Tirer les leçons de la crise ukrainienne et donner naissance à une Europe souveraine dans des secteurs stratégiques. Organisé dans le cadre de la présidence française du conseil de l’UE, le sommet informel des chefs de gouvernement européens de Versailles (Yvelines) qui se tient ces 10 et 11 mars, est présenté comme celui du « sursaut » afin de réduire ces dépendances crûment mise en lumière par la crise ukrainienne mais encore auparavant par la crise sanitaire du Covid.
L’Europe a montré sa dépendance ou sa relative faiblesse dans deux secteurs stratégiques : l’énergie et la défense.
Le sommet doit aussi répondre au bon niveau de dépenses nécessaires pour acquérir à une autonomie au niveau européen. Aucune décision d’investissement ne devrait toutefois être annoncée à l’issue de cette réunion des dirigeants européens. «Il s’agit d’un sommet informel, et non pas d’un conseil européen, rappelle Edouard Simon, directeur de recherche pour l’Iris, Institut des relations internationales et stratégiques. Il devrait en ressortir une décision politique d’assez haut niveau qui rappellera les fondamentaux et les priorités. Comme la nécessité d’investir plus et mieux dans les capacités de défense».
Le sommet de Versailles doit en effet être l’occasion de faire avancer l’Europe dans le domaine de la Défense. «La guerre en Ukraine nous amène à aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort », souligne-t-on du côté de l’Elysée. A cette occasion, l’Europe a montré qu’elle pouvait se mobiliser vite notamment avec le déblocage d’une aide de 500 millions d’euros pour la livraison d’équipements militaires aux forces ukrainiennes dès les premiers jours du conflit.

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Rattraper des décennies de sous-investissements
Comment accélérer en matière de défense ? « Cela passera par le renforcement des investissements nationaux », précise-t-on dans l’entourage du président français. L’Allemagne a montré la voie annonçant un investissement de 100 milliards d’euros au profit de son armée, la Bundeswehr. Pour la plupart des états européens, il s’agit essentiellement d’un rattrapage après des décennies de sous-investissement en matière d’équipements militaires. Selon l’agence européenne de défense, les investissements militaires de ses 26 pays membres (le Danemark n’en fait pas partie) n’atteignent que 1,5 % du PIB global en 2020, soit bien loin des 2% préconisées par l’OTAN pour disposer d’une défense suffisante.
«Le problème des dépenses de défense en Europe, ce n’est pas seulement leur niveau, c’est avant tout la manière de réaliser ces dépenses. Il y a beaucoup de redondances et pas suffisamment de coopération », estime Edouard Simon, de l’Iris. Le constat ne date pas d’hier. En 2007 déjà, l’agence européenne de défense avait fixé à ses états membres l’objectif de réaliser 35% des investissements de défense en coopération. « Aujourd’hui, on est plutôt à 10% », constate l’expert.
A quoi pourrait servir ce surcroit d’argent ? Primo à combler des lacunes dans certains équipements militaires. Les armées européennes manquent de drones militaires, d’avions de transport, de capacités de ravitaillement en vol… Cela pourrait aussi permettre d’accélérer des programmes en cours comme l’avion de combat du futur, le char du futur, l'Eurodrone…
Secundo, cet argent pourrait servir à renforcer les outils mis en place par la Commission européenne comme le fonds européen de Défense. Cet outil, doté d’un budget de 7,95 milliards d'euros sur la période 2021-2027, permet de financer des innovations dans le domaine militaire à condition que les programmes associent des industriels plusieurs pays européens. Une cause de revoyure d’ici deux ans pourrait permettre de revoir son budget à la hausse comme le souhaitaient les industriels européens de l’armement dès sa création.
Un plan pour réduire la dépendance au gaz russe
La crise énergétique majeure qui pourrait suivre l’invasion de l’Ukraine par la Russie oblige aussi les Européens à s’atteler dans l’urgence à la réduction de leurs dépendances. « La diversification de nos approvisionnements doit devenir un élément clef de notre politique », pointe l’Elysée avant le sommet. Le constat concerne d’abord le gaz, pour lequel l’Europe reste dépendante de 40 % de la Russie et à la merci d’un choc majeur en cas d’arrêt des livraisons par Moscou.
Les chefs d’Etat européens doivent examiner le plan de la Commission européenne, publié le 8 mars. Il dessine les pistes pour réduire de deux tiers de la consommation européenne de gaz russe actuelle d’ici fin 2022. Les dirigeants devraient valider le principe d’une baisse progressive de la dépendance aux énergies fossiles russes et appuyer la proposition de la Commission de renforcer le stockage de gaz par chaque Etat-membre, en fixant des obligations de remplissage. L’objectif fixé par l’Europe sera « difficile » à atteindre, reconnait la Commission. Le plan baptisé RepowerUE reposera principalement sur la diversification des approvisionnements de l’Union, via une hausse des importations de GNL et des progressions marginales des autres fournisseurs par pipeline. Mais aussi sur une réduction accélérée de la consommation d’énergies fossiles, grâce à une hausse des renouvelables qui nécessitera d’importants investissements.
A plus court terme, les discussions devraient porter sur la coordination des mesures d’urgence adoptées dans les Etats-membres pour répondre à la forte hausse des prix de l’énergie qui touchent les ménages et les entreprises. La Commission européenne doit communiquer prochainement un nouveau cadre d’encadrement des aides d’Etat. Ces modalités sont attendues en particulier par la France. Elles devraient servir à calibrer son plan de résilience économique et social qui doit être présenté autour du 15 mars.
Pas de décision sur un nouvel plan d’investissement commun
Le sommet de Versailles devrait donner lieu à de « premiers échanges » entre dirigeants européens sur l’opportunité d’un plan de résilience et d’investissement commun au niveau européen. Mais aucune décision concrète n’est à attendre sur ce point. Ce plan réclamé par la France viserait à investir en commun dans le renforcement des capacités de défense européennes, mais aussi dans l’énergie et l’accélération de la transition énergétique. L’idée serait de s’inspirer de NextGeneration EU, le plan de relance de 750 milliards d’euros mis en place à l’été 2020 après la crise du Covid et financé par des emprunts communs. Mais pour cela, il faudra convaincre les pays frugaux. Les Pays-Bas et la Finlande ont déjà fait savoir leurs réticences, avant le sommet de Versailles, à toute nouvelle capacité d’endettement en commun tant que le bilan du Plan de relance n’aura pas été tiré. « La négociation sur ce qui était à l’époque inédit a pris quatre mois. La guerre en Ukraine a commencé il y a deux semaines », désamorce-t-on à l’Elysée.
L’objectif du sommet du 10 et 11 mars devrait être dans un premier temps d’affiner le diagnostics sur les « effets économiques de la guerre en Ukraine » et « des besoins d’investissements » nécessaires pour réduire les vulnérabilités européennes sur les matières premières critiques. Dans une note publiée pour le think tank Bruegel, Jean Pisani Ferry évalue à 75 milliards d’euros le coût d’une réduction de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et à 20 milliards d’euros la hausse des dépenses militaires pour 2022. La réflexion sur la nécessité d’un nouvel instrument, comme le plan de résilience, n’interviendra que dans un second temps. Tout comme les débats autour de l’adaptation nécessaire des règles budgétaires après 2023, qui auraient dû être au centre de ce sommet sans la crise ukrainienne.
Au-delà de l’énergie, la question posée est celle de l’accélération de la stratégie d’autonomie stratégique amorcée depuis deux ans par la Commission européenne pour réduire la vulnérabilité de l’économie aux chocs extérieurs. C’est le sens de l’ « European chip act » engagé pour renforcer les capacités de production de semi-conducteurs par exemple. Mais l’Europe devra aussi réduire son recours aux protéines végétales et aux engrais importés, pointe Paris. Les dirigeants européens devraient rappeler l’intérêt des instruments existants, dont les fameux PIIEC, les projets importants d’intérêt communs.
Solène Davesne et Hassan Meddah



