Suez contre-attaque. Mercredi 23 septembre, le conseil d'administration de l'entreprise a annoncé placer sa filiale Eau France dans "une fondation, administrée par une majorité de représentants ou d’anciens représentants du corps social de Suez (...) pour les quatre années à venir". Objectif, empêcher la cession de cette filiale au fonds Meridiam, une opération essentielle pour Veolia afin de mener à bien son OPA sur Suez.
Veolia a proposé fin août à Engie de lui racheter 29,9% de Suez avant de lancer une offre sur l'ensemble du capital de son concurrent. Le numéro un mondial du traitement de l'eau et des déchets avait donné à Engie jusqu'au 30 septembre pour répondre à son offre et son PDG Antoine Frérot a refusé le 23 septembre de repousser cette date butoir.
Pour les quatre ans à venir, "SUEZ Eau France, comme ses actifs, sera inaliénable à défaut d’accord préalable de ses actionnaires sous certaines conditions, y compris, en tout état de cause, celui de la fondation, décrit le conseil d'administration de Suez dans un communiqué. La quasi-totalité du capital et des droits de vote de SUEZ Eau France reste détenue par le groupe SUEZ, le contrôle et la gestion de SUEZ Eau France demeurant ainsi inchangés. Par ailleurs, le conseil d’administration, ayant pu mesurer l’attachement des salariés de SUEZ à l’activité Eau France, entend étudier les conditions d’une ouverture du capital de SUEZ Eau France aux salariés de cette société."
Pas repousser la date de validité de l'offre
Toujours le 23 septembre, interrogés successivement par les membres de trois commissions de l'Assemblée nationale, les dirigeants de Suez puis de Veolia se sont réciproquement accusés de vouloir les uns "dépecer" et les autres "démanteler" Suez face à des députés soucieux des conséquences d'une éventuelle fusion sur l'emploi et sur la concurrence en France, les deux groupes étant prestataires de nombreuses collectivités locales.
"Non, je ne repousserai pas la date de validité de mon offre et je réponds oui il y a urgence à décider", a dit Antoine Frérot devant les députés, reprochant à Suez l'accélération de sa politique de cessions face à l'offre de Veolia. "Chaque jour qui passe, Suez vend une nouvelle activité (...) il y a donc urgence à arrêter cette hémorragie et cette politique de la terre brûlée", a-t-il ajouté, accusant les dirigeants de Suez de mener un "début de dépeçage" de leur groupe pour le soustraire à l'appétit de son concurrent.
Antoine Frérot a défendu son offensive sur Suez en rappelant qu'Engie avait lui-même décidé fin juillet de se séparer de sa participation. "Le statu quo n'existera plus. Le Suez tel qu'il est aujourd'hui (...), ce n'est plus qu'une illusion. Il va y avoir un nouveau projet quel qu'il soit", a-t-il dit, en plaidant en faveur d'un rapprochement franco-français plutôt qu'un basculement de Suez dans le giron d'un groupe chinois ou de fonds d'investissement.
Suez a saisi l'AMF
Accusant Veolia de mener une action "hostile", Suez s'efforce quant à lui de réunir des investisseurs à la fois français et étrangers pour reprendre la part d'Engie à son capital mais son président Philippe Varin a reconnu devant les députés qu'il lui fallait "quelques semaines" pour y parvenir. "Nous avons besoin simplement d'un peu de temps pour préparer des offres alternatives", a-t-il dit. "Pour nous il s'agit de trouver des investisseurs qui sont prêts à venir prendre cette part (...) mais il ne faut pas le faire dans l'urgence en deux semaines, ce n'est pas possible."
Philippe Varin a en outre annoncé que Suez avait saisi en début de semaine l'Autorité des marchés financiers (AMF) et discutait avec les services de la concurrence de l'Union européenne au sujet de l'offre de Veolia, dont la structure en deux temps pose "beaucoup de questions" selon lui. "Cette proposition ne respecte pas l'égalité de traitement des actionnaires puisqu'Engie est traité d'une certaine manière et les autres actionnaires un jour verront comment ils sont traités", a-t-il dit. "Il y a beaucoup de questions à se poser quant à sa conformité avec la jurisprudence de l'Autorité des marchés financiers et celle de l'Union européenne", a-t-il poursuivi. "C'est une anomalie pour nous inédite et nous ne pourrons en rester là."
L'AMF a refusé de s'exprimer sur le sujet.
avec Reuters (Bertrand Boucey, avec Gwénaëlle Barzic, édité par Jean-Stéphane Brosse)


