Antoine Frérot, le PDG de Veolia n’en démord pas. "Nous avons remis une offre auprès d’Engie valable jusqu’au 30 septembre. A partir du 30 septembre, elle sera caduque", a-t-il confirmé devant quelques journalistes vendredi 25 septembre au matin. Il n’est donc pas question de retarder la date limite pour permettre à Suez de monter un contre-projet. Et de rappeler que la direction de Suez avait eu deux mois depuis l’annonce d’Engie pour s’y préparer.
Sans indiquer le montant, le patron de Veolia a confirmé qu’il allait remettre au Conseil d’administration d’Engie "une offre améliorée. […] Nous avons les moyens financiers de remonter notre offre". Si Engie accepte cette offre, une OPA avec conditions suspensives sera lancée dans les prochains jours.
Sauf que si la direction de Suez n’a toujours pas présenté de solution alternative – les partenaires évoqués semblent avoir fait long feu – elle fait de la résistance. Elle vient même de sortir l’arme de la fondation pour y loger ses activités eau en France et ôter la possibilité à Veolia de céder cette activité au fonds Meridiam.
Pas question pour Veolia de céder ses activités "eau"
Dans l'espoir de faire accepter la fusion par les Autorités de la concurrence, il faudrait alors que Veolia cède ses activités eau et Antoine Frérot a répondu fermement : "Non". Si le patron de Veolia reste très optimiste quant à l’issue de son projet, il ne pourra pourtant pas attendre en cas d’OPA quatre années pour boucler cette acquisition, délais d’incessibilité que cette fondation implique.
"Cette pilule empoisonnée est handicapante pour le projet que je porte, et tant qu'elle ne sera pas désamorcée, elle ne le rend pas possible. Cette décision ampute la valeur de l’entreprise, a regretté Antoine Frérot. Cela témoigne du fait que Suez n’a ni contre-projet, ni contre-offre. Et le statu quo est une illusion, il y aura un nouveau projet pour Suez avec un autre actionnaire."
Antoine Frérot compte bien trouver la parade pour boucler l’opération dans les 12 à 18 prochains mois. "J’ai l’espérance très forte, je suis persévérant."
De la place pour tout le monde
Il a de nouveau tenté de rassurer les salariés de Suez. "Je me suis engagé à ce que tous les employés de Suez conservent leur emploi. Pour l’eau en France, Meridiam a déjà pris les mêmes engagements et pour les déchets, les acquéreurs devront avoir les mêmes engagements sociaux."
S’il ne peut se prononcer sur la cession de sites dans les déchets tant que l’Autorité de la concurrence n’a pas rendu son avis, plusieurs sites seront concernés. Il a également confirmé qu’il y aurait de la place pour tout le monde dans l’encadrement, y compris pour le directeur général Bertrand Camus. Il prévoit quatre ou cinq dirigeants de Suez au Comex et 15 à 20 patrons de pays issus de Suez.
Mais Antoine Frérot a beau rassurer les salariés de Suez sur le fait que personne ne serait laissé sur le carreau, le climat est de plus en plus délétère. Chacun défend logiquement son territoire. Suez ne cesse de vendre des actifs et Veolia dénonce le démantèlement et la politique de la terre brûlée du groupe qu’il convoite. Réponse de l’intéressé : ces cessions sont dans la droite lignée du plan stratégique Shaping Suez 2030, annoncé le 2 octobre 2019. A la seule différence, qu’il a accéléré le rythme. A ce sujet, la direction de Veolia confirme qu’elle arrêtera toute cession si elle l’emporte. Et alors que Veolia était candidat, Suez a préféré céder ses activités recyclage et valorisation aux Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne et Pologne avec 6 700 employés au groupe Schwartz, dont les filiales Aldi et Lidl ont plutôt mauvaise réputation dans le domaine des ressources humaines.
Enfin, Antoine Frérot réfute le terme d’OPA hostile. "Quand Engie met en vente sa participation et qu’il y a un candidat, est-ce hostile ? Selon eux, l’amicalité voudrait que les parts d’Engie soient rachetées par Suez. Après mon offre, j’ai proposé à Bertrand Camus de se rencontrer, il m’a répondu qu’il n’était pas intéressé."



