À défaut de faire avancer ses projets d’hydrogène vert de Carling (Moselle) et Haropa Port à Grand-Quevilly (Seine-Maritime), Verso Energy accélère dans les carburants aériens durables de synthèse (e-SAf) à base de CO2 biogénique avec une approche d’emblée industrielle. Le projet DEZiR d’1,3 milliard d’euros annoncé le 8 janvier à Rouen vise à produire 81000 tonnes d’e-SAF par an dans la zone industrielle de Petit-Couronne (Seine-Maritime) à partir de 350000 tonnes de CO2 biogénique (issu de végétaux) capté sur la chaudière biomasse industrielle BEA d’Alizay (Eure), à 13 kilomètres de là. Il est le plus avancé d’une série de quatre autres projets, pour l'instant en France, mais qui devrait s’étendre aux États-Unis et en Finlande.
En 2024, Verso Energy a signé quatre protocoles d’accord avec des industriels du papier en France, pour capter et exploiter le CO2 issu de la transformation du bois, donc biogénique. En février, il signait avec le producteur américain de cellulose Ryam (Matériaux innovants Rayonier Inc.) pour valoriser le CO2 émis par l’usine de Tartas (Landes). En juin, il passait un accord avec l’usine de pâte et de papier Sylvamo de Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne). En juillet, Verso Energy s’engageait à acquérir un terrain de 21,5 hectares à Chavelot (Vosges) près d’Epinal pour construire une unité SAF valorisant le CO2 de la nouvelle chaufferie biomasse du papetier norvégien Norske Skog à Gobley (Vosges). Et en octobre, L’entreprise signait avec le producteur biomasse énergie d’Alizay (BEA) pour capter près de 95% des émissions de la chaudière biomasse de 180 MW.
Valoriser le CO2 biogénique de papeteries pérennes
«Nous avons mené une étude au niveau national pour détecter les plus importants émetteurs du CO2 biogénique, qui deviendra obligatoire dans la production d’e-SAF pour l’Europe à partir de 2041, indique Antoine Huard, directeur général de Verso Energy à L’Usine Nouvelle. Puis, pour le SAF, nous avons éliminé ceux émettant moins de 300000 tonnes de CO2 par an et ceux trop éloigner d’un poste de raccordement de RTE, le process étant très énergivore (400 MW pour Rouen). Il en restait quatre.» Des sites émettant moins, comme celui du sucrier Tereos à Origny-Sainte-Benoite (Aisne), ont néanmoins été retenus pour la production d’e-méthanol pour le maritime.
À chaque fois, les projets d’e-SAF représentent un investissement de l’ordre d’un milliard d’euros. Celui de Rouen est plus cher, car il faut construire une canalisation de 13 kilomètres pour acheminer le CO2 sous 30 bars d’Alizay à Petit-Couronne. Et l’horizon de mise en service annoncé est 2029. Même si Antoine Huard reconnait que cela sera peut-être 2030, voire au-delà, les délais d’obtention des permis et des financements, sans parler des contextes géopolitiques pouvant chambouler tous les plannings.
Côté financement d’ailleurs, tout reste à faire. Si Verso Energy a pu lever 50 millions d’euros en 2023 pour le financement et le développement des projets, il faudra capitaliser chacun d’eux. Mais l’entreprise a de quoi rassurer les investisseurs. Ces projets sont «tous construits sur un même modèle industriel composé de quatre briques, l’électrolyse, la capture de CO2, la méthanolation et le methanol-to-Jet », explique Antoine Huard. Un modèle que Verso Energy compte d’ailleurs dupliquer en Finlande et aux États-Unis, où l’entreprise vient de signer un accord avec Ryam pour étudier sa faisabilité de production d’e-SAF outre-Atlantique sur le même modèle.
Dupliquer le modèle industriel sur tous les projets
Au niveau choix technologique, pour les électrolyseurs, Verso Energy regarde les solutions de Siemens Energy et de Rely, la coentreprise John Cockerill avec Technip Energy. Ce dernier fournira la technologie de capture de CO2. La méthanolation sera réalisée avec sous une licence fournie par Carbon Recycling International (CRI), et le methanol-to-jet, qui consiste à étendre la longueur de chaine du méthanol pour produire du e-kérosène, est issu d’Honewell UOP.
Reste que ces projets doivent tous passer l’épreuve de la consultation publique. Celle pour le projet DEZiR, lancé le 13 janvier avec RTE se clôturera le 15 mars. Les consultations des trois autres projets d’E-SAF de Verso Energy doivent être lancées dans la foulée courant 2025, annonce Antoine Huart. Quant aux projets d’hydrogène vert, ils vont pouvoir avancer. Le mécanisme de soutien à la production d’hydrogène bas-carbone pour l’industrie, attendu depuis 2020 a été dévoilé le 20 décembre 2024. Mais il oblige les porteurs de projet à n’en présenter qu’un seul. Verso Devra choisir entre celui d’Haropa Port, qui présente des synergies industrielles avec le projet DEZiR, ou celui de Carling lié au projet MosaHyc de GRTgaz, visant à décarboner un aciériste allemand.



