Un rapport sénatorial préconise la relance de la filière minière en France

Trois sénateurs encouragent le gouvernement à adopter « une politique minière ambitieuse » afin de réduire la dépendance de la France en matière de métaux critiques. Ils demandent en priorité le déblocage d'une enveloppe de 100 millions d'euros, pour actualiser l'inventaire du sous-sol français.

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D'ici à 2040, la consommation mondiale de cobalt devrait être multipliée par 21.

Presque vingt ans après l'arrêt de l'extraction de charbon sur le territoire national, un rapport du Sénat incite le gouvernement à rouvrir les mines françaises. La volonté des parlementaires n'est pas d'exploiter à nouveau cette roche noire afin de produire de l'électricité mais de récolter des métaux bien plus critiques, aujourd'hui massivement importés. « Il s'agit d'un enjeu de souveraineté incontestable, assure à L'Usine Nouvelle Franck Montaugé, sénateur (PS) du Gers, co-rapporteur avec Sophie Primas (LR) et Amel Gacquerre (Modem). Pour certaines ressources à caractère minier, la France est totalement dépendante ».

Des métaux stratégiques pour la transition énergétique

Malgré ses 36 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et ses 11 000 emplois directs et indirects, la filière minière tricolore fait en effet pâle figure face aux géants du secteur que sont la Chine, la Russie, l'Australie et le Chili. Ces pays règnent en maîtres sur la production mondiale de terres rares, de tungstène, de palladium et de lithium notamment et ne laissent que des miettes au Vieux continent, engagé dans un important processus de désindustrialisation depuis plusieurs décennies. Une mainmise dangereuse, récemment mise en exergue par les perturbations des chaînes d'approvisionnements liées à l'épidémie de Covid-19 et à la guerre en Ukraine. L’Europe s'est par exemple récemment rendu compte qu'elle dépendait de la Russie pour plus de 30% de ses importations pour 11 éléments différents.

La situation est d'autant plus préoccupante que ces métaux rares s'avèrent indispensables pour réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre. Sans eux, il faudrait dire adieu aux moteurs d'éoliennes, aux panneaux solaires, aux moteurs et batteries des voitures électriques ou encore aux électrolyseurs servant à produire de l'hydrogène. Transition écologique oblige, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime ainsi que la consommation de lithium sera multipliée par 42 d'ici à 2040, celle de nickel par 19 et celle de cobalt (extrait à 65% en République démocratique du Congo) par 21. A l'instar de Philippe Varin, qui a remis au gouvernement un rapport sur le sujet en janvier, les trois sénateurs poussent l'exécutif à anticiper cet essor, en rappelant que le délai entre la découverte d'un gisement et son exploitation dépasse souvent la dizaine d'années.

La France a un potentiel minier conséquent

Avec ses 672 000 kilomètres carrés, il serait illusoire de croire que la France pourrait un jour devenir complètement autonome en métaux, même si elle décidait d'exploiter pleinement son potentiel. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), elle abrite néanmoins « d'importantes ressources », à même de résoudre en partie ses problèmes de dépendance. Le Massif armoricain, le Massif central et les Pyrénées font partie des régions les plus riches avec la Nouvelle-Calédonie, qui détient environ 10% des réserves mondiales de nickel, et la Guyane, l'une des plus grandes réserves d'or de la planète.

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L'Alsace cache quant à elle des gisements de lithium, qu'Eramet cherche à évaluer. Dans le cadre du projet de recherche Eugeli, qui s’est déroulé de janvier 2019 à décembre 2021, le groupe minier tricolore et huit autres partenaires sont parvenus à produire plusieurs kilos de lithium d’origine géothermale à Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin). Après cette première étape encourageante, les scientifiques estiment que cette source pourrait à terme combler jusqu'à 30% de la demande européenne en « or blanc ». Une perspective séduisante au vu de l'explosion du cours du lithium, passé de 6 700 dollars la tonne fin 2020 à environ 75 000 dollars aujourd'hui. Dans un entretien accordé aux Echos en février, l'ancienne ministre de la Transition écologique Barbara Pompili était d'ailleurs formelle : « la France doit extraire du lithium sur son territoire ».

Vive contestation sociale

Afin de savoir précisément quels trésors reposeraient sous nos pieds, les trois sénateurs réclament une actualisation du dernier inventaire minier, effectué entre les années 1970 et les années 1990. Celui-ci est aujourd'hui considéré incomplet, car limité aux ressources situées à 300 mètres de profondeur maximum. Les technologies de sondage actuelles, plus perfectionnées, permettraient aux géologues d'obtenir une connaissance bien plus fine du territoire. Les parlementaires estiment le chantier à environ 100 millions d'euros, en incluant les Outre-mer et les fonds marins, et demandent à ce que ces fonds soient débloqués dès la prochaine loi de finances.

Au-delà du financement, le principal défi consistera sans doute à convaincre la population et les collectivités locales. Marqués par les épisodes de pollution intense engendrés par l'industrie minière, à l'image de la grave contamination à l'arsenic provoquée par l'ancienne mine d'or de Salsigne (Aude), les citoyens se mobilisent rapidement dès qu'un nouveau projet de mine est évoqué. « Le contexte social est compliqué, car personne n'a envie d'avoir une mine à côté de chez lui, reconnaît le sénateur Franck Montaugé. Aujourd'hui, il existe cependant des méthodes qui permettent d'aller vers une exploitation minière durable. Il ne s'agit pas de laisser n'importe quoi aux générations futures ».

Miser sur le recyclage et la mine urbaine

Le rapport réclame ainsi « un haut niveau de standards environnementaux, sociaux ou sanitaires » et l'intégration du concept de « mine durable » (sans pour autant en donner une définition précise) dans les législations française et européenne. Entamée il y a plus de dix ans et tout juste achevée, la réforme du code minier devrait aider à garantir le respect d'un certain nombre de critères écologiques. Les députés ont en effet inscrit dans la loi la possibilité de refuser la délivrance de permis minier pour des enjeux liés à l'environnement, ce qui était impossible auparavant. Ces aspects étaient pris en compte plus tardivement dans le processus, lors de la demande d’autorisation de travaux pour démarrer la prospection ou l’exploitation.

En attendant que la France adopte « une politique minière ambitieuse », selon les mots des sénateurs, ces derniers recommandent également au gouvernement d'accélérer sur le volet du recyclage des métaux critiques. « Il y a tout un travail à mener sur la durabilité des produits, explique Franck Montaugé. La filière minière doit s'inscrire dans une logique d'économie circulaire ». Il s'agit justement de l'un des thèmes principaux du plan d'investissement France 2030. Celui-ci mobilisera d'ailleurs une enveloppe d’un milliard d’euros afin de « renforcer la résilience du tissu industriel sur les chaînes d’approvisionnement en métaux ». Un premier appel à projets dédié, visant à « diminuer le degré de dépendance nationale vis-à-vis de fournisseurs extra-européens », a été lancé.

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