Voici celui qui profite - de façon inattendue - des ennuis de Huawei dans la 5G

Les difficultés de Huawei dans la 5G causées par l’embargo américain profitent à ses concurrents Nokia, Ericsson et Samsung. Mais pas seulement. Un autre industriel sort comme le grand gagnant inattendu de cette situation. Et il est présent, non pas dans les équipements télécoms, mais au début de la chaîne de valeur sur un maillé essentiel de cette industrie.

 

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Orange antennes 5G
Antennes 5G du réseau d'Orange en France

Des smartphones, le reflux de Huawei s’étend aux équipements de réseaux 5G. Selon des analystes, les opérateurs télécoms sont de plus en plus nombreux à réduire leurs achats auprès du grand équipementier télécoms chinois au profit principalement de trois de ses concurrents : le finlandais Nokia, le suédois Ericsson et le sud-coréen Samsung.

10 ans d'effort R&D

Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Un autre industriel majeur profite à plein de ce bouleversement. Il opère, non pas dans les équipements télécoms, mais au début de la chaîne de valeur sur un maillon essentiel, celui des puces. Il s’agit de l’américain Intel, numéro un mondial des semi-conducteurs. C’est du moins ce que suggère l’analyse d’Arne Verheyde, bloggeur financier, sur le blog boursier Seeking Alpha.

Intel est connu pour motoriser avec ses microprocesseurs l’écrasante majorité des PC et serveurs écoulés dans le monde. Selon cet analyste, il émerge aussi comme un acteur majeur de la 5G avec le potentiel de jouer dans les équipements de réseaux un rôle comparable à celui de Qualcomm dans les smartphones. "La 5G est en train de devenir l’un des domaines de la force d'Intel, où il perturbe les fournisseurs historiques de puces pour l'infrastructure réseau, écrit-il. Cette transition est l'aboutissement de près d'une décennie de R&D visant à faire tourner les équipements de réseau sur des composants standards, au lieu et place des circuits propriétaires des équipementiers télécoms." Le lancement de sa puce Snow Ridge 5G en technologie de 10 nanomètres au début de 2020 pour les stations de base radio 5G s’inscrit dans cet objectif.

Le succès semble au rendez-vous puisque, devant la demande plus forte que prévue de sa solution Snow Ridge 5G, Intel a avancé d’un an son objectif d’atteindre 40 % du marché des puces des stations de base radio à 2021. Intel est présent chez Nokia, Ericsson et ZTE, mais pas chez Huawei qui développe ses propres circuits. "Compte tenu de la diminution de la part de marché de Huawei, cela signifie que la part d'Intel pourrait encore augmenter considérablement avec le temps, prévoit Arne Verheyde. Le gain généré par le recul de Huawei pourrait compenser la perte du marché des processeurs des Mac chez Apple."

Opportunité des équipements ouverts de réseaux

Selon l’analyste, les investisseurs ont tort de se focaliser sur le retard d’Intel dans la technologie de 7 nanomètres. "L’exemple de la 5G montre que le pari d’Intel de faire progresser sa technologie de 10 nanomètres  est payant ", estime-t-il. Intel offre l’avantage de disposer de toute la panoplie de solutions, des circuits logiques programmables jusqu’aux Asic (circuits sur mesure), pour accompagner les équipementiers télécoms sur toutes les phases de développement de la 5G, du prototypage jusqu’à la montée en grand volume. Ses circuits standards répondent aussi à l’opportunité naissante des équipements Open RAN, construit comme des serveurs avec du logiciel sur du matériel banalisé.

"Cela montre qu'Intel continue de bien mener son affaire malgré le report de sa technologie de 7 nanomètres, note  Arne Verheyde. Sa part de marché globale dans les puces de réseaux était d'environ 5% il y a une demi-décennie. Elle est maintenant probablement supérieure à 25%. Cette progression se poursuivra même s’il y a un retard de 6 à 12 mois dans le lancement de la technologie de 7 nanomètres." La virtualisation des réseaux, avec le développement d’équipements ouverts, construits comme des serveurs banalisés avec des processeurs standards à architecture X86 ou ARM, ouvre une immense opportunité pour Intel, qui domine aujourd’hui le marché des serveurs.

"Intel propose des puces adressant tous les besoins de l’infrastructure 5G, des stations de base radio aux centres de données, avec des FPGA (circuits logiques programmables), des ASIC (circuits sur mesure) et des circuits standards, résume Arne Verheyde. Il a augmenté sa part de marché par un facteur cinq à 25% en une demi-décennie. Il semble donc qu'il soit devenu le guichet unique et le «vrai» gagnant incontesté des ennuis de Huawei dans la 5G."

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