Les déboires continuent pour EDF. Sous le feu des critiques en raison des problèmes de corrosion qui affectent son parc nucléaire, le groupe va devoir répondre à de graves accusations concernant la centrale du Tricastin, située sur la commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme). Comme le révèle Le Monde jeudi 9 juin, une information judiciaire a été ouverte début mai au pôle de santé publique de Marseille (Bouches-du-Rhône), évoquant une douzaine d'infractions au Code pénal et au Code de l'environnement potentiellement commises sur le site entre le début de l'année 2017 et la fin de l'année 2021.
L'information judiciaire comprend notamment les chefs d'accusation suivants : « Non-déclaration d'incident ou d'accident », « mise en danger d'autrui » avec risque immédiat de mort ou d’infirmité par violation manifestement délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence, « faux et usages de faux », « déversement dans l'eau par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence d’une substance entraînant des effets nuisibles », « obstacle au contrôle des inspecteurs de la sûreté nucléaires » et « harcèlement moral ».
Une « politique de dissimulation »
La procédure pénale a été déclenchée à la suite de la plainte déposée en octobre 2021 contre EDF par un ancien cadre de la centrale souhaitant conserver l'anonymat et demandant aujourd'hui le statut de lanceur d'alerte. Celui-ci dénonçait une « politique de dissimulation » concernant les incidents de sûreté survenus au cours des dernières années, déclarés en retard à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ou de façon à « minimiser les événements ».
Il citait en exemple plusieurs anomalies, telles qu'une surpuissance du réacteur n°1 en juin 2017 ou une inondation interne le 29 août 2018 sur la tranche n°3. Dans le dernier cas, il avait raconté au Monde que les agents avaient tenté de résoudre le problème en utilisant de simples raclettes et un aspirateur emprunté à un prestataire de nettoyage. « Les moyens humains et surtout matériels ne sont pas à la hauteur de l’enjeu », regrettait-il. Il faisait également état de la pression qui aurait été mise sur un inspecteur lors d'une visite survenue en juillet 2018, afin de le « pousser à bout et de le dégager ».

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
Tricastin, une des plus vieilles centrales de France
Toujours employé d'EDF mais en attente d'affectation, le plaignant assure avoir d'abord cherché à clarifier la situation auprès de la direction de la centrale, de celle du groupe et de l'ASN. Lors d'une réunion organisée au ministère de la Transition écologique fin juillet 2021, il aurait également informé le gouvernement. « La transparence et la réglementation sont scrupuleusement appliquées et respectées sur tous les sites », avait de son côté réagi le groupe lorsque la plainte avait été rendue publique.
L'ouverture de cette enquête risque de relancer le débat autour de la sûreté et du coût des infrastructures nucléaires, alors que le président Emmanuel Macron a placé l'atome au cœur de son programme énergétique. L'exécutif souhaite à la fois construire de nouveaux EPR et prolonger la durée de vie des centrales existantes. En février 2021, l'ASN avait autorisé la poursuite de l'exploitation des plus vieux réacteurs au-delà de quarante ans, en incitant EDF à réaliser des travaux afin de garantir leur sécurité. Des travaux qui concernent directement le site du Tricastin : ouvert au début des années 1980, il s'agit de l'une des plus anciennes centrales françaises.



