L’embarcation glisse silencieusement de son poste d’amarrage vers le lit principal du fleuve. A la poupe, seul le mouvement des hélices indique que deux moteurs de 180 chevaux chacun sont en action. Nul gaz d’échappement ne vient agresser les narines, nulle vibration ne secoue le pont. Pour sa croisière inaugurale, jeudi 1er février, le Paris Trocadéro, premier bateau 100% électrique de la flotte des Vedettes de Paris promet à ses passagers une expérience apaisée et éco-responsable de navigation sur la Seine.
«Nous avons entamé à la remotorisation de quatre de nos cinq bateaux. Le Paris Trocadéro est le premier de la liste, deux autres seront prêts au printemps et le quatrième est au chantier naval et sera mis en service l’an prochain. Ainsi, en 2025, nous aurons réduit de 50% notre empreinte carbone par rapport à 2019. A lui seul, le Paris Trocadéro permet d’éviter 59,5 fois le tour de la Terre en voiture thermique», explique Marie Bozzoni, directrice générale de la compagnie de croisières sur la Seine, en activité depuis 2016.
L’entreprise qui accueille 800 000 voyageurs par an et a réalisé un chiffre d’affaires de 16 millions d’euros (en 2023) a prévu d’investir deux millions d’euros pour chacun des bâtiments remotorisé.
Modifications sur la coque et nouvelles hélices
Cette première à l’échelle européenne est l’aboutissement d’un projet inédit de retrofit qui nécessitait de relever plusieurs défis techniques : garantir la stabilité du bateau lesté par 11 tonnes de batteries ; fournir une énergie suffisante pour contrer les forces du fleuve ; assurer une navigation commerciale quotidienne sur plus de 12 heures quelles que soient les conditions.

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L’entreprise ne partait pas d’une feuille blanche – elle avait déjà exploité deux catamarans électriques sur la Seine en 2013 et 2014. Une initiative qui lui avait permis de constater que l’amélioration de l’hydrodynamisme était un facteur clef pour réussir la transformation projetée. Aussi, plusieurs modifications ont été opérées sur la coque. «Nous avons amélioré l’efficacité de la coque de 20% et installé de plus grandes hélices pour les faire tourner plus lentement afin d’améliorer le rendement des moteurs», explique Vincent Delteil, directeur général adjoint.
Deux systèmes pour recharger les batteries
Deux lignes de propulsion fonctionnant en simultanée font avancer le bateau à une vitesse de croisière de 12km/h. 80 batteries les alimentent. Pour les recharger, deux systèmes différents ont été conçus afin que l’embarcation reste toujours opérationnelle alors qu’elle peut être amenée à effectuer jusqu’à dix rotations par jour sur un circuit de 12 kilomètres. La nuit, les batteries sont totalement rechargées lentement en courant alternatif. Dans la journée, des charges rapides en courant continu de 15 à 20 minutes prennent le relais à chaque retour à quai.
«Notre ambition est à la fois d’améliorer l’expérience de nos clients, mais aussi de nos collaborateurs», précise Marie Bozzoni. Dans la timonerie où seul le grésillement de la radio trouble le silence, Khalid, le capitaine, se félicite des changements intervenus. «D’ici, on n'entend presque rien alors qu’avant il y avait du bruit. Il y avait aussi de la fumée. Et puis les modifications sur la coque permettre de rendre le bateau plus stable», explique le pilote.



