mécanisme public de soutien à la production de gaz renouvelables, de trouver des débouchés commerciaux pour son biogaz, via la signature de contrats long terme, comme en Espagne. « Nous maîtrisons nos coûts de production et nous pouvons nous engager sur des contrats de 10, 15 à 20 ans », précise Mathieu Lefebvre. En Espagne, où il n’existe pas de mécanismes de soutien, le projet en cours de construction s’appuie sur un contrat (PPA) de vente du biogaz de 10 ans.



